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Le premier tour des élections régionales et départementales, le 20 juin 2021, a été marqué par une abstention record.
Le premier tour des élections régionales et départementales, le 20 juin 2021, a été marqué par une abstention record.
©Joël SAGET / AFP

Abstention record

La démocratie (représentative) est morte, vive la démocratie (quasi-directe) !

Les faibles taux de participation électorale enregistrés en France ces dernières années montrent la rupture entre les élus et les citoyens, qui ne veulent plus être gouvernés mais se gouverner eux-mêmes.

Michel Fize

Michel Fize

Michel Fize est un sociologue, ancien chercheur au CNRS, écrivain, ancien conseiller régional d'Ile de France, ardent défenseur de la cause animale.

Il est l'auteur d'une quarantaine d'ouvrages dont La Démocratie familiale (Presses de la Renaissance, 1990), Le Livre noir de la jeunesse (Presses de la Renaissance, 2007), L'Individualisme démocratique (L'Oeuvre, 2010), Jeunesses à l'abandon (Mimésis, 2016), La Crise morale de la France et des Français (Mimésis, 2017). Son dernier livre : De l'abîme à l'espoir (Mimésis, 2021)

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Les faibles taux de participation électorale enregistrés en France ces dernières années, dont le dernier – record historique -, dimanche dernier, pour les élections régionales (près des deux tiers des Français n’ont pas pris part au vote), signent la mort de la démocratie représentative et jacobine. Si l’on a pu parler de désaffection citoyenne, encore qu’il eût été plus juste de parler de « désaffiliation » des citoyens de leur classe politique, ce constat est aujourd’hui dépassé : il y a bel et bien désormais RUPTURE entre les représentants, personnels et institutionnels (élus, partis politiques) et les représentés, citoyens dits ordinaires, qui ne veulent plus être gouvernés mais se gouverner eux-mêmes (on se rappelle les Gilets jaunes prônant naguère dans la rue le RIC, référendum d’initiative citoyenne, une institution emblématique de démocratie directe).

L’actuelle démocratie est à bout de souffle. Elle pâtit essentiellement (en plus d’une emprise individualiste maximale) de l’impuissance des responsables politiques de tous niveaux, territoriaux ou nationaux, impuissance à résoudre les problèmes concrets et urgents des gens : logement, emploi, niveau de vie… La démocratie française souffre assurément de l’inefficacité de ses « leaders » à changer la vie de leurs concitoyens, et d’abord des plus modestes, des plus en difficultés.

Les hommes et femmes politiques de ce pays, qui sont tous et toutes dans le « système » (représentatif), y compris Marine Le Pen qui s’en est toujours défendu, ne comprennent décidément pas ce qui se passe. Il est vrai que ces « premiers de la classe » démocratique et médiatique vivent dans un monde particulier que les citoyens « ordinaires » ne connaissent guère. Un monde à part qui a ses mœurs spécifiques, où l’on ne connaît ni les grandes valeurs ni les grands sentiments. Parler de « famille politique » ou d’« amis politiques » est au mieux une aberration, au pire une insulte au groupe familial et aux amis, ceux de la vraie vie. Le pouvoir exclut par essence et morale et nobles sentiments.

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Ne posant pas les bons diagnostics (il est vrai que les politiques actuels sont plus entourés de communicants que de penseurs), les hommes et les femmes politiques analysent fort mal, notamment les événements électoraux en cours. Prenons l’exemple de Marine Le Pen qui considérait les élections régionales comme une sorte de « répétition », un test de sympathie de l’électorat à son égard devant lui permettre de confirmer sa bonne place dans l’opinion publique. C’est raté ! Mme Le Pen a vu son mouvement, le 20 juin dernier, enregistrer lui-aussi un fort taux d’abstention. Il lui aurait pourtant suffi de tendre l’oreille et d’entendre ses concitoyens déclarer aux micros tendus : « On ne comprend rien à ces élections », « on ne connaît pas les candidats » ou « de toute façon, ça ne va rien changer pour nous ; qu’ils soient de droite ou de gauche, notre vie est toujours la même » - d’où probablement cette « prime » aux présidents et présidentes sortant, choix de facilité et de paresse intellectuelle (tout le monde a vu à la télévision la plupart des têtes de liste).

