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Emmanuel Macron lors d'un forum sur la croissance économique organisé par l'Institut Montaigne et le McKinsey Global Institute à Paris, le 23 juin 2016.
Emmanuel Macron lors d'un forum sur la croissance économique organisé par l'Institut Montaigne et le McKinsey Global Institute à Paris, le 23 juin 2016.
©ERIC PIERMONT / AFP

Commission d'enquête parlementaire

La gabegie des fonds publics : 1 milliard d’euros en 2021 dans l’escarcelle des cabinets de conseil

Les cadres administratifs et managériaux de la nation frappée d’incompétence.

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu est écrivain, conférencier, ingénieur, expert en Management et Directeur général et fondateur du thinktank GRES : Groupe de Réflexions sur les Enjeux Sociétaux.Perpetuel voyageur professionnel, il a parcouru la planète avant de devenir entrepreneur au Qatar où il a été injustement emprisonné près de 6 ans, sans procès. Il a publié plusieurs romans et témoignages dont : Le Châtiment des Elites, Qaptif, InQarcéré, Même à terre, restez debout ! Aujourd'hui conférencier et analyste societal, il met son expérience géopolitique au service d'une approche libérale-souverainiste de la démocratie.

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« Je ne connais rien d'aussi immoral que les fonds secrets si ce n'est les fonds publics. » Henri Rochefort (1831 - 1913)

Une enquête parlementaire sénatoriale révèle que le gouvernement a fait usage de manière incessante aux cabinets de conseil pendant les 5 dernières années. En 2021, la somme distribuée à ces cabinets atteint le milliard d’euros. Un montant colossal, pour une efficacité restant à démontrer. Pire : l’un des cabinets les plus utilisés, le cabinet McKinsey, ne paye aucun impôt en France depuis dix ans alors que le gouvernement lui a octroyé plusieurs millions d’euros.

À un mois des Présidentielles, le scandale d’état des cabinets-conseils sera-t-il pour Emmanuel Macron l’équivalent des costumes de François Fillon en 2017 ?

Assurément pas. François Fillon n’était alors pas aux commandes du système gouvernemental, de plus il ne revêtait pas le costume de chef de guerre. Il faut donc oublier une éventuelle similarité en matière de scandale d’État.La politique médiatique des deux poids deux mesures existe également dans ce domaine.

Des pans entiers de politiques publiques sont délégués à des consultants privés qui n’ont toutefois aucune légitimité démocratique. « Il s’agit d’une intrusion en profondeur du secteur privé dans la sphère publique » selon Éliane Assassi. « 1 milliard d’euros ont été versés en 2021 à des cabinets de conseil par l’État français » selon la commission d’enquête sénatoriale sur les cabinets de conseil privés. Et ces dépenses continuent d’augmenter au fil des mois.

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L’affaire McKinsey a éclaté au grand jour à la suite du rapport d’une commission d’enquête parlementaire du Sénat présidé par Arnaud Bazin. Les conclusions de ce rapport ne laissent aucune place au doute.

Éliane Assassi, sénatrice et rapporteuse de la commission d’enquête sur les cabinets de conseil, a dressé un constat hallucinant.

La place qu’occupent ces cabinets de conseil au sein même de l’État et surtout leur omnipotence dans les décisions et les arbitrages est purement anticonstitutionnelle. La France possède une pléthore de hauts fonctionnaires formés dans les fleurons des grandes écoles françaises.

Tout au long du quinquennat, ces cabinets de conseil ont servi de béquilles aux gouvernements sur ces choix politiques.

McKinsey est au cœur du scandale et le premier nom issu d’une boîte de Pandore sans fond. Les représentants du cabinet McKinsey se présentaient le 18 janvier devant une commission d’enquête sénatoriale. Il s’agissait de faire la lumière sur un contrat de 500 000 euros passé avec le ministère de l’Éducation concernant l’organisation douteuse, d’un colloque qui n’aura jamais lieu.

Les explications des associés français du cabinet ont pour le moins été lunaires. Pour autant, les liens entre le pouvoir politique macronien et les intérêts financiers de McKinsey ont été mis en évidence.

Les relations entre Emmanuel Macron et McKinsey ont été forgées par la commission Attali sous le gouvernement Sarkozy. McKinsey a participé grandement à la campagne d'Emmanuel Macron électorale en 2017.

