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Le mal du siècle : la défiance des citoyens envers les gouvernants n’est pas franco française
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Bonnes feuilles

Le mal du siècle : la défiance des citoyens envers les gouvernants n’est pas franco française

Connaissez-vous Beppe Grillo ? Naguère comique dans des émissions de variétés, il est aujourd’hui à la tête du "Mouvement 5 étoiles", qui prône l’établissement d’une démocratie directe et cybernétique, et dispose d'un tiers des députés au Parlement italien. Ces antipolitiques représentent un phénomène inquiétant qui commence à s'implanter aussi dans l'Hexagone à la faveur de la désaffection pour la politique et du web 2.0. Extrait de "Les antipolitiques", de Jacques de Saint Victor, publié chez Grasset (1/2).

Jacques  de Saint Victor,

Jacques de Saint Victor,

Jacques de Saint Victor, historien du droit et des idées politiques, est professeur des Universités à Paris VIII - Vincennes. Il est l’auteur de nombreux ouvrages, dont Un pouvoir invisible (Gallimard, 2012) qui a reçu le prix de l'essai de l'Académie française.

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Commençons par dissiper une illusion. L’actuelle « crise de confiance » dans laquelle s’inscrit cette nouvelle mouvance antipolitique n’est pas propre aux sociétés latines en général, ni à la société française en particulier. L’ancien ministre du général de Gaulle, Alain Peyrefitte, avait soutenu, dans un brillant essai sur La Société de confiance, que les sociétés libérales anglo-saxonnes se seraient bâties sur la confiance, contrairement aux sociétés latines, où dominerait l’esprit de défiance.

Si les Français se méfient peutêtre un peu plus de leurs concitoyens et du marché, la défiance dans le politique n’a rien d’une exception française. En réalité, la « crise de confiance » est devenue un véritable « mal du siècle » en Occident. Cette défiance couve depuis au moins une quarantaine d’années, dans les replis confortables de nos économies hypercomplexes, mais on a longtemps préféré s’aveugler.

Aux Etats-Unis, la défiance à l’égard du politique remonte à la guerre du Vietnam et elle n’aurait jamais été rétablie par la suite, sauf, ironie du sort, à un bref moment après le 11 septembre 2001. L’un des premiers à l’avoir compris fut le Président Jimmy Carter qui, le 15 juillet 1979, dans un appel dramatique au peuple américain, affirmait que « la crise de confiance touche le coeur, l’esprit et l’âme de notre nation » et qu’elle est un « défi fondamental à la démocratie américaine », bien plus que la crise de l’énergie ou celle de l’inflation. Difficile dans ces conditions de faire accroire sans mauvaise foi que seule la société française serait une société de défiance.

La crise des subprimes a d’ailleurs réconcilié tous les camps : c’est tout l’Occident qui affronte aujourd’hui « une crise de confiance sans précédent », comme l’a souligné Nicolas Sarkozy lors de son célèbre discours de Toulon du 25 septembre 2008, quelques jours après la chute de Lehman Brothers.

Même s’il faut prendre garde aux enquêtes et autres baromètres de la confiance, tous témoignent d’une forte montée de la défiance des gouvernés à l’égard des gouvernants. La seule existence de ces instruments souligne bien d’ailleurs que la question est maintenant posée avec acuité.

Extrait de "Les antipolitiques", de Jacques de Saint Victor, publié chez Grasset, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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