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Les armateurs des transports maritimes mondiaux signent un accord pour réduire leurs émissions carbone et voila pourquoi c’est his-to-ri-que
©AFP

C’est peut-être un détail pour vous mais pour eux ça veut dire beaucoup

Les armateurs des transports maritimes mondiaux signent un accord pour réduire leurs émissions carbone et voila pourquoi c’est his-to-ri-que

Le transport maritime rejoint les autres secteurs de transport dans la lutte contre les émissions de CO2.

Emilie Alberola

Emilie Alberola

Head of « politiques climatiques et mécanismes de marché » au sein du département R&D d’Eco-Act depuis janvier 2018, Emilie Alberola possède une expérience de plus de 10 ans dans l’analyse des politiques et des stratégies climat-énergie d’acteurs publics et privés, et plus particulièrement des instruments de tarification du carbone.

Elle était auparavant directrice du programme Industrie et Energie à I4CE – Institute for Climate Economics, un think-tank créé en 2015 par la Caisse des Dépôts et l’Agence Française de Développement afin d’examiner les enjeux économiques de la transition bas-carbone. Emilie avait dirigé le pôle “Marchés carbone et énergie” de l’équipe de Recherche de CDC Climat.
 
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Atlantico : En négociation depuis 2007, le transport maritime est le dernier secteur de l’économie mondiale à s’engager dans la réduction des émissions de CO2, après l’aviation en 2016. Cet accord annonce-t-il la décarbonisation du transport maritime  ?

Emilie Alberola : Cet accord marque une étape politique significative pour encourager la décarbonation maritime, qui représente 90 % du transport des marchandises. Il contribue aujourd'hui à  3% des émissions mondiales mais Si rien n’est fait, son empreinte atteindra 17 % d'ici 2050. C'est une première étape, qui lance une dynamique de travail pour la décarbonation du transport maritime international d’ici la fin du siècle.  

En matière d’ambition climatique, c'est la première fois que cette industrie se fixe des objectifs chiffrés en matière de lutte contre le changement climatique : au moins 50% de réduction d'ici 2050 par rapport à 2008. Même si ce secteur n'était pas directement concerné par l'Accord de Paris signé en décembre 2015, cet accord de l’OMI (Organisation Maritime Internationale) était très attendu.  L’aviation internationale (à travers l’OACI) avait déjà établi son accord mondial sur le climat en octobre 2016. De manière concrète, il signe la fin des combustibles fossiles dans le secteur du transport maritime..

En quoi cette décarbonisation du secteur est-elle un enjeu écologique majeur ?

C'est un enjeu sanitaire international, car les carburants utilisés ont une forte teneur en soufre, jusqu'à 3 500 fois plus élevée que le diesel des voitures. Ils sont à l’origine de 400 000 décès prématurés chaque année dans le monde, les zones côtières étant particulièrement touchées. Or il est techniquement possible de décarboner le secteur à l’horizon 2035, en utilisant biocarburants et énergies renouvelables, en améliorant l’efficacité énergétique des navires ou encore en réduisant la vitesse des bateaux.

Les efforts de réduction du transport maritime ont été négociés de manière volontaire, cela explique-t-il une certaine lenteur dans ce processus?

Au contraire, un compromis politique entre états aurait  été plus difficile à atteindre. Parvenir à un accord contraignant nécessiterait certainement encore des années, alors que l’urgence climatique appelle à une action immédiate. Il est plus facile d’engager les Etats dans une démarche volontaire et de construire un compromis solide avec un groupe limité de pays pour enclencher une dynamique gagnante à long –terme... Sur la base de cet accord, l’OMI dispose désormais de 5 ans pour en définir le contenu exact jusqu’à la mise en œuvre d’une phase obligatoire.

Il s'agit d'un accord provisoire,  auquel les États-Unis, l'Arabie saoudite et le Brésil sont opposés. Peut-il être remis en cause?

Effectivement, les Etats-Unis et l'Arabie Saoudite s'étaient opposés aux versions précédant l'accord définitif. Ces deux pays témoignent très souvent une opposition dans les négociations liées au changement climatique car ils s’inquiètent des conséquences de ce type d’accord sur leurs économies reposant fortement sur les énergies fossiles et le commerce international. Malgré leur opposition, une majorité de pays a soutenu ce compromis. Certains pays du Pacifique et l'Union européenne poussaient pour adopter une réduction de 70% à 100 % des émissions de CO2 d'ici 2050. A l'inverse, d'autres, comme le Japon, ne souhaitaient pas imposer la réduction de 50% des émissions avant 2060. L’OMI devra ainsi certainement fournir des mesures de compensation ou d’aides qui puissent aider les pays les plus réfractaires à la mise en œuvre de cette stratégie de décarbonation du secteur du transport maritime.

L'objectif d’une réduction de 50 % des émissions de CO2  en 2050 par rapport au niveau de 2008 est-il réaliste?
Pour atteindre leur objectif, l’innovation technologique et l’introduction de carburants alternatifs seront des composantes majeures de cette ambition climatique. Cela signifie de manière plus concrète que la plupart des navires construits après 2030 devront utiliser exclusivement des carburants renouvelables. Mais il est néanmoins trop tôt pour connaître les stratégies envisagées. D'autres options existent, telles que les mécanismes basés sur le marché et le prix du carbone. Il peut permettre aux compagnies de rentabiliser leurs investissements vers des carburants ou des technologiques bas-carbone plus chers, et de lever des fonds pour financier la R & D, par exemple. Le recours à des mécanismes de crédits carbone ou mécanismes de compensation sera certainement exploré pour permettre d'atteindre la neutralité carbone comme l'a prévu l'OACI pour le secteur de l'aviation international. D'autres mesures politiques seront également explorées, de sorte qu'un prix du carbone n'est pas certain. En conclusion, l’objectif de -50% dans le secteur du transport maritime internationale est nécessaire pour s’aligner à l’objectif de Paris. La question majeure est de savoir si les futures réunions de l'OMI pourront définir des mesures politiques d’ici 2023 pour rendre cette stratégie initiale opérationnelle.

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