McKinsey n’est pourtant pas exempt de tout reproche sur la scène internationale

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En 2021, McKinsey a payé 573 millions de dollars contre l’abandon des poursuites après les 500 000 morts dues aux médicaments antidouleurs de Purdue Pharma et Pfizer dont il avait la charge de la communication. McKinsey a connu de nombreux échecs, en Corée du Sud comme aux États-Unis.

L’Arabie Saoudite fait régulièrement appel au cabinet McKinsey qui lui fournit des stratégies et des chiffres prévisionnels alléchants, mais qui ne reflètent pas la réalité. Quant à la France, avec son armée de fonctionnaires, elle ne devrait pas nécessiter d’aides extérieures pour lisser ses calculs prévisionnels. Pourtant moyennant des millions d’euros, Emmanuel Macron a confié à McKinsey la gestion des hôpitaux, de l’Éducation nationale et de la crise sanitaire. 

« Je pense que pour faire la réforme de la haute fonction publique, il faut supprimer, entre autres, l’ENA » Emmanuel Macron.

Autant de contrats conclus sans appel d’offres et pire sans résultats probants. Des budgets publics aux bénéfices privés, la collusion et le copinage des hauts fonctionnaires se font dans le silence feutré des alcôves élyséennes. L’objectif à peine déguisé est de réduire le nombre de fonctionnaires et de détruire la Fonction publique. La privatisation rampante en marche depuis 2017 se dressera sur deux jambes durant l’inévitable et inexorable, deuxième quinquennat macronien.

Pour faire bonne mesure de l’emploi illégitime des fonds publics, selon le rapport sénatorial, les branches françaises de McKinsey n’ont payé aucun impôt sur les sociétés entre 2011 et 2020.

Le rapport de la commission d’enquête du Sénat concernant l’usage de cabinets de conseil par l’État a mis en évidence un « phénomène tentaculaire », et croissant au détriment des finances publiques. L’accusation d’optimisation fiscale est un euphémisme, il s’agit purement d’évasion fiscale.

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La commission sénatoriale estime que « le cabinet McKinsey est bien assujetti à l’impôt sur les sociétés (IS) en France, mais ses versements s’établissent à zéro euro depuis au moins 10 ans, alors que son chiffre d’affaires sur le territoire national atteint 329 millions d’euros en 2020, dont environ 5 % dans le secteur public, et qu’il y emploie environ 600 salariés ».

Les déclarations sous serment devant le Sénat de Karim Tadjeddine, le responsable du « secteur public » du cabinet McKinsey France « Je le dis très nettement : nous payons l’impôt sur les sociétés en France » constituent un faux témoignage avec le facteur aggravant d’être prononcé devant une commission d’enquête sénatoriale.

Plusieurs candidats à la présidentielle et responsables politiques ont exigé sinon des comptes à tout le moins des explications à Emmanuel Macron.

Les interrogations sont multiples

- Est-il possible que l’exécutif ne soit pas au courant de telles pratiques ?

- Comment et pourquoi, le gouvernement, a-t-il pu confier une cinquantainede missions à un cabinet qui ne paye pas d’impôts depuis 10 ans ?

- Pourquoi n’a-t-il pas procédé à ces vérifications ?

- Pourquoi a-t-il fallu que le Sénat s’en saisisse ? 

Selon Yannick Jadot, il s’agit d’une dérive totale du rôle des cabinets de conseil particulièrement américains, qui sont au cœur des politiques publiques françaises, et des liens qu’Emmanuel Macron entretient avec « les lobbies ». Il est question d’évasion fiscale et non pas d’optimisation fiscale.

Pour François Ruffin « La Macronie préfère envoyer vos impôts au Delaware ».

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Pour Jordan Bardella, les prestations douteuses de McKinsey et ses liens étroits avec la Macronie constituent un énième scandale d’État.

Pour Éric Zemmour, les relations de McKinsey et Emmanuel Macron sont au cœur de la déconstruction de la Nation. Des employés de McKinsey ont largement participé à la campagne électorale du candidat macron en 2017. C’est également sur des conseils McKinsey qu’Emmanuel Macron a vendu Alstom à la compagnie américaine General Electric. C’est une gabegie de fonds publics à des fins idéologiques.

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Il est légitime de penser que le dégoût des Français pour les politiques ne peut qu’entraîner des répercussions sur le taux d’abstention annoncé par les sondeurs comme record. Le silence étourdissant des équipes d’Emmanuel Macron sur le sujet suggère qu’une forte abstention ne peut que favoriser le pouvoir en place.

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