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Le Bac est un bon outil qu'il faut préserver
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Le Bac est un bon outil qu'il faut préserver

Jour J pour les candidats à l'épreuve du Bac 2013 ! De nombreuses voix parmi nos élites politiques et intellectuelles se sont élevées afin de réclamer une réforme profonde de l'épreuve, voire sa suppression. Pourtant, le Bac présente encore de précieux atouts pour la survie éducative et culturelle de notre pays.

Sylvain  Fort

Sylvain Fort

Normalien et docteur es lettres, Sylvain Fort est aujourd'hui associé-fondateur de l'agence Steele&Holt.

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D’année en année, le discrédit visant le baccalauréat ne cesse de monter. Trop cher, inutile, trop peu discriminant, contraire aux bonnes pratiques pédagogiques… Tout est bon pour creuser la tombe de cette épreuve, par ailleurs maintes fois aménagée ces dernières décennies. Il n’est pas jusqu’à Jean-Paul Brighelli, connu pour son attachement à l’élitisme républicain, à avoir pris la plume pour demander à son tour la suppression du bac : moins, cette fois, au nom d’un certain pédagogisme, qu’au titre d’un "de toute façon, tout est perdu, essayons au moins de faire des économies".

Cette tentation du renoncement est décourageante de la part d’un homme qui n’a cessé depuis des années de tirer toutes les sonnettes d’alarme sur l’affaiblissement du système éducatif français, aujourd’hui largement confirmé par les tests PISA. C’est que Brighelli a fini par se résigner à ce déclin constant. En cela, il rejoint, par une autre voie, ceux qui depuis toujours regardent avec scepticisme cette clef de voûte de la docimologie à la française. Le marasme ambiant nous oblige à affirmer trois principes pour réclamer avec force le maintien du baccalauréat.

Premier principe : ce n’est pas parce que 85% d’une classe d’âge obtient le bac qu’il ne vaut rien. L’argument de la dilution de la valeur ne tient pas. A ce compte-là, on pourrait aussi dispenser nos concitoyens du permis de conduire ou du permis de port d’armes. Le baccalauréat peut aujourd’hui avoir dérivé et ne plus être le sésame magique qu’il fut. Le niveau qu’il sanctionne peut avoir décliné dans les disciplines majeures. Il n’en reste pas moins qu’il contraint nos lycéens à atteindre par leur travail un niveau d’exigence minimum. Ingérer des programmes qui restent massifs, se soumettre aux méthodes de l’examen, faire face à des correcteurs et des jurys – c’est là une exigence intellectuelle de base et sans doute une bonne préparation à l’enseignement supérieur.Le mot " bachotage" n’est pas nouveau dans la langue française. Il décrit un phénomène critiquable : le fond avant la forme, la méthode avant le savoir. Mais c’est une des grandes vertus de la tradition éducative française que de mettre l’accent sur la méthode. Que toute une classe d’âge ait appris à faire des notes, rédiger des documents, résoudre des équations ne nous garantit pas l’obtention de prix Nobel, mais du moins une certaine rigueur dans le raisonnement, une approche ordonnée des choses. C’est à cela que sert un examen, et non à réinventer La Critique de la Raison Pure.

Deuxième principe : l’examen national resteun moment essentiel de la cohésion nationale. Supprimer le bac, c’est opter pour un autre mode d’évaluation. Parions que le plus sûr substitut sera le nom et la localisation du lycée. Aujourd’hui, un lycéen de Trappes et un lycéen du centre de Paris sont tous les deux bacheliers. Supprimez le bac et Henri-IV ou Louis-le-Grand  deviendront les parfaits labels de substitution, autrement discriminants. La fracture éducative existe. Mais il est de la responsabilité de tous de la réduire, artificiellement peut-être, en maintenant les marqueurs de la cohésion nationale. Le service national n’est plus, et beaucoup le regrettent. Le bac reste un instant de mémoire collective et d’identification nationale dont on aurait tort de se priver.

Troisième principe : les professeurs ne peuvent pas tout, cessons de crier haro et prenons nos responsabilités. Les programmes et les enseignants sont fréquemment accusés du déclin du bac. La vérité est que les professeurs ont aujourd’hui affaire à une vague puissante de déculturation générale. Le temps scolaire est largement recouvert, débordé, par le temps extra-scolaire, où domine un modèle qui n’est pas seulement différent, mais orthogonal à l’enseignement scolaire. Le culte de l’argent facile et du "tout, tout de suite", l’abaissement invraisemblable du niveau de langage des élites politiques, médiatiques, culturelles, l’abêtissement télévisuel, la brutalité érigée en civilisation –  voilà les plus évidents facteurs de l’affaiblissement du niveau général. C’est cela, et non le bac, ni les professeurs, qui est en cause. L’école ne peut plus lutter contre le tsunami de décérébration qui l’assaille, et dontles jeunes sont les premières victimes. Supprimer le bac, c’est capituler devant l’injonction ambiante : "ne pas se prendre la tête". Mais si, tant qu’une classe d’âge continuera à "se prendre (un peu) la tête" une fois l’an, nous n’aurons pas tout perdu.

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