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Les Français ont placé plus de 151 milliards d’euros sur l’assurance-vie selon la fédération France Assurance. Ces chiffres font de l’année 2021 une année de record historique.
Les Français ont placé plus de 151 milliards d’euros sur l’assurance-vie selon la fédération France Assurance. Ces chiffres font de l’année 2021 une année de record historique.
©PHILIPPE HUGUEN / AFP

Atlantico Business

Le succès de l'assurance-vie prouve que les Français ont confiance dans le déficit de l'Etat et se préparent une retraite par capitalisation

Les records de l’assurance-vie sont pervers. Ils révèlent une réalité que les responsables politiques ne veulent pas voir. Les Français épargnent et ne sont nullement inquiets des pratiques déficitaires de l’Etat ou de son endettement.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les Français continuent d’épargner dans des proportions considérables et ils investissent leur épargne dans le déficit de l’Etat, preuve qu’il ont confiance dans la politique économique de la France depuis la pandémie.

Mais plus étonnant encore, ils investissent dans des plans d’épargne retraite construits sur l’« assurance vie », preuve qu’ils savent bien que les systèmes par répartition sont malades et qu’il faut mieux se débrouiller soi-même.

Cette réalité décrite par les chiffres de l’assurance-vie collectée en 2021 est très différente de celle ressentie par les responsables politiques qui font alors complètement fausse route.

D’abord, les Français épargnent beaucoup. Les Français ont placé plus de 151 milliards d’euros sur l’assurance-vie selon la fédération France Assurance ; des chiffres qui font de l’année 2021 une année de record historique.

En 2020, les Français s’étaient un peu détournés de l’assurance-vie et préféraient fréquenter les livrets A de la Caisse d’épargne ou les comptes courants. Ce qui signifie, qu‘en 2020, les Français inquiets ont constitué une épargne de précaution, liquide et disponible parce qu’ils n’avaient plus confiance en rien.

En 2021, les attitudes ont changé, les Français ont retrouvé confiance dans la capacité des Etats (et pas seulement l’Etat français) à enrayer la pandémie et à protéger les systèmes économiques.

Parce que s’ils ont choisi de revenir vers les assurances-vie qui sont des placements garantis mais à terme, ça signifie qu’ils y voient plus clair sur l‘avenir. Les risques de catastrophes sont éloignés et le rebond de l’économie augure bien d’une amélioration des situations.

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Ce qui est intéressant, c’est que ces choix de placement marquent un climat très différent de celui qui est ressenti ou interprété par les responsables politiques.

A écouter les débats de la pré-campagne présidentielle, les Français seraient préoccupés par la question de pouvoir d’achat et par les risques d’incertitudes sur la croissance économique liée à la façon dont le gouvernement a géré cette crise, essentiellement par un endettement massif.

En réalité, la masse d’épargne montre que la question du pouvoir d’achat n’est pas si urgente que ce que certains veulent faire croire. Il y a certes des problèmes de prix dans certains secteurs comme l’énergie ou l’immobilier, mais s’il y avait des vrais problèmes généralisé de pouvoir d’achat, les Français puiseraient dans leurs bas de laine.

Ça n’a pas été le cas. Au contraire, on s’aperçoit qu’ils transforment progressivement leur épargne de précaution en investissement, et pas n’importe lequel, puisqu’après avoir fait déborder les livrets A (épargne liquide et disponible), ils s’orientent sur l’assurance vie. Tout cela signifie qu’ils ont confiance dans l'Etat, dans les pratiques déficitaires de l’Etat, et même dans son endettement puisque d’une certaine façon, c’est l’épargne de l’assurance vie qui finance les déficits publics.

Ensuite, la fédération France-assurance souligne un autre phénomène : une dynamique très forte de commercialisation des PER, les plans d’épargne retraite, pour reprendre les explications du directeur général de France-Assurance. Ces véhicules de placement sont des contrats d’assurance-vie qui ont été conçus pour épargner en vue de sa retraite. Un peu comme la Prefon, réservée aux fonctionnaires, les PER, créés dans le cadre de la loi Pacte de 2019 par Bruno Le Maire, sont certes assortis d’un avantage fiscal à l‘entrée, mais ils sont plébiscités par des catégories d’épargnants dont les retraites sont très fragiles, ce qui est le cas des artisans et commerçants.

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Pour les assureurs et les banquiers, c’est un produit d’épargne qui rencontre un gros succès par rapport aux traditionnels fonds en euros. Les unités de comptes en PER ont représenté près de 40 % des engagements en assurance-vie.

Ce goût des Français pour les plans d’épargne retraite représente une forme de pied de nez aux pseudo réformes des retraites. Ils savent bien que le système sanctuarisé par les syndicats d’une retraite pas répartition est « foutu », puisqu’un système où les actifs paient pour les actifs ne peux fonctionner que si les actifs sont plus nombreux que les inactifs, ce qui est de moins en moins vrai.

Donc, les Français choisissent les systèmes complémentaires, en toute conscience avec l'objectif de se protéger, mais ils investissent en assurance-vie. C’est donc une forme politiquement correcte de retraite par capitalisation puisque l‘épargne drainée est investie dans les déficits publics. Alors bien sûr, la confiance s’appuie sur les garanties de l’Etat, mais il faut croire aussi que l’épargnant a confiance dans la politique économique du pays parce que la solidité du système de l’assurance-vie investie dans les déficits publics va dépendre de la qualité avec laquelle seront gérés ces déficits.

Ce qui est étonnant dans le décryptage de ces chiffres, c’est qu’ils révèlent combien les politiques sont à côté du sujet. Ils déroulent un discours très protecteur et prudent sur les réformes à faire, alors que l’opinion, quand elle gère son argent, reste très pragmatique. Cette opinion a confiance en l’Etat, et notamment dans la politique économique, sinon elle n’irait pas sur l’assurance vie puisque l‘assurance vie est un des outils privilégiés de financement de l’Etat. Quand les politiques accablent l’endettement de l’Etat, les épargnants considèrent que cet endettement est un investissement, ce qui n’a pas toujours été le cas.

La 1ere leçon qui est derrière cette attitude est que si on présente à l‘épargnant des projets d’investissements, qu’ils soient publics ou privés, l‘épargnant finance. Il n’est donc pas utile d’écrire des psychodrames sur l‘endettement public. Il serait préférable d’imaginer des outils pour flécher cette épargne vers les entreprises.

La 2e leçon est que l‘Etat est condamné à gérer les budgets de fonctionnement au plus près, parce que sur le déficit de fonctionnement, l’épargnant ne viendra pas. Il faudra solliciter le contribuable et là, c’est un exercice politiquement beaucoup plus scabreux.

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