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La mère de Laurence, Bernadette Chirac
La mère de Laurence, Bernadette Chirac
©Reuters

Bonnes feuilles

Laurence Chirac : ces destins tragiques des fils et filles de président

Mauvaise nouvelle, mon père est président ! A priori, il y a pire comme situation, mais l'enquête menée par Daniel Ichbiah montre nettement le contraire. Impossible de faire un pas de travers (quoique...), difficile de faire aussi bien que (même si...), le moins que l'on puisse dire, c'est que la vie de ces filles et fils de présidents n'est pas un long fleuve tranquille. Extrait de "Fils de P...", de Daniel Ichbiah, aux éditions de l'Opportun (1/2).

Daniel Ichbiah

Daniel Ichbiah

Daniel Ichbiah est écrivain et journaliste, spécialisé dans les jeux vidéo, les nouvelles technologiques, la musique et la production musicale.

Il est l'auteur de nombreux best-sellers tels que La Saga des jeux vidéos, Les 4 vies de Steve Jobs, Rock Vibrations, Le Livre de la Bonne Humeur, Bill Gates et la saga de Microsoft, etc. Daniel Ichbiah a aussi écrit Robots - Génèse d'un peuple artificiel

Parmi les biographies musicales écrites par l’auteur figurent celles du groupe Téléphone, de Michael Jackson, des Beatles, d’Elvis Presley, de Madonna (il a également publié Les chansons de Madonna), des Rolling Stones, etc. 

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Les Kennedy sont loin d’être la seule famille présidentielle qui ait tutoyé la tragédie. En France, le drame a touché la famille du président Chirac.

« Tout au long de la carrière publique de Jacques Chirac sur le devant de la scène, il y a eu ce drame de l’enfant malade. Parfois, c’était un souci permanent », confie l’ancien ministre et compagnon de route qu’a été Jacques Toubon.

« Laurence était une enfant particulièrement brillante, qui a été fauchée en plein vol… »

En 1973, au cours d’une course de voilier en Corse, Laurence a eu un accident qui a été fort mal soigné – son père l’a entendue hurler au moment où l’infirmier la piquait maladroitement.

Jusqu’alors, Laurence était une fille guillerette, farceuse, fort douée. À la suite du traumatisme lié à cette bévue médicale, l’aînée du couple Chirac a refusé de s’alimenter. Internée à l’hôpital Cochin, à Paris, elle a été enfermée durant des semaines sans possibilité de contact avec l’extérieur, avec pour seule option une assiette dont on espérait qu’elle se résoudrait à en consommer le contenu. La maladie l’a rendue anorexique : elle va descendre jusqu’au poids de 30 kilos.

Comment Jacques aurait-il pu ne pas se sentir responsable de cette situation, ne fût-ce qu’en filigrane ?

« Comme tous les autres pères dans la même situation, on se pose des questions : est-ce que ce n’est pas parce que je suis trop occupé, est ce que ce n’est pas parce que l’on me voit sans cesse à la télévision et non pas à la maison que ma fille a ces problèmes ? » questionne Toubon qui se souvient qu’en 1975, alors que Chirac était Premier ministre de Giscard d’Estaing, il s’arrangeait tout de même pour glisser dans son emploi du temps des déjeuners avec Laurence. « Il essayait de compenser le sentiment qu’elle avait pu avoir qu’il n’était pas suffisamment là. » Devenu maire de Paris en 1977 il a même fait en sorte de déjeuner quotidiennement avec sa fille aînée. Cette attention a porté ses fruits.

En 1981, alors que Laurence avait 23 ans, une lueur d’espoir est apparue. Elle allait mieux, elle a repris des études de médecine. Cinq ans plus tard, lorsque son père est entré à Matignon, elle était déjà en septième année de médecine avec une ambition manifeste d’apporter son aide là où elle le pourrait. Lors de la remise de sa thèse, en décembre 1986, il est apparu qu’elle avait repris du poids.

