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Le gouvernement pourra-t-il assainir les dépenses publiques maintenant que la réduction du nombre de fonctionnaires ne semble plus au programme ?
©Reuters

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Le gouvernement pourra-t-il assainir les dépenses publiques maintenant que la réduction du nombre de fonctionnaires ne semble plus au programme ?

Gérald Darmanin affirme vouloir revoir à la baisse la réduction du nombre de fonctionnaires. Un mauvais signal qui n’augure rien de bon pour la suite.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Gérald Darmanin a affirmé vouloir revoir à la baisse la réduction du nombre de fonctionnaires. Est-ce que cela veut dire, que la baisse de la dépense publique est reportée à plus tard ?

Philippe Crevel : C’est évidemment un mauvais signal pour l’engagement d’une véritable décrue des dépenses publiques. Le programme d’Emmanuel Macron prévoyait de supprimer 120.000 postes de fonctionnaires par non remplacement d’un certain nombre de départs à la retraite, 70.000 suppressions étant supportées par les collectivités locales et 50.000 par l'Etat.

120 000 suppressions ne constituaient pas compte tenu des importants départs à la retraite un objectif insurmontable. Elles n’effaçaient pas les créations enregistrées sous François Hollande qui ont dépassé 150 000.

Emmanuel Macron n’a jamais été clair sur les dépenses publiques. Il a promis de les réduire en 5 ans de 60 milliards d’euros tout en accroissant les effectifs de l’éducation nationale, de la sécurité, de la justice voire de l’armée et tout en prévoyant un plan d’investissement de 50 milliards d’euros. Si la suppression des 120 000 postes pourrait rapporter, à terme, 3 milliards d’euros, les embauches prévues pourraient couter 1 milliard d’euros.

Emmanuel Macron semble vouloir se concilier les syndicats de la fonction publique pour des raisons électorales, les élections législatives sont toutes proches et pour éviter d’avoir plusieurs fronts sociaux. Son objectif numéro 1 st d’obtenir un accord sur le code du travail. Par ailleurs, il devra régler l’épineux dossier de l’augmentation de la CSG qui ne devrait pas être facilement acceptée par les fonctionnaires sauf à leur consentir des hausses de rémunérations. 

Concrètement qu'est-ce que cela implique ? Peut-on sérieusement penser réduire les dépenses publiques sans s’attaquer à cet épineux dossier ?

3 milliards d’euros sur cinq ans avec la suppression de 120 000 postes, nous sommes dans l’épaisseur du trait. 120 000 postes sur 5,6 millions d’emplois publics, cela correspond à une réduction portant sur 2 % des effectifs. Un poste de fonctionnaire, c’est 70 ans de dépenses, 40 ans de vie active et 30 ans de retraite…. La France est par ailleurs suradministrée. Il faut desserrer l’étreinte administrative qui pèse sur la population, sur les entreprises, sur les collectivités territoriales. Il faut plus de liberté en bas et moins de pouvoir en haut. Mais, Emmanuel Macron est un jacobin, un bonapartiste qui s’ignore de moins en moins. Il y a d’importants gains de productivité à réaliser dans la fonction publique. Le ministère de l’agriculture emploie près de 30 000 fonctionnaires quand celui de l’Allemagne en emploi 900 et 6000 avec toutes les agences affiliées. En vingt ans, le nombre d’exploitations agricoles a été divisé par deux quand le ministère a réduit ses effectifs de quelques pour cents. Les gains de productivité devraient atteindre de 1,5 à 2 % dans l’administration française avec le digital, avec la décentralisation ; or elle est plus proche de 0,5 %.

Quelles sont les autres moyens de faire de l'économie ?

La France consacre 56 % de son PIB à la dépense publique. Les prestations sociales représentent 34 % du PIB, ce qui constitue un record mondial. A défaut de vouloir aux structures, aux effectifs publics, il faudra oser toucher à la couverture sociale. Mais pour le moment, Emmanuel Macron est plus que prudent sur le sujet.

En matière de dépenses retraite, l’écart entre la France et le reste de la zone euro était, en 2015, de 3,5 points de PIB contre 1,5 point en 2002. Pour les dépenses d’éducation, la France consacre 1,2 point de PIB de plus que le reste de l’Europe, cet écart étant resté constant de 2002 à 2015. Il en est de même pour les dépenses de santé (8,2 % du PIB contre 7 % en 2015). Pour les dépenses en faveur de la famille, la France consacre 2,5 % de son PIB contre 1,5 % dans le reste de l’Europe. Les dépenses de logement représentent 0,9 % du PIB en France contre 0,3 % dans le reste de l’Europe. L’écart est de 1,25 point en ce qui concerne les dépenses en faveur de l’emploi et de 2 points pour celles liées au soutien à l’économie.

En matière d’investissement public, même si un net recul est constaté depuis 2009, la France continue à dépenser un peu plus que ses partenaires (3,4 % du PIB contre 2,4 % en 2015). Les dépenses publiques militaires s’élèvent, en France, à 1,6 % du PIB contre 0,9 % en moyenne dans les autres pays membres de la zone euro  mais la France a, depuis 2002, davantage réduit ses dépenses militaires que ses partenaires.

En revanche, la France dépense moins que ses partenaires pour l’aide économique extérieure (2 points de PIB en moins) et l’ordre public (-0,2 % de PIB pour la  sécurité et la justice).

Dépenses efficientes et dépenses inefficientes

Les dépenses familiales peuvent être jugées pertinentes au vu des résultats démographiques. Il en est de même pour celles liées à l’armée qui permettent à la France d’assurer sa protection et de continuer à jouer un rôle international. S’il est admis que la France dispose d’infrastructures de qualité et que le niveau de couverture en matière de santé et de retraite est élevé, des doutes peuvent être exprimés en ce qui concerne l’éducation. En effet, selon l’enquête PISA de l’OCDE, la France recule depuis une quinzaine d’années (voir également l’article sur l’innovation ci-dessous). 

L’efficience des dépenses de logement peut être également mise en cause. La part du revenu des ménages consacrée au logement en France est supérieure au reste de la zone euro, soit 16 % contre 14 %. Ce ratio dépasse 20 % pour les jeunes actifs. Les Français sont confrontés à des prix de l’immobilier et à une insuffisance en zone urbaine et en zone touristique de logements. Les mises en chantier qui atteignaient près de 500 000 avant la crise de 2008 ont atteint un point bas en 2015 à 330 000 avant de légèrement remonter depuis.

Les dépenses d’assurance-vieillesse sont élevées en France en raison du départ précoce à la retraite, 61 ans en moyenne contre 64 au sein de la zone euro.

Pour les dépenses du marché du travail, la différence est liée au poids des dépenses passives provenant de la longue période d’indemnisation du chômage (2 ans de couverture voire 3 ans pour les salariés âgés) et du nombre élevé de demandeurs d’emploi. Les dépenses actives sont grevées par un système de formation professionnelle reconnu inefficace. 

La réduction des dépenses publiques ne doit pas masquer que la première des priorités et d’en améliorer l’efficience en particulier en ce qui concerne l’éducation et l’emploi. Les marges de manœuvre sur les retraites ou sur la santé sont faibles voire inexistantes compte tenu de l’évolution de la démographie. Pour le logement, l’efficacité du lobbying du secteur du bâtiment rend les changements de politique très difficile à opérer.

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