Les 5 graphiques qui vous feront renoncer à tout jamais à croire au modèle allemand de croissance par le commerce extérieur | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Economie
Angela Merkel.
Angela Merkel.
©Reuters

Mythes au Kärcher

Les 5 graphiques qui vous feront renoncer à tout jamais à croire au modèle allemand de croissance par le commerce extérieur

Une fois encore, les chiffres du commerce extérieur allemand devraient battre un nouveau record en cette année 2015. Et c’est sur la base de ce succès que s’est progressivement construit le modèle allemand. Pourtant, à y regarder de plus près, ce succès n'est pas si évident, même en le comparant aux résultats français.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann

 

Nicolas Goetzmann est journaliste économique senior chez Atlantico.

Il est l'auteur chez Atlantico Editions de l'ouvrage :

 

Voir la bio »

Ce 9 novembre, l’institut national de statistiques allemand, Destatis, publiait les derniers chiffres du commerce extérieur. Et encore une fois, le succès est au rendez-vous, avec une balance positive de 186.7 milliards d’euros de janvier à septembre, contre 156.3 milliards l’année précédente, le surplus commercial allemand progresse de 19.4% sur une année. Désormais, le pays se place à la première place mondiale de la balance courante.

Ainsi, au fil des années, le miracle du modèle allemand se poursuit, et permet au pays de se présenter comme la grande puissance économique de la zone euro. A l’inverse, depuis la création de la monnaie unique, la France déçoit sur ce même point, et l’écart qui sépare les deux pays en matière de balance commerciale serait la cause principale, majeure, du succès de l’un et de la défaite économique de l’autre.

Balance de compte courant. En % de PIB. France Allemagne. Source : INSEE-DESTATIS

Cliquez pour agrandir

Le résultat est insoutenable. Alors que l’Allemagne est parvenue à faire progresser sa balance courante de plus de 6 points de PIB, la France voit la sienne s’enfoncer de près de 4 points, soit un différentiel de 10 points entre les deux pays. Fin de l’histoire. D’évidence, il ne faut pas aller chercher plus loin la cause du différentiel de taux de chômage pour ce mois de septembre 2015, soit 4.5% pour l’Allemagne et 10.7% pour la France. (Données Eurostat).

Parce qu’en cherchant plus loin, le résultat devient un peu différent. En effet, malgré ce différentiel de 10 points de PIB sur la balance courante, la croissance des deux pays, depuis 15 ans, ressemble à une anomalie. En premier lieu, la croissance nominale, c’est-à-dire tenant compte de l’inflation (ce qui correspond à la « demande »), est largement à l’avantage de la France :

Croissance à prix courants. France – Allemagne. Source INSEE-DESTATIS

En second lieu, si l’on considère la croissance réelle, c’est-à-dire sans inflation, l’écart se resserre, mais reste toujours favorable à la France.

Croissance réelle. France – Allemagne. 1999-2015. Source INSEE-DESTATIS

Si la croissance allemande a progressé de 19.45% depuis la création de l’euro, celle de la France s’est bien accrue de 20.83%, et ce, malgré l’impressionnant différentiel de balance courante entre les deux pays. Ce qui vient légèrement déranger le puzzle du miracle allemand, et qui vient poser la question du chômage. Car si la croissance entre les deux pays a été si proche au cours des 15 dernières années, sans que la balance commerciale n’ait pu y changer quoi que ce soit, comment expliquer une telle divergence des taux de chômage ?

Pour se faire une idée sur ce point, il suffit d’entrer dans les détails de ces chiffres du chômage, entre, d’une part, le nombre d’emplois crées par l’économie et, d’autre part, l’évolution de la population active. Dans un premier temps, l’emploi total. Et ici encore, c’est la surprise, car si l’économie allemande a effectivement et proportionnellement créée plus d’emplois que la France en 15 ans, l’écart entre les deux pays reste ténu :

Progression en % de l’emploi total. Allemagne. France. Source. INSEE -DESTATIS

+9.54% en Allemagne contre +8.45% en France, si ce léger différentiel peut s’expliquer par l’absence de salaire minimum en Allemagne jusqu’au 1er janvier 2015, et l’existence de plus 6.6 millions de mini jobs, payés un maximum de 450 euros par mois, la croissance de l’emploi total ne permet toujours pas de justifier une telle divergence des taux de chômage entre les deux pays. Ce n’est pas l’unique pourcent d’emplois crées qui justifie un écart de 6 points de taux de chômage. De plus, la simple observation permet de s’apercevoir que jusqu’en 2013, la France prenait la tête en termes de création d’emplois depuis la naissance de la zone euro. Ici encore, chou blanc.

Reste la croissance de la population active, c’est-à-dire la population en âge et ayant la volonté de travailler, soit un simple comparatif démographique entre les deux pays. Et ici, selon les chiffres de la banque mondiale, la divergence est réelle :

Croissance de la population active. France-Allemagne. 1999-2013. Source Banque Mondiale

Alors que la population active a progressé de plus de 10.52% en France, celle de l’Allemagne n’a augmenté que de 3.74%, soit un différentiel de près de 7 points depuis 1999. Le voilà le miracle allemand. Celui qui permet de comprendre la baisse du chômage. Pas la balance commerciale, pas la croissance, pas la création d’emplois, mais la démographie.

La réalité de la « superpuissance allemande » est que le pays n’a pas besoin de créer plus d’emplois que la France pour voir son taux de chômage baisser. Tout simplement parce que le nombre de personnes entrant sur le marché de l’emploi progresse beaucoup moins rapidement de l’autre côté du Rhin qu’en France. Et selon ces mêmes données, si l’Allemagne avait connu la même croissance de population active que son voisin, son taux de chômage serait de 10.3% aujourd’hui.  

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !