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Le ministre français du Travail, Michel Sapin, avait lancé au mois de mai, en collaboration avec son homologue allemand Ursula Von der Leyen, un "New Deal" européen afin de relancer la croissance sur le Vieux Continent.
Le ministre français du Travail, Michel Sapin, avait lancé au mois de mai, en collaboration avec son homologue allemand Ursula Von der Leyen, un "New Deal" européen afin de relancer la croissance sur le Vieux Continent.
©Reuters

Emplâtre sur une jambe de bois

Le Conseil européen se penche sur le chômage des jeunes mais de quels moyens d’action l'Europe dispose-t-elle vraiment ?

Le Conseil européen se déroule ce jeudi 27 juin à Bruxelles. Il y sera, entre autres, question de l'explosion du chômage des jeunes.

André Fourçans

André Fourçans

André Fourçans est professeur d'économie à l'Essec. Il a aussi enseigné dans deux universités américaines ainsi qu’à l’Institut d’études politiques de Paris.

Il est l'auteur de plusieurs ouvrages de vulgarisation économique dont Les secrets de la prospérité - l’économie expliquée à ma fille 2, Seuil, 2011.

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Atlantico : Le Conseil européen de ce jeudi 27 juin se penchera sur le chômage des jeunes. Le ministre français du Travail, Michel Sapin, avait lancé au mois de mai, en collaboration avec son homologue allemand Ursula Von der Leyen, un "New Deal" européen afin de relancer la croissance sur le Vieux Continent. L'une des principales mesures : faire en sorte que la BEI puisse accorder des crédits aux entreprises qui recrutent des jeunes. Cet accord transnational piloté depuis Bruxelles peut-il avoir un réel impact sur le chômage des jeunes ? Dans quelles mesures ?

André Fourçans : Franchement, cette mesure ne sera qu’un emplâtre sur une jambe de bois. Du moins sur la durée. L’effet d’aubaine à court terme n’est pas impossible, mais ce n’est pas cela qui va changer fondamentalement la donne quant au chômage des jeunes. Le problème est beaucoup plus profond et demanderait des mesures structurelles autrement sérieuses, en tout cas en France. Parler de New Deal relève plus d’une stratégie de communication que d’une politique de traitement du problème. Si les entreprises ne recrutent pas des jeunes aujourd’hui, c’est à la fois en raison de conditions économiques générales et de conditions spécifiques liées aux jeunes demandeurs d’emploi. Lier l’emploi de ces jeunes aux crédits que les entreprises pourraient obtenir de la BEI ne va pas changer grand-chose à ces conditions, ou de façon marginale. Certes le crédit en général, surtout celui octroyé par les banques, en permettant aux entreprises d’investir, est sur la durée un facteur important de l’emploi. Mais il relève de la politique monétaire générale de la BCE et du comportement du système bancaire, et non pas de l’action de la BEI qui n’y changera pas grand-chose.

Le chômage n'est-il pas par ailleurs un problème principalement national avant d'être continental ? 

Il faut bien comprendre que la lutte contre le chômage des jeunes dépend pour l’essentiel de caractéristiques propres à chacun des pays. Ce n’est pas un hasard si le taux ce chômage varie beaucoup entre les différentes nations. Même si la situation économique générale est meilleure en Allemagne qu’en France, est-ce suffisant pour expliquer que le chômage des jeunes est là bas de moins de 10% et ici de quasi 25% ? Et même lorsque les conditions économiques étaient meilleures chez nous il y a quelques années qu’outre-Rhin, notre taux de chômage était toujours deux à trois fois celui de nos voisins germaniques. N’est-ce pas un indice que ce sont des caractéristiques propres aux deux pays qui expliquent la différence ?

Lorsque j’étais député européen, insister sur le fait que les mesures en faveur de l’emploi des jeunes relevaient pour l’essentiel de politiques nationales était un de mes leitmotivs. Si j’étais suivi dans ce genre de position par presque toutes les Etats Membres, les pouvoirs publics français avaient un peu trop tendance à fermer les yeux sur cette problématique. Pour une raison simple : la nécessité de réformer notre marché du travail en profondeur, ce que nos gouvernements quelque peu frileux n’ont jamais osé ou pu vraiment faire. Pas sûr que le pouvoir actuel y soit davantage prêt.

Il est clair qu’on ne refermera cette plaie du chômage des jeunes français sans au moins quelque unes des mesures suivantes : une augmentation de la flexibilité du marché du travail, vieille rengaine qui malheureusement doit encore et toujours être répétée ; la mise en place d’un smic-jeune ou par région ou par branche (voir mon  article dans Atlantico du 4 mars 2013) ; une formation professionnelle digne de ce nom pour tous les non-qualifiés plutôt que le système perverti actuel ; un changement dans les contrats de travail en faveur d’un contrat unique flexible et des accords d’entreprise pour s’adapter aux changements de l’environnement spécifique (la fameuse flexsécurité) ; une politique d’ouverture à la concurrence des professions fermées ; etc.

Doit-on en conséquence réfléchir à une harmonisation des diverses législations du travail ou faut-il régler les différents problèmes à l'échelle individuelle ?

Je ne crois pas beaucoup à l’harmonisation des législations du travail. Lesquelles devrait-on adopter : les allemandes ou les espagnoles, les suédoises ou les italiennes ? Autrement dit, irait-on vers plus de flexibilité ou vers moins ? Ou prendrait-on une moyenne savamment concoctée par quelques technocrates bruxellois ? Cela n’a pas beaucoup de sens. Les différences sont beaucoup trop grandes entre les pays pour croire un instant que cette harmonisation serait possible. Et même si c’était le cas, la bonne serait-elle choisie ? Ce qu’il faut c’est une bonne législation dans chaque pays, notamment en France qui a un grand besoin de bouger en la matière, en allant dans la direction mentionnée plus haut ; c’est tout, mais c’est beaucoup.

Sur quels points précis l'Europe peut, malgré tout, se montrer efficace en termes de lutte contre le chômage des jeunes ?

Bon, les conditions générales en Europe ont aussi bien entendu leur importance. Et dans cette optique les mesures macroéconomiques européennes ont leur rôle à jouer pour les améliorer, ces conditions. Vous surprendrais-je en disant qu’il faut diminuer les dépenses publiques dans les pays qui ont dérapés, la France est à cet égard en première ligne puisque son niveau de dépenses est dans le peloton de tête (avec 10 bons points de plus que l’Allemagne)? Ou en prétendant qu’il faut diminuer nos déficits et notre endettement ? Ou qu’il faudra aussi, avec une politique de baisse des dépenses publiques bien conduite, diminuer les impôts qui plombent notre économie ? Ou qu’il conviendrait de mieux coordonner nos politiques macroéconomiques entre les pays ? Ou qu’il ne faut pas tomber dans le piège du protectionnisme plus ou moins larvé, fut-il européen ? Ou … ?

Mais ces politiques, aussi nécessaires soient-elles, ne constituent pas des mesures propres à diminuer le chômage des jeunes, surtout en France, je l’ai dit. Quand enfin se décidera-t-on à prendre ce problème à bras le corps, par de vrais mesures et non pas de grandes déclarations ou des intitulés ronflants mais creux ? 

Cet article avait déjà été publié sur atlantico.fr au mois de mai : Que peut vraiment l'Europe contre le chômage des jeunes ? 

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