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Le dernier quinquennat a engagé, sur la question des dépenses, une dangereuse accélération.
Le dernier quinquennat a engagé, sur la question des dépenses, une dangereuse accélération.
©Ludovic MARIN / POOL / AFP

Réformes

Le macronisme : une philosophie de gauche assumée, celle de la dépense publique et du chèque

Face à l'inflation et pour protéger le pouvoir d’achat, le gouvernement propose la création d’un chèque alimentaire et d’une nouvelle prime carburant.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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Pour répondre aux pressions sur le pouvoir d’achat, le Gouvernement propose la création d’un chèque alimentaire et d’une nouvelle prime carburant dans le cadre d’un projet de loi « Pouvoir d’achat ».

Soyons lucide : le dernier quinquennat a engagé, en matière de dépense, une dangereuse accélération. Avec la multiplication des « chèques », l’Etat-providence est devenu notre banquier en chef. Ces chèques incarnent l’ambition de l’Etat de prescrire toujours plus nos comportements individuels alors que leur capacité à résoudre la crise du pouvoir d’achat reste incertaine.

Le développement des chèques marque un changement de nature des interventions de l’Etat qui doit être analysé tel quel. Avec le Gouvernement Macron, c’est l’accélération : chèque énergie, Pass culture…et désormais chèque alimentaire. A cela s’ajoute le Chèque psy (accompagnement psychologique post-covid), le Chèque vélo (50 € de réparation de vélos), le Pass’sport (financement des licences sportives des jeunes) ou le compte personnel formation (CPF) devenu un droit à consommer des formations.

Ces chèques ont été initialement conçu comme des compléments de salaires bénéficiant d’avantages fiscaux et sociaux (Chèque-Vacances, titre-restaurant). Puis les collectivités locales ont investi ce champ en développant des « chèques culture ». Enfin est venu le temps des chèques sociaux : chèque-emploi-services, chèque d'accompagnement personnalisé. Désormais, et à la différence des aides traditionnelles, l’Etat s’érige prescripteur en fléchant la consommation vers un type spécifique de bien ou de service.

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Pour autant, la politique des chèques n’est pas la bonne réponse à la problématique du pouvoir d’achat. Inflationniste car n’apportant pas de réponse à l’insuffisance d’offre, les chèques sont le symptôme d’un « quoi qu’il en coûte » qui amplifie la crise des finances publiques en arrosant tous les champs de nos vies individuelles.

Leurs mécanismes de gestion sont complexes et coûteux. Aussi, leur efficacité est fréquemment questionnée par les organismes d’évaluation. La Cour des comptes estime qu’environ 25 % des ménages en situation réelle de précarité énergétique ne le reçoivent pas, tandis qu’une large part des bénéficiaires ne remplissent pas les conditions requises.

Philosophiquement, ces chèques accélèrent le renforcement d’un paternalisme bureaucratique soucieux de prescrire des comportements individuels. Si la notion de « voucher » a été initialement développée dans les années 60 par M. Friedman avec l’ambition de laisser les parents choisir librement l’école de leurs enfants, l’approche retenue aujourd’hui va à l’encontre de cette philosophie de redistribution libérale et concurrentielle.

Il s’agit désormais d’une consommation dirigée. Ces dispositifs s’inscrivent dans une généalogie claire d’inspiration socialiste (le chèque-vacances créé par le ministère du Temps libre en 1982). En plus de la fiscalité comportementale (pour désinciter la consommation d’alcool, de sucre ou de tabac), l’Etat sort désormais son chéquier pour vous acheter une place pour voir certains types d’artistes ou payer votre caddie s’il privilégie des aliments « sains ».

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Repenser les politiques et l’action publiques est donc indispensable. Ces chèques sont le cache-sexe de l’inefficience de nos politiques publiques. Il faut s’attaquer aux causes de la crise du pouvoir d’achat dans le contexte de la mondialisation post-covid : par exemple s’agissant du chèque alimentaire : dégradation de notre production agricole, dépendance croissante aux importations…

Si le cœur de la réponse au pouvoir d’achat réside dans l’adaptation de notre système productif, des réponses de court terme, alternatives aux chèques, existent : baisse des charges, offres innovantes pour partager les coûts (covoiturer, partager ses abonnements…), payer à l’usage ou augmenter ses revenus. Quoi qu’il en soit, veillons à ce que de mauvaises solutions pour le pouvoir d’achat, n’accélèrent pas la culture de contrôle par les administrations des préférences individuelles.

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, d’économistes, de chefs d’entreprise et de professeurs d’université.

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