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Une copie physique d'un Bitcoin dans un magasin de crypto-monnaie « Bitcoin Change », près du Grand Bazar, à Istanbul.
Une copie physique d'un Bitcoin dans un magasin de crypto-monnaie « Bitcoin Change », près du Grand Bazar, à Istanbul.
©Ozan KOSE / AFP

Cryptomonnaie

Le Bitcoin ne concerne pas uniquement ses acheteurs et son coût social réel devient de plus en plus lourd

Et on ne parle même pas là de son « simple » impact environnemental (le minage de la crypto monnaie consomme déjà plus d’énergie que la Norvège tout entière) mais de ses autres externalités négatives.

Michel Ruimy

Michel Ruimy

Michel Ruimy est professeur affilié à l’ESCP, où il enseigne les principes de l’économie monétaire et les caractéristiques fondamentales des marchés de capitaux.

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Atlantico : Lael Brainard, de la Réserve fédérale américaine, a signalé qu'une prolifération de systèmes de paiement alternatifs pourrait entraîner une fragmentation et une augmentation des coûts pour les ménages et les entreprises. Le Bitcoin aurait donc un coût social ?

Michel Ruimy : En se focalisant sur l’accroissement exponentiel du nombre de « cryptonautes » et sur la volatilité des cryptoactifs (face émergée de l’iceberg), les media oublient, en général, d’aborder la question en termes environnementaux, fiscaux, de manipulation des marchés… (face immergée de l’iceberg). Or, les variations erratiques des cours boursiers ne doivent pas cacher le coût social pour la Société de ces supports.  

De manière succincte, les cryptoactifs encouragent la thésaurisation, la spéculation, l’évasion fiscale, les activités malveillantes comme le piratage d’ordinateurs pour le minage, pour retrouver des données contre rançon (Le coût de la cybercriminalité a atteint 1 000 milliards USD en 2020) … au lieu d’offrir un moyen de paiement socialement utile pour les paiements au quotidien. Ainsi, le récit vertueux d’une monnaie décentralisée promet une utopie future tout en offrant une dystopie actuelle.

Cette situation doit inciter les acteurs de cet écosystème à ne pas ignorer ce coût social, en particulier les dirigeants politiques en étendant le « périmètre réglementaire » des cryptoactifs (création de licences de minage spécifiques) et/ou encourageant le passage de l’exploitation minière vers des énergies renouvelables (« preuve d'enjeu » par opposition à la « preuve de travail » - proof of work).

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Comment l’économie réelle est-elle touchée par les aléas des cryptomonnaies ?

Ces nouveaux supports constituent un enjeu majeur pour le système financier auquel sont confrontés les pouvoirs publics, les banques centrales, les autorités de régulation, les établissements de crédit et les citoyens.

D’une façon ou d’une autre, la monnaie devrait entrer pleinement dans l’ère digitale en raison du besoin de simplification des liens monétaires. La digitalisation monétaire, aussi bien dans son pendant public que privé, redéfinira, à terme, notre modèle financier, en particulier, le rôle des banques. Elle pourrait ouvrir la voie à une « industrie fintech » plus réactive et plus productive que la finance bureaucratique d’aujourd’hui avec un impératif de stabilité financière et de promotion de l’activité réelle.

Déjà, la forte demande de matériel informatique, notamment de puces, pour le minage a élevé le prix de ce matériel.

Que sait-on de l’impact écologique du minage de Bitcoin ? Des efforts ont-ils été faits pour le limiter ?

Selon l’Université du Nouveau Mexique, la validation des transactions (minage) aux Etats-Unis a coûté, en 2019, environ 5 milliards USD de dollars. Ce chiffre n’inclut pas tous les coûts payés par la Société, notamment par les Américains ne possédant pas de cryptoactif (80% de la population). Plus précisément, 1 dollar de valeur de Bitcoin créé serait responsable de 0,49 USD de dommages sanitaires et climatiques aux États-Unis et de 0,37 USD en Chine.

En matière de demande énergétique, un lien étroit est observé entre la volatilité du prix du Bitcoin et celle du cours de l’électricité dans des zones géographiques où il y a une forte concentration des « fermes de minage ». En Iran, pays frappé par des sanctions internationales l’empêchant d’exporter son pétrole et où le coût de l’électricité a chuté, celles-ci se sont multipliées (L’Iran représente entre 5 et 10% du minage de Bitcoin) afin de desserrer les contraintes internationales. Ce pays a admis que d’importantes pannes de courant survenues cette année ont été provoquées par l’exploitation minière. Mais, la très grande majorité de cette activité se situe en Chine. Une partie de l’année, les « mineurs » chinois profitent de la forte production d’électricité hydraulique dans le Sud du pays. A la saison sèche, ils migrent dans le Nord, où l’électricité est produite par le charbon particulièrement polluant (lignite). L’empreinte carbone du Bitcoin change ainsi complètement d’un mois à l’autre.

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Avec la démocratisation du Bitcoin, les critiques environnementales se sont faites virulentes. Mais si l’Ethereum envisage de passer du « proof of work » à un système moins énergivore, qui devrait permettre d’éviter d’utiliser une partie des processeurs, il est difficile de voir le Bitcoin adopter un tel changement, qui risquerait de rendre le réseau moins décentralisé et sécurisé. La « preuve de travail » est si ancrée dans les valeurs et la culture du Bitcoin que, malgré de nombreuses tentatives, aucune réforme majeure de ce cryptoactif n'a été adoptée par la communauté. Serait-il un univers virtuel qui peinerait à se réformer ?

Au-delà de la simple pollution, les Bitcoins consomment-ils des ressources limitées qui pourraient venir à manquer pour d’autres secteurs de la société ?

Une popularisation des cryptoactifs rimerait-elle forcément avec « désastre écologique » ? Les coûts de l’exploitation minière des cryptomonnaies reposent essentiellement sur le prix de l’énergie et sur celui de la technologie permettant la résolution des algorithmes car la récompense n’est donnée qu’au plus rapide.

Le Bitcoin Electricity Consumption Index de l’Université de Cambridge estime que la consommation électrique annuelle du Bitcoin est d’environ 140 térawattheures. C’est davantage que la consommation de l’Argentine, de la Norvège ou encore l’équivalent de près d’un tiers de celle de la France. Une autre comparaison effectuée par Visual Capitalist montre que le réseau Bitcoin est également beaucoup plus énergivore que les plus grandes entreprises technologiques mondiales : dix fois plus que Google par exemple.

Mais il ne faut pas s’arrêter aux coûts immédiats. La blockchain n’aurait vraisemblablement pas existé sans les cryptoactifs. Il faut surtout poursuivre la recherche pour que le processus de validation soit moins énergivore.

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