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Photographie d'un crucifix, de la représentation de Jésus Christ sur la croix.
Photographie d'un crucifix, de la représentation de Jésus Christ sur la croix.
©MUSTAFA OZER / AFP

Bonnes feuilles

Les catholiques, c’est pas automatique : les signes de l’affaiblissement du christianisme au sein de notre société

Jean-Pierre Denis publie « Les catholiques, c’est pas automatique » aux éditions du Cerf. Que nous arrive-t-il ? Quel est le sens de cette pandémie ? Que reste-t-il de nos visions de la vie, du monde, de l'homme ? Et où est passé Dieu dans tout ça ? Répondant à son contemporain dépressif ou dubitatif, Jean-Pierre Denis lui oppose les leçons de la Bible. Extrait 1/2.

Jean-Pierre Denis

Jean-Pierre Denis

Après avoir dirigé la rédaction de La Vie, Jean-Pierre Denis a rejoint Bayard Presse pour créer de nouveaux médias. Intervenant régulièrement dans la presse, sur les ondes, les écrans et les réseaux sociaux, il est l'auteur de livres remarqués dont, récemment au Cerf, Un catholique s'est échappé.

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– Je sens bien que le virus ne vous suffit pas. Pour me suivre, vous en voulez davantage… Il vous en faut toujours plus, des signes!

– Je vous en prie ! Avec tous ces décès, votre pseudo-humour n’est pas de très bon goût, c’est le moins que l’on puisse dire.

– Je l’admets. Pardon! Enfin, disons que vous éprouvez encore quelque réticence à me suivre, et que je peux vous comprendre. Mais franchement, vous trouvez que l’époque est normale ?

– Normale, ça non!

– Alors, oublions la pandémie quelques instants. Vous êtes Français ?

– De nationalité, oui. Pourquoi ? Quel rapport ?

– Pour la suite de mon raisonnement. Baptisé ?

– C’est ma vie privée. Mais je suis laïque, ça oui!

– Alors, partons du principe que vous êtes, voyons… de culture chrétienne, comme on dit. Maintenant, déshabillez-vous!

– Hein?

 – Non, c’est une façon de parler, rassurez-vous! Je vais vous le dire autrement. Regardons un peu votre nombril catholique et Français, si vous préférez. Tenez, pour mémoire, et comme je me doutais de votre scepticisme, je vous ai préparé une petite liste.

– Je vous écoute, puisqu’on en est là.

– Alors voilà… en 2016, le père Jacques Hamel est assassiné in odium fidei, en haine de la foi, dans son église de Saint-Étienne de Rouvray. Parfaitement inconnu au bout d’une vie banale faite de baptêmes, de mariages et d’enterrements, ce vieux curé hors d’âge disait sa messe du matin, quand les deux djihadistes l’ont contraint à s’agenouiller et frappé de dix-huit coups de couteau. En France, aucun prêtre n’avait été trucidé au cours d’une célébration religieuse depuis les guerres de Vendée. Mais le plus important, c’est l’extrême fin du drame. Avec une saisissante lucidité, avant de rendre l’âme, la victime identifie le véritable ennemi : « Va-t’en, Satan » s’écrie le père Hamel. Vous vous en souvenez ?

– Comme tout le monde, oui.

– Je poursuis donc. En 2018, le gendarme Beltrame est tué par un preneur d’otages qu’il tentait de désarmer. Son duel contre le terroriste peut sembler inspiré par d’anciens combats, réveillant un imaginaire que l’on a voulu enfouir.

– Vous n’allez pas nous rejouer les Croisades, quand même ?

– J’éviterai, restons prudents. On peut penser ce que l’on veut de ce drame et se méfier de la transposition d’un imaginaire médiéval dans un supermarché des environs de Carcassonne. Le chevalier ne fait pas face à un Maure, preux contre preux, courage contre courage. C’est un militaire qui n’a face à lui qu’un petit malfrat en quête de célébrité. Mais je n’oublierai jamais le coup de fil de sa femme, Marielle, et les mots simples qu’elle me confia alors, parlant de son mari au présent: «On ne peut comprendre son sacrifice si on le sépare de sa foi personnelle. C’est le geste d’un gendarme et le geste d’un chrétien. Pour lui les deux sont liés, on ne peut pas séparer l’un de l’autre. » Arnaud Beltrame était un converti, revenu à la foi vers la trentaine, à l’abbaye toute proche de Lagrasse. Je continue ?

– Tant que vous y êtes…

– En 2019, Notre-Dame de Paris a brûlé.

– Cette fois, c’est un malheureux accident.

– Certes. Mais c’était un peu une cathédrale, non ? Et un peu comme l’âme de la France ? Je n’ai pas besoin d’en rajouter. Je poursuis donc. En 2020, trois personnes ont été assassinées à la basilique Notre-Dame de Nice. Le père Hamel, c’est le curé Toulemonde. Nice, c’est l’Église lambda. Nos lieux de culte, qui sont aussi pour nous des lieux de vie, de mémoire et de communauté, deviennent des cibles. Lieu d’asile en temps de trouble, ils nous semblent soudain bien fragiles. En mode mineur, on pourrait ajouter les profanations de tombes ou de tabernacles, les dégradations de lieux de culte, ou même les insultes sur les réseaux sociaux. Bref, on peut avoir l’impression d’assister à la fin non pas du monde, mais d’un monde. À la fin de notre monde.

– Rien de tout cela n’a entraîné un sursaut spirituel ou même culturel. Troublant, pour qui cherche l’espérance…

– En effet. L’affaiblissement du christianisme se poursuit. Nous avons été privés de messe. Soit. Mais le premier déconfinement n’a pas rempli les églises. De nombreux pratiquants sont restés chez eux. Fidèles peut-être autrement, se consolera-t-on. Ou peut-être un peu moins, tout simplement. On a secoué l’arbre et les pommes sont tombées. Mais il n’y avait personne pour les ramasser.

– Bref, c’est pas la joie.

– On se sent parfois un peu cernés, oui. Grosse fatigue. Vous souvenez de la pub d’il y a quelques années ?

– Il y en a eu beaucoup.

– Je pense à celle qui a fait un tabac chez les parents et dans les cabinets médicaux : «Les antibiotiques, c’est pas automatique.»

– Et alors ?

– Alors, c’est pareil. Les catholiques, c’est de moins en moins automatique. C’est même de plus en plus traumatique.

Extrait du livre de Jean-Pierre Denis, « Les catholiques, c’est pas automatique ! », publié aux éditions du Cerf.

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