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Le secrétaire d'État américain Antony Blinken et le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba, le 10 novembre 2021.
Le secrétaire d'État américain Antony Blinken et le ministre ukrainien des Affaires étrangères Dmytro Kuleba, le 10 novembre 2021.
©LEAH MILLIS / POOL / AFP

Menace

La Maison Blanche prévient l’Europe de se préparer à une invasion de l’Ukraine par la Russie : faut-il vraiment se préparer à une offensive Poutine ?

La Maison Blanche a averti ses alliés européens qu’une invasion militaire de l’Ukraine pourrait être imminente, la Russie ayant augmenté ses troupes à la frontière du pays.

Viatcheslav  Avioutskii

Viatcheslav Avioutskii

Viatcheslav Avioutskii est professeur à l'ESSCA.

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Atlantico : La Maison Blanche a averti ses alliés européens qu’une invasion militaire de l’Ukraine pourrait être imminente. Faut-il prendre au sérieux ce conseil ? 

Viatcheslav Avioutskii : Tout ce qu’affirme la première puissance mondiale est à prendre au sérieux. Cette déclaration américaine fait suite à une récente augmentation des exercices militaires russes à la frontière ukrainienne. À la différence de l’Ukraine et des autres pays européens de la région, les États-Unis ont des moyens de renseignement à la fois humains et technologiques. Ils ont des satellites qui peuvent observer les troupes russes qui se réunissent actuellement au nord de la frontière ukrainienne, à proximité de la Biélorussie. La Russie veut faire comprendre au monde qu’une invasion de l’Ukraine est militairement possible et multiplie les exercices militaires. 

Fin octobre, l’Ukraine a utilisé des drones de fabrication turque Bayraktar pour détruire des pièces d’artillerie tenues par les séparatistes russes dans le Donbass. Cette attaque a provoqué la colère de Poutine pour deux raisons. Premièrement, la Russie ne possède pas de drones aussi sophistiqués. Enfin, en conflit avec la Turquie sur plusieurs fronts en Syrie, en Libye et plus récemment en Azerbaïdjan, le fait que l’Ukraine ait utilisé une arme de production turque à provoqué une vague d’indignation en Russie. Depuis 2/3 semaines, le champ médiatique russe s’emballe et certains présentateurs appellent même à une invasion complète de l’Ukraine. 

Au cours des dernières semaines, la Russie a accumulé une puissance de feu importante à sa frontière avec l’Ukraine. Doit-on y voir une simple démonstration de force ? L’OTAN doit-elle se préparer à un conflit militaire ?

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Je pense que le conflit à grande échelle aurait pu éclater en 2014. Le spectre de la guerre peut toujours resurgir, mais je ne vois pas la Russie entrer en Ukraine aujourd’hui. Une invasion provoquerait des milliers de morts, de blessés, de réfugiés… Je pense que les deux pays essaient de débloquer le problème à leur manière. La Russie montre les muscles pendant que l’Ukraine se tourne vers les États-Unis, surtout depuis l’arrivée de Biden à la Maison Blanche. L’Ukraine à considérablement augmenté sa coopération avec l’OTAN et les États-Unis. Il y a également des manœuvres militaires périodiques ou des missions de formation avec les membres de l’OTAN sur le sol ukrainien.

Après l’annexion de la Crimée et le conflit du Donbass qui a causé plus de 10 000 morts, les troubles ont repris plus tôt cette année lorsque la Russie a déjà massé des troupes à la frontière ukrainienne au printemps. En guise d'apaisement Biden a appelé Poutine, puis en juin Biden et Poutine s’étaient rencontrés en Suisse, sans résultats probants. Cette mobilisation de troupes peut être vue comme une sorte de pression de la part de la Russie, que ce soit pour une résolution de ce conflit ou pour protester contre les sanctions économiques qu’elle subit. 

Nous sommes également dans une très grave crise énergétique. La Russie est le principal exportateur de gaz dans l’Union européenne et les prix se sont envolés. Nous sommes aussi dans la dernière phase de la construction du gazoduc Nord Stream 2 autour duquel il y a encore quelques controverses. Je ne pense pas que ces actions de la Russie soient réellement une menace, mais une sorte de pression pour obliger leur principal rival, à savoir les États-Unis, à prendre des mesures dans l’intérêt de la Russie et de lever les sanctions économiques à son égard. La Russie se sert donc de l’Ukraine comme d’un moyen de pression envers le monde occidental. 

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De plus, L’Ukraine et la Russie sont touchés de plein fouet par le Covid. Il y a des centaines de morts par jours dans les deux pays. L’oxygène manque et les hôpitaux sont saturés. Un conflit peut difficilement éclater dans ces conditions. Le seul risque d’escalade serait un accrochage entre soldats.

L’Europe réagit-elle correctement aux coups de boutoirs de Poutine ? Une réponse militaire collective des alliés de l’OTAN permettrait-elle de mieux réagir ?

L’Europe se mobilise mais beaucoup trop lentement, à l’inverse de Biden qui a tout de suite décroché son téléphone pour appeler Poutine lorsque des troupes russes s’étaient rapprochées de la frontière ukrainienne en avril dernier. Quelques jours après, les troupes ont été retirées des frontières. C’est à ce moment que Biden à rencontré Poutine en Suisse.  La Russie est sous le coup des sanctions et elle n’est plus la bienvenue à de multiples conférences. De son côté, vu les tensions russo-occidentales, Poutine ne s’est pas déplacé à la COP 26 ou encore au sommet du G20 qui s’est tenu à Rome fin octobre. 

A l’heure actuelle, il n’est pas question pour l’OTAN de rentrer en guerre ouverte avec la Russie. Les conséquences seraient désastreuses dans les deux camps. L’Union européenne, tout comme Emmanuel Macron et Angela Merkel (et son successeur), souhaitent garder des relations ouvertes et apaisées avec Poutine pour éviter tout risque de conflit. 

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