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Plus de 6.500 travailleurs migrants seraient morts lors des chantiers dans le cadre de l'organisation de la Coupe du monde 2022 au Qatar, selon la rédaction du Guardian.
©GIUSEPPE CACACE / AFP

Chantiers de la Coupe du Monde

La face ensanglantée du Qatar. Bilan non-exhaustif : 6500 morts. Appel au boycott par l’équipe de France de la Coupe du Monde 2022

La Coupe du Monde de football en 2022 sera organisée au Qatar. Le journal The Guardian a révélé que plus de 6.500 travailleurs migrants seraient décédés sur les chantiers lors de la construction de sept nouveaux stades, de routes, d'hôtels et d'un aéroport.

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu

Jean-Pierre Marongiu est écrivain, conférencier, ingénieur, expert en Management et Directeur général et fondateur du thinktank GRES : Groupe de Réflexions sur les Enjeux Sociétaux.Perpetuel voyageur professionnel, il a parcouru la planète avant de devenir entrepreneur au Qatar où il a été injustement emprisonné près de 6 ans, sans procès. Il a publié plusieurs romans et témoignages dont : Le Châtiment des Elites, Qaptif, InQarcéré, Même à terre, restez debout ! Aujourd'hui conférencier et analyste societal, il met son expérience géopolitique au service d'une approche libérale-souverainiste de la démocratie.

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Selon The Guardian plus de 6500 travailleurs étrangers, principalement népalais, indiens, sri-lankais, bengalais, seraient morts lors des travaux de construction des stades et infrastructures de la Coupe du Monde de football qui doit se tenir au Qatar en 2022.

La mort de milliers de travailleurs migrants ne fait l’objet d’aucune enquête de la part du gouvernement qatarien.  L’hécatombe qui se poursuit avec une régularité de métronome n’inquiète pas la FIFA.

En singeant les simagrées covidiennes de l’OMS, le Qatar a inventé une nouvelle épidémie : la mort subite de travailleurs migrants.

Toujours à la pointe de la technologie quand il s’agit de climatiser les trottoirs de Doha ou bien les stades de la coupe du monde, le Qatar fait désormais office d’autorité médicale plus particulièrement en matière de médecine légale. Les équipes de spécialistes de l’émirat qui se rendent avec une vélocité admirable sur les sites de construction des stades de la coupe du monde afin d’expertiser les décès de travailleurs ont mis en évidence le syndrome de la mort subite du travailleur.

Une réussite éclatante quand on sait que le Nepal Foreign Employment Board (FEB) a enregistré à ce jour 2 634 décès pour le seul Népal. Une hécatombe passée sous silence dont on connaît enfin le diagnostic : le syndrome de la mort subite du travailleur, mais dont on n’a pas encore découvert la causalité. S’agit-il d’une bactérie sournoise, d’un virus extraterrestre… ?

Toutes les hypothèses sont évaluées avec sérieux et compétence par l’émir du Qatar lui-même.

Le porte-parole du comité d’organisation qatarien se tenant bien droit dans ses sandales a récemment déclaré :

« Le taux de mortalité dans ces communautés se situe dans la fourchette prévue en fonction de la taille et des caractéristiques démographiques de la population. »

La FIFA qui observe avec attention le déroulement des travaux à la longue vue depuis la transparence de sa maison de verre à Zurich s’est montrée satisfaite du tableau de chasse qatarien :  6500 cadavres semblent être un score satisfaisant à l’aulne de sa dernière déclaration officielle : « les mesures de santé et de sécurité sur les chantiers sont très strictes. La fréquence des accidents sur les chantiers de la Coupe du monde de la FIFA est faible en comparaison d’autres grands projets de construction dans le monde ».

Sans doute par rapport à la construction de la grande muraille de Chine ou des pyramides d’Égypte.

 Les Experts de Doha à la manœuvre : La mort subite de milliers de travailleurs migrants au Qatar ne fait pas l’objet d’enquête.

