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Une enseignante et ses élèves utilisent du gel hydroalcoolique pour se prémunir contre les contaminations au Covid-19, en novembre 2020. Face au variant Omicron, un nouveau protocole est déployé.
Une enseignante et ses élèves utilisent du gel hydroalcoolique pour se prémunir contre les contaminations au Covid-19, en novembre 2020. Face au variant Omicron, un nouveau protocole est déployé.
© PATRICK HERTZOG / AFP

Covid-19

Le variant Omicron plus agressif que les précédents pour les jeunes et les enfants ?

C’est la question que se posent certains épidémiologistes. D’où l’intérêt de surveiller la stratégie mise en œuvre dans les écoles françaises.

Antoine Flahault

Antoine Flahault

 Antoine Flahault, est médecin, épidémiologiste, professeur de santé publique, directeur de l’Institut de Santé Globale, à la Faculté de Médecine de l’Université de Genève. Il a fondé et dirigé l’Ecole des Hautes Etudes en Santé Publique (Rennes, France), a été co-directeur du Centre Virchow-Villermé à la Faculté de Médecine de l’Université de Paris, à l’Hôtel-Dieu. Il est membre correspondant de l’Académie Nationale de Médecine. 

 

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Atlantico : Le gouvernement a annoncé il y a quelques jours un changement du protocole dans les écoles, un cas positif n’impliquant plus la fermeture mais un testing massif. Dans quelle mesure cette nouvelle stratégie est-elle appliquée ? Avec quels résultats ?

Antoine Flahault : Les autorités en charge de l’Education nationale en France, mais c’est aussi vrai en Suisse, ont toujours cherché à mettre la poussière sous le tapis en matière de Covid chez l’enfant, avec la bénédiction des sociétés savantes de pédiatrie. Le coronavirus ne devait pas passer par les enfants. Ce discours a pris ses fondements dans les premiers rapports épidémiologiques qui nous sont parvenus de Chine début 2020, puis il a été renforcé lors de la première vague à une époque où, faute de tests PCR disponibles, on ne testait que les patients hospitalisés, or les enfants ont plus rarement que l’adulte des formes graves conduisant à l’hospitalisation. Ensuite, comme les épidémiologistes ont recommandé la fermeture des écoles lors des confinements, puis en cas d’enfants détectés positifs,  les pédiatres et les autorités, cherchant à tout prix à éviter de nouvelles fermetures de classes, n'ont eu de cesse que de minimiser le problème chez l’enfant. Les faits sont têtus, et reviennent aujourd’hui comme un boomerang. Le problème des contaminations scolaires s’invite désormais dans le débat, les enfants jouant même un rôle moteur dans la vague pandémique qu’ils alimentent, problème jusque là grandement ignoré car non mesuré. L’assouplissement récent des mesures en France alors que toute l’Europe durcissait les siennes est apparu comme une injonction paradoxale risquant plutôt la démobilisation des acteurs (parents, enseignants et enfants), plutôt que la prise de conscience d’un risque imminent auquel il allait falloir se préparer. Beaucoup se perdent dans les méandres des protocoles qui varient selon les âges, le statut vaccinal, les résultats des tests, tout cela finit un peu par ressembler, vu de l’extérieur, à une usine à gaz à l’heure où l’on a besoin des messages simples, compréhensibles, opérationnels et efficaces.

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Que savons-nous actuellement de la situation sanitaire dans les écoles ?

Alors que l’on n’a jamais autant pratiqué de tests chez l’enfant, on a l’impression de ne pas connaître beaucoup plus précisément la situation dans les classes aujourd’hui en France. Un grand nombre de classes est fermé, preuve que l’assouplissement des protocoles n’a pas donné les bénéfices espérés. Les parents sont souvent exaspérés, les enfants ballotés, les enseignants fatigués, alors que le premier objectif de ces protocoles devrait être de rassurer tout le monde par la sécurisation optimale des établissements scolaires afin de garantir la plus grande continuité de la scolarité de tous. Bref le bilan n’est pas très brillant avant même que la vague n’ait vraiment commencé à déferler, car on en a bien au moins jusqu’à Noël, on est tous d’accord là-dessus.

Certains, comme l’épidémiologiste luxembourgeois Joël Mossong, font état d’indices fragmentaires pouvant indiquer que le variant Omicron serait plus menaçant que les précédents à l’encontre des jeunes ? Que savons-nous de ce risque ?

Comme le précise Joël Mossong lui-même, nous ne disposons pour le moment que de « rapports anecdotiques » en provenance d’Afrique du Sud sur leur vague actuelle. Mossong rappelle utilement que 66% des plus de 60 ans en Afrique du Sud sont vaccinés, donc les 30% de la population vaccinées le sont en réalité principalement chez les personnes âgées et celles à haut risque. Cela peut contribuer à expliquer pourquoi aujourd’hui ce sont plutôt les plus jeunes qui semblent atteints par le nouveau variant, y compris par les formes graves de l’infection, et donc plus souvent hospitalisés que les plus âgés qui eux sont mieux protégés. Le variant Omicron n’est donc pas nécessairement plus virulent chez les jeunes mais l’épidémiologie actuelle serait davantage l’effet d’une distorsion qui pourrait être observée seulement parce que le vaccin est efficace chez ceux qui l’ont reçu. Cela pourrait d’ailleurs plaider pour la proposition d’une vaccination des enfants plus rapide qu’on ne le prévoit actuellement ainsi que pour l’administration de la troisième dose à toute la population, mais ce dernier point est déjà bien lancé en France.

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Face à une circulation virale en hausse, et un variant ayant des effets encore incertains, faut-il revoir le protocole sanitaire dans les écoles ? Peut-on tenir jusqu’aux vacances de fin d’année ? Faudrait-il profiter de cette fermeture des classes pour aménager comme il se doit les établissements ?

Le premier protocole sanitaire, qui est simple et qui n’est pas suffisamment mis en œuvre, vise à la sécurisation des lieux clos vis-à-vis de la transmission du coronavirus, quels qu’en soient ses variants. Cela commence par la vaccination de tous les enfants et personnels (enseignants ou non) des établissements scolaires. Puis par le port systématique du masque à l’intérieur des locaux. Il faut ensuite installer des capteurs de CO2 dans toutes les salles de classe, cantines et lieux intérieurs de rassemblements des enfants. Il faut des normes contraignantes interdisant aux enfants et aux personnels de rester dans des lieux clos où la concentration de CO2 dépasse un seuil, je propose 1000 ppm. Il faut équiper les salles de classes de purificateurs d’air à chaque fois qu’il est difficile d’aérer les lieux en ouvrant les fenêtres. Il faut recommander le plus d’activités extérieures possibles.

Ensuite il faudrait tester tous les enfants, de toutes les classes, de tous les établissements deux fois par semaine sur des crachats poolés par classe. En cas de positivité d’un pool, il faut tester toute la classe, isoler les positifs et fermer les classes concernées pendant 5 jours, quel que soit l’âge et le statut vaccinal.

Il faudrait promouvoir la vaccination dès l’âge de 5 ans à tous les enfants. 

Toutes ces mesures ne permettent pas le risque zéro mais pourraient considérablement réduire le risque de transmission scolaire. 

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