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Le rapport du HCI dont personne ne parle : le modèle républicain d’intégration est-il mort ?
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Problème de fond

Le rapport du HCI dont personne ne parle : le modèle républicain d’intégration est-il mort ?

Le rapport "Une culture ouverte dans une République indivisible. Les choix de l'intégration culturelle" que le Haut Conseil à l'intégration (HCI) vient de remettre à Jean-Marc Ayrault est passé inaperçu. Il pose pourtant des questions très importantes pour le devenir de la société française en dressant un sombre bilan de l'intégration depuis deux décennies.

Haut Conseil à l'intégration (HCI)

Haut Conseil à l'intégration (HCI)

Le Haut Conseil à l'intégration (HCI) est une "instance de réflexion et de propositions" instituée en décembre 1989 par le gouvernement de Michel Rocard et rattachée aux services du Premier ministre, qui élabore un rapport annuel et émet des avis consultatifs à la demande du gouvernement sur « l’intégration des résidents étrangers ou d’origine étrangère ». Il est assisté depuis 2004 de l'Observatoire des statistiques de l'immigration et de l'intégration.

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Atlantico : Le récent rapport "Une culture ouverte dans une République indivisible. Les choix de l'intégration culturelle" du Haut Conseil à l'intégration (HCI) (à retrouver ici) fait état d'un séparatisme culturel et géographique croissant dans la société française. Comment celui-ci se manifeste-t-il ?

Caroline Bray et Sophie Ferhadjan du HCI : Le séparatisme culturel et géographique se traduit par la remise en cause d'un modèle de société fondé sur des valeurs et des principes communs. Le HCI est soucieux des revendications identitaires manifestée dans l'espace scolaire et s'en est d'ailleurs fait le témoin dans un précédent rapport Les défis de l'intégration à l'école. En effet, ces manifestations témoignent, dès le plus jeune âge, de la difficulté à "faire peuple" et interrogent l'avenir de cette fabrique à citoyens qu'est par nature l'école française.

Dans le champ scolaire, les manifestations de ce séparatisme sont nombreuses : remise en cause de certains enseignements (histoire géo, SVT, EPS...), remise en cause du principe de laïcité (question de la nourriture, question de la mixité), revendications identitaires excluantes de l'appartenance française. Tout ceci dans une logique d'évitement scolaire de plus en plus forte.

Dans l'espace de la société civile, les manifestations de ce séparatisme sont tout aussi nombreuses et peuvent être légitimées au nom de la promotion de la diversité. Les principes républicains sont alors présentés comme sclérosants et ne tenant pas assez compte de la diversité culturelle. On assiste, pêle-mêle, et les quotidiens s'en font l'écho, à la remise en cause de références culturelles comme celle de Noël par exemple, à des crispations de la société autour de préceptes religieux comme celui de la viande Halal ou du port du voile. Plus grave encore, la mixité et l'égalité homme-femme sont contestées.

Le séparatisme social et culturel s'exprime à travers des stratégies massives d'évitement dans le logement, à l'école, et par une redistribution spatiale de la population. Il prend de plus en plus la forme d'un séparatisme ethnique qui mine notre société.  


Le rapport du HCI a été remis au Premier ministre il y a deux semaines et est resté confidentiel. Comment expliquez-vous le silence des médias et de la classe politique autour de votre rapport ?

Le rapport a été transmis au Premier ministre il y a une quinzaine de jours. Il a fait l'objet d'un édito dans Marianne. Mais, en effet, les questions d'intégration des immigrés à la société française ne mobilisent pas souvent les médias, au-delà des faits divers ou de la promotion de la diversité. Pour ce qui le concerne, le HCI est dans l'attente des nouvelles orientations du gouvernement en matière d'intégration.

 

Le rapport révèle que depuis deux décennies, la politique qui est adoptée en matière d'intégration se rapproche de plus en plus du modèle anglo-saxon. A-t-on abandonné sans le dire le modèle républicain ? Pourquoi ?

La France n'a pas abandonné son modèle républicain mais elle l'a fragilisé en donnant une dimension excessive à la notion de diversité culturelle, au détriment de l'intégration. L'attraction du modèle anglo-saxon est symbolisée en France par la montée des revendications de statistiques ethniques, de quotas. C'est pourquoi nous avons tenu à travailler dans ce rapport sur l'exemple de la représentation de la diversité à la télévision.

Pourtant, le choix de l'intégration, tel qu'il a été défini par le Haut Conseil depuis 1989,  reconnaît le maintien de spécificités culturelles dans le respect des valeurs fondamentales. Il se distingue de l'assimilation (jugée trop coercitive) et de la simple insertion (trop économique). Cette approche de l'intégration n'a pourtant pas permis jusqu'à présent de résoudre la contradiction entre une République réputée aveugle aux particularismes et aux origines et la montée de revendications identitaires. Aujourd'hui, la question est clairement posée par notre société : qu'est-on en droit d'exiger en matière d'intégration culturelle des populations immigrées ?

Au-delà du respect de nos principes républicains fondamentaux, qui  ne sauraient être remis en cause, l'intégration suppose une culture commune qui permet de "faire peuple". Bien sûr, cette culture n'est pas figée, elle évolue et s'enrichit de multiples apports, mais elle doit rester partagée.

 

Le rapport incite le gouvernement à trancher publiquement le débat entre les partisans de l'"assimilation" et les tenants du "multiculturalisme". Mais est-ce possible aujourd'hui de revenir en arrière ? Comment renouer avec notre modèle d'assimilation traditionnel dans une société mondialisée et de plus en plus multiculturelle ?

Il nous semble que la question n'est pas tant un retour en arrière que d'être en accord avec nos principes républicains. Les tenants de la diversité se présentent ou sont présentés comme modernes, en phase avec une société mondialisée. Or, derrière la promotion de la diversité se cache selon nous une régression qui habitue nos contemporains, sous couvert de lutte contre les discriminations, à raisonner de façon grégaire en termes de communautés ethniques et raciales.

Tout au contraire, ce qui est moderne en France,  comme partout dans le monde, c'est bien l'idéal d'égalité qui passe très concrètement par l'égalité des droits et l'égalité des chances. C'est un combat permanent pour l'égalité entre hommes et femmes, pour l'égalité quel que soit son origine…. Pour le HCI, le gouvernement doit conforter une logique d'égalité et non la reconnaissance de minorités.

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