La réalité est là : le désintérêt croissant des citoyens pour toutes les élections territoriales, à l’exception (pour combien de temps ?) des élections municipales. Désintérêt fort chez les ouvriers (75 % d’abstentions le 20 juin) et les jeunes (près de 90 % d’abstentions), deux catégories qui, Marine Le Pen l’aurait-elle oublié ?, forment le socle de son électorat. D’où l’échec relatif du Rassemblement national dimanche dernier. Ainsi, pour prendre un autre exemple, les candidats, notamment « macronistes », qui aujourd’hui en appellent, pour le 27 juin, à la mobilisation électorale des 18-30 ans, perdent-ils tout simplement leur temps : les jeunes ne voteront pas plus le 27 juin qu’ils n’ont voté le 20 juin. Leur désaffiliation n’est pas conjoncturelle mais structurelle.

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De cette situation, il faudrait tirer des leçons immédiates sur le plan électoral, appliquer la règle suivante : quand, dans un scrutin, le parti qui arrive en tête est celui de l’abstention, l’élection doit être annulée et refaite jusqu’à ce qu’un taux de 50 %, et une voix, de votants soit enfin obtenu.

Mais revenons à notre « démocratie en miettes ». Sa nature représentative n’est plus acceptée. Et l’on peut penser que l’introduction de la représentation proportionnelle (même intégrale) n’y changerait rien puisque, dans représentation proportionnelle, il y a encore « représentation ». Comme nous l’avons expliqué à deux grandes reprises (L’Individualisme démocratique, L’œuvre, 2010 et De l’abîme à l’espoir, Mimésis, 2021), une nouvelle démocratie est à inventer, qui ne saurait être la démocratie participative, laquelle n’est qu’un « ravalement de façade », une simple béquille de la démocratie représentative. Cette démocratie du futur sera particip’active c’est-à-dire quasi-directe, ou ne sera pas (dans ce cas, les portes de la dictature seraient à coup sûr grandes ouvertes). Cette visée suppose la destruction, dans l’actuelle Constitution, de tout ce qui entrave la logique démocratique (gouvernement du peuple, par le peuple), à commencer par la « présidence monarchique » hors-temps et un jacobinisme désuet. Comment admettre en effet qu’en 2021 les régions n’aient pas une compétence globale, mais des compétences réduites à trois secteurs : la formation professionnelle (certainement pas une priorité dans l’esprit des Français), les lycées (travaux et entretien) et les transports. La Covid 19 l’a montré : les régions peuvent être utilement performantes en matière de santé. Pourquoi ne le seraient-elles pas en matière d’éducation (pédagogie, programmes) et de sécurité par exemple ? Il faut, en ce sens, rédiger un nouvel Acte de décentralisation politique, qui passerait notamment par la suppression des préfets, ces « intendants » républicains aussi désuets que leur uniforme d’apparat.

Pour l’heure rien ne permet de penser qu’il y aura au 2ème tour des régionales, un taux de participation grandement supérieur à celui du 1er tour. Enfin, anticipant un peu, prenons garde que dans le cas d’un nouveau duel Macron-Le Pen, au 2ème tour de la présidentielle, le 24 avril prochain, (un duel dont la majorité des Français ne semble pas vouloir), nous n’enregistrions pas un taux record d’abstentions. « Elections, piège à cons », criait-on en mai 68. Mais voilà, du temps a passé, les Français ne sont pas des cons et crient aujourd’hui à notre intention : « Abstentions, c’est la raison, la seule ».

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