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TF1 a mal géré le dossier de la gratuité de la chaîne LCI.
TF1 a mal géré le dossier de la gratuité de la chaîne LCI.
©Reuters

C'est râpé

LCI : comment TF1 a géré le dossier de la gratuité de la chaîne info au mépris des règles élémentaires de la concurrence

Constatant l'échec du modèle payant de sa chaîne d'information LCI, le groupe TF1 s'est adressé au CSA pour obtenir l'autorisation de passer gratuit sur la TNT et ainsi venir concurrencer BFMTV et iTélé. M6 (Paris Première) et Canal+ (Planète+) ont formulé la même demande, mais tous trois se sont vu opposer un refus par les Sages.

Benjamin Dormann

Benjamin Dormann

Benjamin Dormann a été journaliste dans la presse financière et trésorier d'un parti politique. Depuis 18 ans, il est associé d'un cabinet de consultants indépendants, spécialisé en gestion de risques et en crédit aux entreprises. Il est executive chairman d'une structure active dans 38 pays à travers le monde. Il est l'auteur d’une enquête très documentée : Ils ont acheté la presse, nouvelle édition enrichie sortie le 13 janvier 2015, éditions Jean Picollec.

Le débat continue sur Facebook : ils.ont.achete.la.presse et [email protected].

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Atlantico : Le Conseil Supérieur de l'Audiovisuel a statué ce mardi 29 juillet sur la demande des groupes TF1, M6 et Canal+ de faire passer leurs chaînes respectivess LCI, Paris Première et Planète+ en gratuit. Les dirigeants ont agité en retour la menace de plans sociaux pour ces chaînes. En quoi le fait qu'un groupe privé qui a fait le choix d'une stratégie payante exerce une pression de ce type sur l'Etat est-il révélateur d'une incapacité française à supporter et respecter les règles de la concurrence ?

Benjamin Dormann : Tf1 a franchi une limite en faisant une sorte de chantage au CSA, en menaçant ce dernier d'un dépôt de bilan si l'organisme n'autorisait pas sa chaîne à passer en chaîne gratuite. Les entreprises ne peuvent pas être constamment dans le chantage affectif, elles doivent obéir à la régle du marché. Le fait est que l'entreprise souhaitait que sa chaîne devienne gratuite tout simplement parce que le modèle payant a échoué. C'est un pari qu'ils avaient fait et qu'ils ont perdu. Ils doivent payer les conséquences de ce dernier. Mais de l'autre côté, qu'on refuse l’accès à de nouveaux entrants est aussi un débat à tenir. 
 

Pourquoi confie t-on au CSA, qui est une autorité indépendante chargée de réfléchir sur le contenu des médias, une intervention dans les questions relatives à la concurrence des chaînes ? 

Ce n'est pas à la structure étatique de protéger la diversité éditoriale. Le CSA motive son choix en disant que si LCI était passée en chaîne gratuite, il y aurait eu des risques de déstabilisation des chaines d'information en continu gratuites. Est-ce le métier du CSA de stabiliser les chaînes existantes ? Non, l'organisme doit simplement vérifier les règles techniques et administratives. On ne lui demande pas d'organiser les marchés. C'est cela le point étonnant, le CSA ne se prononce pas par rapport à un critère juridique mais par rapport au marché de la concurrence. Ce n'est pas le rôle du CSA que de dire combien d'acteurs le marché publicitaire peut accepter.  C'est au consommateur de décider de l'audience, et donc de la survie des chaînes. 
 

Cette difficulté à accepter la concurrence est-elle présente dans d'autres domaines que les médias ? 

Les médias sont un cas à part. Je suis frappé par la complaisance à leur égard. Dans les autres domaines, il y a des sanctions lorsque les entreprises s'accordent pour définir des prix semblables, or ce n'est pas le cas dans le monde des médias. 
 
En donnant de l'argent à une entreprise en difficulté, on fausse les règles du marché. Il est normal pour les entreprises d'écarter les nouveaux arrivants afin de garder le marché. D'un point de vue économique, il n'y a pas de raison pour qu'il n'y ait pas d'entrée sur le marché. Je ne comprends pas pourquoi Bruxelles n'a pas réagi lorsque le Parlement français a voté l'annulation de la dette de l'Humanité. Dans les autres corps de métier on laisse jouer la concurrence. 
 
De façon générale, il y a une trop grande proximité entre les personnalités politiques et les chefs d’entreprise. Les hommes politiques prétendent savoir ce qui est bon ou non pour une entreprise, or c'est aux chefs d'entreprise de décider. On a aujourd'hui pris cette habitude de vouloir être dans la sphère privée tout en laissant régulièrement apparaître des interférences avec les politiques. 
 

Les trois actionnaires du Monde, et nouvellement propriétaires du Nouvel Observateur, ont dit être intéressés par un éventuel rachat de la chaîne. Quels problèmes ce rachat, s'il est effectif, poserait-il ? 

Normalement, suite à une loi datant de la sortie de la guerre, il est impossible de posséder une chaîne de télévision, une radio et un journal. Le principal problème posé est celui de la concentration des pouvoirs. Le trio possède déjà le premier quotidien, le premier hebdomadaires et d'autres organes de presse, or ce débat n’apparaît pas du tout, le trio est plutôt vu comme le sauveur de la presse. Il y a aussi un problème de proximité politique : deux membres du trio appartiennent au Parti socialiste, et l'un d'entre eux a financé une partie de la campagne de Ségolène Royal. 
 

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