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Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, lors d'un point presse avec les médias.
Le ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin, lors d'un point presse avec les médias.
©CLEMENT MAHOUDEAU / AFP

Question mémorielle

Le repentir national

Gérald Darmanin a inauguré, le 9 octobre, une rue au nom du tirailleur algérien Moussa Ouakid, son grand-père, à Hasnon, ville du Nord de la France. Cette inauguration est une flèche décochée sur la cible de la droite nationale.

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Benoît de Valicourt

Benoît de Valicourt s’inscrit dans la tradition du verbe et de l'image. Il travaille sur le sens des mots et y associe l'image réelle ou virtuelle qui les illustre. Il accompagne les acteurs du monde économique et politique en travaillant leur stratégie et leur story-telling et en les invitant à engager leur probité et leurs valeurs sur tous les territoires. 
 
Observateur de la vie politique, non aligné et esprit libre, parfois provocateur mais profondément respectueux, il décrypte la singularité de la classe politique pour atlantico.fr et est éditorialiste à lyonmag.fr
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A Hasnon, petite ville du Nord, capitale mondiale de la fléchette, le ministre de l’Intérieur a inauguré le 9 octobre dernier une impasse au nom du tirailleur algérien Moussa Ouakid, engagé dans la Résistance en 1944, défenseur de l’Algérie française entre 1958 et 1962.

Une inauguration parmi tant d’autres dans l’agenda d’un ministre, un nom parmi tant d’autres de combattants africains ayant servi la France, voulu par le président de la République pour une rue, une place, une école. Mais Moussa Ouakid n’est pas simplement un résistant de la dernière heure comme la France en a connu en 1944, il est le grand-père de Gérald Moussa Darmanin.

Au moment où la France et l’Algérie s’accrochent sur la douloureuse question mémorielle de la guerre d’Algérie, où la France cherche l’équilibre entre laïcité et respect du prosélytisme de rue, où la France entre en campagne électorale, cette inauguration est une flèche décochée sur la cible de la droite nationale.

Eric Zemmour a beau ne pas être candidat, il hante le pouvoir en place. Son livre est un succès même s’il ne propose rien, mais il balance ! A croire que les Français ont fait de la dénonciation un sport national. D’ailleurs, il n’y a qu’à nous écouter à longueur de journée, rien ne va, les libertés sont bafouées, l’immigration est un problème, les musulmans et les juifs sont trop visibles, la crise sanitaire est mal gérée, la réussite est suspecte, les impôts et taxes trop élevés, la vie trop chère, … comme si la France avait décroché du front de ses mairies et écoles la devise de la République. Alors pour s’excuser que tout va mal, nous avons inventé le repentir national. Sous couvert d’inauguration d’un nom de rue, d’un dépôt de gerbe, d’écriture inclusive, de discrimination positive, de novlangue et autre féminisation de fonction, la France se nie et ne s’assume plus.

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Mais c’est une erreur, car la France ne peut pas s’excuser d’avoir été la grande puissance que le monde admirait, d’avoir une langue construite sur le genre féminin et masculin, d’avoir été la fille ainée de l’Eglise, d’avoir conquis le monde avec le Royaume Uni, l’Espagne, le Portugal, la Russie et tant d’autres, d’avoir défendu son territoire et ses possessions, d’avoir inventé le vaccin et de laisser à chacun la liberté de critiquer, de dénoncer et de nier.

Non, la France vaut mieux que cela, la France c’est l’esprit de conquête, la France c’est assumer ses responsabilités, la France c’est l’accumulation de régimes qui ont tous laissé une trace dans notre quotidien, de l’Ancien Régime à l’Etat français de Vichy en passant par la Révolution et l’Empire, la France c’est une culture toujours copiée mais jamais égalée.

Si la France s’excuse, elle ne peut le faire en demi-teinte parce que la France c’est la grandeur. Quand le président de la République, le 17 octobre, dénonce « les crimes commis cette nuit-là sous l’autorité de Maurice Papon sont inexcusables pour la République », il s’abstient.

Ces crimes peuvent être pardonnés, ils sont ceux de la guerre et son lot d’atrocités, sous l’autorité d’un ministre de l’Intérieur de la République française, Roger Frey qui finira sa carrière comme président du Conseil Constitutionnel. Accabler Maurice Papon, c’est en quelque sorte dédouaner l’Etat et le gouvernement de Michel Debré sous la présidence du Général de Gaulle. Demander pardon, ce n’est pas rejeter la faute sur l’autre.

La France n’a certes pas dit son dernier mot mais elle a surtout intérêt à dire ce qu’elle veut clairement pour son avenir car dénoncer n’a jamais apporté de solution. Sans tresser une couronne de louange à notre passé, défendons l’idée d’une France souveraine et fière de ses richesses à laquelle s’acculturent tous ses citoyens.

Si la monarchie britannique nous a volé sa devise « Dieu et mon droit », volons à la reine sa magique formule « never complain, never explain » !

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