Une première rechute est constatée lors de l’hiver 1987 : alors que son père est candidat à l’élection présidentielle, Laurence tente de mettre fin à ses jours. Un an et demi plus tard, celui qui a été battu à plate couture par François Mitterrand doit demeurer stoïque face à la rumeur qui court alors dans le Tout-Paris selon laquelle Laurence serait décédée à la suite d’une nouvelle tentative de suicide. À la fin d’une entrevue avec Patrick Poivre d’Arvor, il lance, à propos de ce bruit terrible : « C’est faux ! » C’est tout. PPDA n’en saura pas plus.

Le 13 avril 1990, une terrible nouvelle tombe pour celui qui tient la Mairie de Paris depuis mars 1997 : peu avant 18 heures, Laurence, sa fille aînée, a enjambé le parapet de la clinique où elle est traitée, dans le XIVe arrondissement. Le couple Chirac, qui était en vacances en Thaïlande, rentre sans attendre pour rejoindre Laurence à l’hôpital du Val-de-Grâce, dans le Ve arrondissement de Paris. Durant le trajet de la clinique du XIVe jusqu’à cet hôpital militaire, des pompiers du Samu ont tenté de lui apporter des soins d’urgence. Laurence souffre de blessures à la tête et de fractures du bassin. Elle va se tirer d’affaire une fois de plus.

« Une des raisons pour lesquelles Bernadette est si engagée dans l’aide aux hôpitaux et aux médecins est qu’elle a vu de près ce que pouvait être la souffrance », estime Jacques Toubon.

En 1995, Laurence est sur la voie de la guérison. Le 17 mai, lorsque son père est intronisé président de la République, elle est présente dans la galerie de l’Élysée, filmée de manière discrète, de dos.

« Elle a incontestablement remonté la pente, l’évolution a été positive », juge Jacques Toubon.

Laurence Chirac va non seulement achever ses études mais aussi exercer la profession médicale durant plusieurs années. Elle sera pourtant rattrapée par ses défaillances et va finalement lever le pied. En dépit de sa volonté de combattre, elle demeure juste un peu trop fragile.

Le 29 novembre 2012, au moment où Jacques Chirac fêtait ses 80 ans à la Fondation Claude- Pompidou, ses deux filles étaient présentes. C’est la première fois que Laurence faisait une apparition publique depuis l’élection de 1995.

« Aujourd’hui, elle a une vie normale, même si elle ne travaille plus. Elle n’est aucunement hospitalisée, elle vit dans un appartement à Paris mais aussi, énormément, à Bity, en Corrèze », confie Toubon.

L’aînée du couple présidentiel demeure toutefois un souci pour la famille Chirac...

Tel a été le lot de bien des rejetons de ceux qui avaient atteint la fonction suprême. Ainsi, sur le seul sol américain, 36 enfants de président sont morts avant l’âge de cinq ans. Le fils du président Jefferson a quitté ce monde peu après sa naissance. Il en a été de même pour le premier enfant de Franklin Roosevelt. Trois des enfants d’Abraham et Mary Lincoln ont disparu durant leur jeunesse. Le fils unique de Monroe s’est éclipsé à l’âge de deux ans et Calvin Coolidge Jr a tenu jusqu’à ses seize ans avant de succomber à une infection sanguine. Quentin Roosevelt n’a pas survécu à ses audaces en tant que soldat et Charles Johnson a sombré dans l’alcool.

Le pouvoir est une maîtresse qui n’est pas partageuse et la présence au sein de la famille ne peut que s’en ressentir. Si l’épouse du battant est à même de décider d’intégrer ce facteur dans l’équation, les enfants peuvent décemment juger qu’ils sont les laissés-pour-compte d’une telle situation. Idéaliser son père pourrait être la solution, mais la pratique du réel ne le favorise pas forcément. L’accession aux hautes fonctions oblige à faire face à un monde d’ambitions contradictoires, d’intrigues, de compromis et de tentations. Être l’enfant de celui qui porte les couleurs du pays oblige ainsi à supporter une réalité éloignée de l’image à laquelle on aime associer ses géniteurs.

Si le statut d’enfant de président pouvait être librement choisi, on mentionnerait : êtres fragiles, s’abstenir...

Extrait de "Fils de P...", de Daniel Ichbiah, aux éditions de l'Opportun, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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