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La COP28 reconnaît aux entreprises un rôle majeur dans la lutte pour le climat, contre les utopies et les idéologies de la décroissance
©JEWEL SAMAD / AFP

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Le pragmatisme a pris le pas sur l'idéologie et la politique. C'est très nouveau et prometteur : les entreprises, les banques et les fondations privées sont beaucoup plus présentes et actives à la COP28 que les représentants des États, les militants écologistes et les lobbyistes

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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La COP28, organisée cette année à Dubaï, a donné un rôle de premier plan au monde des affaires, aux entreprises mondiales, aux organisations financières, aux fonds d'investissement, aux fondations privées, etc. Elles étaient plus nombreuses et plus présentes que les organisations politiques, les think tanks idéologiques ou les courants écologiques. Alors que les années précédentes, de nombreuses entreprises et même des associations boycottaient l'événement, on compte cette année plus de 90 000 participants inscrits et accrédités, dont plus de 1 000 chefs et dirigeants d'entreprises et de fonds d'investissement. Au total, un contingent beaucoup plus nombreux que les représentants des quelque 190 États à l'origine de ce mouvement réunis sous l'égide des Nations unies.

Ce changement, très visible, marque un tournant majeur dans la lutte pour le climat. Tout se passe comme si l'époque des discours idéologiques, des injonctions écologiques fondées sur des diagnostics parfois un peu fumeux débouchant sur des recommandations, et des appels à la responsabilité... Tout se passe comme si tles utopies avaient été étouffées par un pragmatisme évident de la part des acteurs du changement. Le pessimisme culpabilisant des écologistes de la première heure a été remplacé par l'optimisme de tous ceux qui participent à l'émergence d'un nouveau modèle de croissance. Pour illustrer le changement d'approche, disons brièvement que le discours sur une catastrophe annoncée par les écolos de la première heure a laissé la place à un discours beaucoup plus optimiste sur la nécessité d'adopter un nouveau logiciel de croissance.

C'est un tournant majeur pour quatre raisons.

  1. La première raison est apportée par les organisateurs eux-mêmes, les dirigeants des Émirats arabes unis. Au départ, ce choix de Dubaï avait été très contesté parce que les militants de l'écologie considéraient, à juste titre, que le modèle de Dubaï était aux antipodes de ce qu'il fallait faire. Dubaï est l'exemple même d'une cité construite sur la fortune apportée par les énergies fossiles, sans aucune considération des dégâts possibles sur l'environnement mondial. Les organisateurs ont été d'une habileté politique rare, car ils ont réussi à montrer que l'âge d'or du pétrole bon marché n'était pas la panacée et qu'il leur fallait réfléchir à des énergies décarbonées et des investissements verts. Et quand on regarde à la loupe la nature des investissements réalisés par les monarchies pétrolières dans le monde, on est obligé de reconnaître qu'ils songent effectivement à l'après-pétrole.

  2. La deuxième raison de la prise de pouvoir des entreprises dans la mutation écologique, c'est la conscience que les États et les gouvernements avaient été impuissants pour amorcer le changement de paradigme. D'abord parce que le problème des émissions de gaz à effet de serre est mondial et que l'action des États est enfermée à l'intérieur des frontières. Les entreprises, elles, ont un champ d'application beaucoup plus large. Leurs marchés sont mondiaux et leurs chaînes de valeur également. Ajoutons à cela que beaucoup d'entreprises prennent conscience que la mutation énergétique est dans leur intérêt. C'est un investissement parce que leurs clients consommateurs, leurs actionnaires, leurs salariés veulent des produits verts à un prix abordable. Et si le produit vert coûte plus cher, ils veulent savoir pourquoi.

  3. La troisième raison : entre les entreprises et la position des Émirats qui sont en lien d'un côté avec l'Occident à l'ouest et les pays émergents ou en voie de développement, le virus de l'écologie va pouvoir circuler plus facilement sur l'ensemble de la planète. Les pays du Sud, qui sont très préoccupés par leur développement, étaient beaucoup moins préoccupés par les émissions de gaz carbonique dont ils étaient les coupables les plus lourds. La COP28 peut contribuer à réduire le clivage entre les pays riches qui peuvent se permettre un modèle de croissance propre et les pays du Sud qui ne le peuvent pas. Cette conclusion ne peut déboucher que sur les modes de financement supportables pour les pays émergents.

  4. La quatrième raison, et c'est une petite révolution. Le nucléaire n'est plus un tabou. Considérant que la cause première de la pollution environnementale tenait au réchauffement climatique, les pays participants ont déjà convenu que l'énergie électrique devait s'imposer partout à condition que le mode de production de l'électricité soit décarboné. Ce qui signifie qu'il faudra évidemment pousser sur le renouvelable (soleil, vent hydraulique) mais comme cela ne suffira pas, il faudra se rabattre sur l'énergie nucléaire. Tous les pays ont accepté le scénario d'un retour massif du nucléaire, y compris les États-Unis.

Compte tenu de tous ces facteurs, la COP28 peut rester  dans l’histoire comme celle où les projets concrets, pragmatiques, auront pris le pas sur les intentions et les processus, sur les utopies et les projets de décroissance. 

La COP28 marque pour la première fois un tournant affirmant et démontrant haut et fort que la préservation de l'environnement, que la lutte pour le climat n'est pas antinomique de la croissance.

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