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Le président français Emmanuel Macron et la Première ministre britannique Liz Truss se rencontrent en République tchèque, le 6 octobre 2022, lors de la réunion de la Communauté politique européenne.
Le président français Emmanuel Macron et la Première ministre britannique Liz Truss se rencontrent en République tchèque, le 6 octobre 2022, lors de la réunion de la Communauté politique européenne.
©Ludovic MARIN / AFP

Nouvelle institution

La Communauté politique européenne peut-elle sortir l’Europe de son coma politique cérébral ?

La première réunion de la Communauté politique européenne s'est clôturée jeudi soir à Prague. Les 44 dirigeants du continent ont pu aborder des questions relatives à la paix, à la migration et à la sécurité énergétique.

Florent Parmentier

Florent Parmentier

Florent Parmentier est enseignant à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié La Moldavie à la croisée des mondes (avec Josette Durrieu) ainsi que Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

 

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Atlantico : La première réunion de la nouvelle Communauté politique européenne avait lieu ce jeudi à Prague. Dans quelle mesure cette Communauté politique européenne est-elle une manière de relancer l’aventure politique européenne ?

Florent Parmentier : La Communauté politique européenne est une initiative française du Président Macron, lancée lors de son discours de Strasbourg du 9 mai dernier. Elle a un précédent qui nous ramène à la Confédération européenne que souhaitait mettre en place le président Mitterrand. À la sortie de la Guerre froide, la France avait été à l'initiative d'une proposition qui visait à mettre les institutions de l'Europe à la hauteur de son histoire. C'est ainsi que ce projet initié en 1989, après la chute du mur et dans un contexte de transformation géopolitique fondamentale, avait trouvé son moment historique.

Toutefois le projet s'était heurté à une triple difficulté : les États-Unis étaient écartés de cette communauté politique, alors que les Etats libérés du communisme achetaient l’idée américaine que la Guerre froide avait été gagnée par les Etats-Unis – et non négociée entre les deux grands comme l’avançait Gorbatchev. L'Union soviétique quant à elle devait en faire partie dans le projet initial, alors que son instabilité et le risque d’un coup d’Etat des conservateurs du Parti communiste planait. Enfin, les potentiels participants à cette confédération européenne craignaient que la mise en place de cette Confédération ne soit que le masque d'un manque d'enthousiasme pour l'élargissement de l'Union européenne, qui restait la priorité des états concernés. Ces trois raisons expliquent l’échec à l’époque, puisque le président tchécoslovaque Havel avait accueilli froidement le projet.

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Il est important de revenir à cette phase initiale, dans la mesure où le président Macron, en lançant son projet de Communauté européenne à Strasbourg avait certainement en tête les leçons de ce premier échec. Il essaie de répondre à un tournant géopolitique des années 2020 : faire passer les Européens à l'époque de la puissance. Pour cela, il convient de trouver un moyen de répondre à la fois à une fatigue de l’élargissement du côté des pays de l'Union européenne comme du côté des pays candidats. En effet, comment ne pas comprendre là lassitude des pays de l'Europe du sud-est, c'est à dire des Balkans, qui sont dans ce processus d'élargissement depuis maintenant presque 20 ans ? Cela n’encourage pas les dirigeants à prendre des décisions en faveur des réformes politiques nécessaires en ligne avec la démocratie et l’Etat de droit. C'est pour éviter de tomber dans ce même piège que le président Macron a lancé son initiative en gardant en tête que désormais, l'Ukraine et la Moldavie sont des pays candidats à l'Union européenne : comment organiser le continent alors que l’élargissement immédiat n’est pas une option ? Comment conjuguer le temps court des demandes politiques et le temps long des transformations politiques ?

Les ambitions portées par la Communauté politique européenne peuvent-elles permettre de sortir l’Europe du coma politique cérébral de l’Union européenne ?

Il est faux de dire que l'Europe connaît un coma politique cérébral : pour s’en convaincre, il suffit de considérer la mobilisation des Européens face à la guerre en Ukraine ; même s'il ne s'agissait pour certains que d'un « héroïsme par procuration », l'Europe a pris un certain nombre de décisions fondamentalement politiques dans une période de crise. Ne jamais gâcher une bonne crise disait Jacques Delors ! Ainsi, le fait d'admettre la candidature de l'Ukraine et de la Moldavie en juin dernier est bien le signe d'une communauté politique qui continue de s'agrandir non par conquête, mais par demandes provenant du voisinage.

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Que nous disent la présence du Royaume-Uni et de Liz Truss, et ses déclarations sur la Communauté politique européenne qui n’est "ni d'une construction européenne ni d'une alternative européenne" sur la capacité de cette nouvelle institution à changer ?

Le cas du Royaume-Uni est intéressant : Emmanuel Macron avait suggéré que cette Communauté politique européenne pourrait concerner le Royaume-Uni si ce dernier y voyait un intérêt. C'était un pari du Président alors que les relations entre Paris et Londres sont difficiles depuis plusieurs années, et Liz Truss prendra de ce point de vue la suite de Boris Johnson, qui a fait de la francophobie un exutoire des frustrations britanniques. Le Brexit évidemment une pomme de discorde et risque de le rester encore quelques années, qui divise profondément l’opinion publique britannique.

Liz Truss se trouve dans une situation politique compliquée, avec une opinion publique qui ne lui prête dès à présent un crédit extrêmement limité, et des partenaires, notamment ukrainiens, qui attendent beaucoup de Londres.

La Première ministre britannique a proposé d'organiser le prochain sommet à Londres ainsi que de renommer cette organisation « Forum politique européen ». Ce serait là un changement de philosophie de cette initiative française : être une communauté d'états suppose que vous avez des devoirs particuliers, alors qu'un forum n'est qu'un lieu de discussion. Évidemment, l'idée de forum politique conduirait à vider de sa substance le projet, ce qui n’est guère surprenant du côté britannique ! 

Que peut-on retenir de la première journée de ce sommet ?

Réunir 44 états être à l'heure actuelle un beau défi politique, surtout lorsque l'on compte en leur sein des pays comme l'Arménie et l'Azerbaïdjan qui sont au bord de la guerre, ou comme la Grèce et la Turquie qui se trouvent également dans une relation politique très tendue. Pour que cette Communauté politique soit considérée comme un succès, la moindre des choses seraient d’éviter toute forme de conflit. Ce qui impliquerait, à terme, de poser l’hypothèse d’une adhésion de la Russie à la fin de la guerre, si toutefois cette dernière était intéressée.

La deuxième réunion sera organisée à Chisinau, en Moldavie, pays qui lui-même a accueilli un grand nombre de réfugiés ukrainiens et dont la guerre met en lumière les vulnérabilités. Nous verrons à ce moment si ce format a vocation à s’installer dans le temps.

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