Les équipes gouvernementales qatariennes ont acquis un tel degré d’expertise qu’ils peuvent désormais se dispenser d’autopsies. Un coup d’œil exercé suffit à émettre le certificat de décès et rapatrier au plus vite la dépouille du défunt travailleur dans son pays natal. Cette diligence évite la paperasserie et les désagréments pour la famille d’une enquête de type occidental. Nul besoin d’investigations poussées par la police scientifique, les Experts de Doha sont passés maîtres en résolution de décès inexpliqués. Leurs homologues de Miami envisagent même de venir suivre des stages de remise à niveau à la Qatar Foundation.

Dans la majorité des cas, les autorités n’effectuent pas d’autopsie, et cela en dépit des recommandations des conseils juridiques internationaux grassement rémunérés qui sont légion à souffler à l’oreille de l’Émir. Peut-être chuchotent-ils pour ne pas réveiller la conscience endormie de ce dernier.

La réticence du Qatar à effectuer des autopsies soulève auprès des familles en deuil dans toute l’Asie du Sud les pires interrogations. Pour calmer la colère montante des proches, un représentant du gouvernement qatarien a prétexté que selon la loi, les familles des défunts doivent approuver une autopsie avant qu’elle ne soit pratiquée.

« Dans la majorité des décès de travailleurs, les familles refusent une autopsie parce qu’elles souhaitent que le corps soit rendu le plus rapidement possible pour l’accomplissement des rites religieux d’inhumation ou de crémation. Cela crée une difficulté en ce qui concerne l’enquête sur la cause du décès dans certains cas ».

Il apparaît cependant que dans la plupart des cas aucune information n’a été transmise aux familles concernant une demande d’autopsie.

Des conditions de travail insoutenables

Plus de 2 634 travailleurs népalais ont perdu la vie sur les chantiers de la Coupe du monde entre 2012 et 2020, dont 1681 pour des causes jugées naturelles selon plusieurs sources officielles. Les données de la FEB proviennent en grande partie des certificats de décès délivrés au Qatar.

Dans son enquête, Le Guardian a révélé que des centaines de milliers de travailleurs étaient exposés à des niveaux potentiellement mortels de stress thermique, travaillant à des températures allant jusqu’à 45°C pendant 10 heures par jour. Les températures élevées exercent une pression énorme sur le système cardiovasculaire et les cardiologues affirment qu’il existe un lien direct entre le stress thermique et le nombre élevé de jeunes travailleurs qui meurent pendant les mois d’été.

Des accords privés avec des agences de main d'œuvre peu scrupuleuses au Népal, au Bengale, en Inde et au Sri Lanka seraient conclus en toute discrétion afin de faire entrer dans le pays de la main-d’œuvre en nombre suffisant pour pallier les retards de construction des stades.

Nick Mcgeehan, le directeur de Fair Square Projects, une organisation qui mène des recherches concernant les conditions de vie des travailleurs migrants du Golfe, a déclaré qu’au Qatar, les enquêtes menées sur le terrain révèlent un désintérêt pour le bien-être et la sécurité des travailleurs.

« La législation sur les autopsies est une preuve supplémentaire de la valeur différente qui est attachée à la vie des travailleurs migrants peu rémunérés. Si des centaines de ressortissants du Golfe ou de citoyens de l’Ouest mouraient chaque année dans des circonstances inexpliquées, cela provoquerait un tollé médiatique.  Au Qatar et à la FIFA, le silence est d’argent…sale. »

Une situation permise et validée par le silence des politiques, des médias et des fédérations sportives occidentaux.

Il serait temps pour les médias occidentaux et pour la FIFA de s’interroger certes sur la responsabilité du Qatar, mais également sur la pression internationale qu’ils peuvent exercer sur le dictateur islamiste mégalomane d’un état féodal.

Il serait temps que les footballeurs vedettes de l'équipe de France, prompts à lever le poing ou mettre un genou à terre au nom du racisme et de l’esclavage, fassent preuve de constance dans l’engagement facile et boycottent la coupe du monde de la honte.

Il serait temps que nous prenions tous conscience que le Qatar assassine des travailleurs et l’idée même du sport.  #balancetonqatar

Une chose est certaine, au sein de la FIFA, personne n’ignore ces morts infiniment suspectes dont on n’ose donner le vrai nom. Les actions en justice concernant les conditions de corruption d’attribution de la Coupe du Monde 2022 n’ont pas encore délivré de jugement. Nul doute que les conclusions seront rendues en 2023.

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