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Le président français Emmanuel Macron assiste à un hommage national au caporal-chef de l'armée française Maxime Blasco, à l'hôtel des Invalides à Paris, le 29 septembre 2021.
Le président français Emmanuel Macron assiste à un hommage national au caporal-chef de l'armée française Maxime Blasco, à l'hôtel des Invalides à Paris, le 29 septembre 2021.
©STEPHANE MAHE / PISCINE / AFP

"Et en même temps"

Le traître et le néant : Emmanuel Macron est-il un escroc génial ou le reflet des ambiguïtés et hypocrisies des Français ?

Dans leur nouveau livre, Fabrice Lhomme et Gérard Davet soulignent à quel point le président entretient une confusion idéologique maximale en étant capable de soutenir successivement tout et son contraire. Les Français tombent-ils dans le panneau… ou s’en accommodent-ils fort bien ?

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti

Arnaud Benedetti est Professeur associé à Sorbonne-université et à l’HEIP et rédacteur en chef de la Revue politique et parlementaire.

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Atlantico : Que cela soit sur la laïcité, l’économie, l’histoire, l’individu ou même la France, Emmanuel Macron a entretenu une forte confusion sur son opinion et étonnamment peu de commentateurs l’ont remarqué. Comment le Président a-t-il réussi le tour de force d’imposer cette confusion idéologique maximale ? Est-ce simplement un écho de ce que les Français eux-mêmes ressentent ?

Arnaud Benedetti : Le macronisme est un symptôme, celui de la décomposition du politique en tant que volonté, pensée structurée, vision solide et déterminée. Le politique est en crise, surtout en France, où il a toujours été investi d’attentes très fortes et où il a toujours constitué plus qu’ailleurs la matrice de la cité. Aujourd’hui, il est dévoré par le haut (les structures supra et trans nationales) et par le bas, c’est-à-dire la société qui lui impose au gré des circonstances son agenda, son lexique et ses revendications parcellisées. Macron arrive au moment où la politique ne peut plus beaucoup et où elle est perçue comme telle. Son intelligence, plus de malice que d’habileté au demeurant, consiste à épouser jusqu’à les épuiser toutes les formes dominantes du moment et ce sur tous les plans. Produit des circonstances, il en fait sa boussole permanente, pour entretenir un transformisme idéologique incessant. Cet homme n’est pas providentiel, il est circonstanciel. Mais encore une fois il est l’aboutissement d’une trajectoire collective, historique de déréliction ; il est le greffier d’un mouvement profond où la communication se substitue aux convictions, où le pathos dissous le logos, et où surtout l’idée de maîtrise qui est au cœur du politique s’est lentement érodée depuis quatre décennies au point de s’effacer.

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D’où cette impression, fondée, de confusion qui n’est que la conséquence du reflux du politique qui n’opère plus qu’aux miroirs d’évènements qu’il ne contrôle plus. Emmanuel Macron n’est en rien responsable de cette situation, il en est le fils prodigue. Il concentre sur sa personne et son action tous les paradoxes de son temps. Or la vocation du politique n’est pas d’être une métaphore, mais une force dont l’objectif est de surmonter contraintes et contradictions; il fait de ces dernières une ressource pour se présenter comme le maître d’œuvre qui en absorberait toutes les énergies afin de leur rendre justice, grâce ou rétribution. Emmanuel Macron est de ce point de vue le thaumaturge de tous les clientélismes symboliques.

L’opinion publique française sur les sujets qu’évoque Emmanuel Macron est-elle aussi changeante que les prises de position du président ? Les fluctuations de Macron arrangent-t-elles finalement, un électorat qui ne sait pas quoi penser ?

Mais à toute époque, l’opinion a été versatile. C’est une constante. L’opinion, comme l’écrit avec une virulence définitive Léon Bloy, n’est rien d’autre qu’un "sphinx à tête d’âne". Tout l’effort du politique est d’en tenir compte, évidemment, mais de rendre lisible le présent et l’avenir. Ce qui est frappant aujourd’hui, c’est que le politique métabolise toutes les opinions, ou presque, s’y installe même comme un hippopotame dans une mare, y stagne même, mais par contre se refuse à entendre le peuple. Les opinons par leurs diversités, leurs chatoiements, leurs dissensions sont le meilleur alibi pour n’agir que dans le sens des événements, sous réserve que ces événements ne remettent pas en cause le logiciel de ce que l’on appelle la doxa dominante. L’opinion c’est en quelque sorte l’anti-peuple, un containment de la motricité populaire. La manière dont la plus grande partie de la classe dirigeante s’est assise sur le résultat du référendum de 2005 en constitue l’illustration emblématique : on s’est appuyé sur un segment de l’opinion, celui des vainqueurs et rentiers de la globalisation, pour défaire ce que le peuple, souverain, avait décidé. Cette occultation démocratique est une cicatrice dans le corps politique : elle est la forge de toutes les désaffections pour le système représentatif. À quoi bon voter si l’on ne tient pas compte du vote... Tout se passe comme si désormais s’était ouvert une béance où le règne des opinions avait remplacé la souveraineté du peuple. Macron joue sur cet acte fondateur dont il a hérité ; il jongle avec les opinions, sautillant de l’une à l’autre en fonction de l’air du temps, se jouant de l’une par rapport à l’autre, habitant toutes les opinions pour mieux les subvertir et s’assurer de son maintien au pouvoir en pariant que les catégories qui ont le plus intérêt à voter pour lui se mobilisent quand celles qui auraient le plus intérêt à se mobiliser contre lui désertent les bureaux de vote.

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Dans le livre de Davet et Lhomme, la députée des Yvelines Aurore Bergé le reconnaît depuis l’élection d’Emmanuel Macron en 2017, LREM « n’a pas cherché à développer une matrice idéologique ». Dans la situation actuelle de l’électorat français et du paysage politique français, cette logique peut-elle continuer d’être une stratégie gagnante ?

Tout l’enjeu de la présidentielle à venir est le retour ou non des classes populaires et moyennes vers les urnes. Si celles-ci se mobilisent, le jeu électoral en sera mécaniquement transformé. Emmanuel Macron a néanmoins une matrice : c’est celle de la globalisation, de la fin de la politique et de la sortie de l’Etat-nation de l’histoire. La souveraineté qu’il ne cesse de dire vouloir partager dans un cadre européen, idée que les partenaires européens ne semblent pas avaliser pour autant, constitue au demeurant l’une des lignes-forces de cette matrice, la seule peut-être, mais elle est néanmoins politiquement signifiante. Pour le reste en effet comme il ne peut y avoir de politique démocratique  sans affirmation de la souveraineté dans un cadre territorial correspondant à celui d’un peuple donné, la projection macronnienne est celle de facto d’un abandon du politique au service d’une visée technocratique et mondialisée. C’est en quelque sorte un « Adieu aux Armes » que constitue dans le fond l’exercice macroniste du pouvoir. Force est de reconnaître, encore une fois, que la reddition a commencé bien avant lui et qu’il n’en constitue que le continuateur...

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