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Le président chinois Xi Jinping arrive avec le Premier ministre Li Keqiang et des membres du Comité permanent du Politburo pour une réception au Grand Palais du Peuple à Pékin le 30 septembre 2021.
Le président chinois Xi Jinping arrive avec le Premier ministre Li Keqiang et des membres du Comité permanent du Politburo pour une réception au Grand Palais du Peuple à Pékin le 30 septembre 2021.
©GREG BAKER / AFP

Pression sur les entrepreneurs

La Chine adopte la stratégie américaine des sanctions extraterritoriales et la petite Lituanie est la première à en faire les frais

Pékin a demandé aux multinationales de rompre leurs liens avec l’Etat balte sous peine d'être exclues du marché chinois. Certains contrats signés auprès de fournisseurs lituaniens ont déjà été annulés.

Emmanuel Véron

Emmanuel Véron

Emmanuel Véron est géographe et spécialiste de la Chine contemporaine. Il a enseigné la géographie et la géopolitique de la Chine à l’INALCO de 2014 à 2018. Il est enseignant-chercheur associé à l'Ecole navale.

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Atlantico : La Chine a dégradé ses liens diplomatiques avec la Lituanie le mois dernier. En cause, l’ouverture d’un bureau de représentation de Taïwan à Vilnius. Pékin a notamment menacé les multinationales de ne plus pouvoir vendre sur le marché chinois ou à s'y approvisionner si elles utilisent des pièces et des fournitures provenant de Lituanie. Cette stratégie était jusqu'à présent plutôt utilisée par les Etats-Unis contre la Chine. Comment expliquer cette nouvelle tactique chinoise ? L'Union Européenne s’attendait-elle à de telles mesures ? Y était elle préparée ?

Emmanuel Véron : La dégradation des relations entre la Chine et la Lituanie est aussi le fait du retrait de Vilnius du forum 17+1 lancé à l’initiative de Pékin en 2012, qui regroupe des pays d’Europe centrale et de l’Est, en mai dernier. Signe d’une dégradation des relations de la Chine avec l’Europe, plus largement une grande diversité d’acteurs étatiques ou non d’une part, et de la perte de confiance des Etats européens dans le mécanisme 17+1.

Ce n’est pas complétement nouveau de la part de Pékin. Les mesures de rétorsions liées la plupart du temps à des questions politiques est une tactique que le régime chinois utilise régulièrement (Norvège, Australie, France, etc.). La question taiwanaise qui demeure l’une des priorités de la politique étrangère chinoise (voire des cinq poisons) témoigne de la nature de la diplomatie chinoise et de ses capacités à l’internationale en direction d’Etats dont la relation est marquée par l’asymétrie. Dans le cas présent, Pékin intimide, menace et mets à exécution des mesures pour « marquer le coup » (interruption de la circulation des trains de marchandises à destination de la Lituanie et fin des permis d’exportation de produits alimentaires, blocage des visas etc.). En l’espère, le régime a rétrogradé ses relations diplomatiques avec la Lituanie au rang de « chargé d’affaires », suite à une déclaration du ministère des affaires étrangères chinois, fin novembre dernier.

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En un sens, l’Union Européenne, ses institutions, connaissent les modalités tactiques et stratégiques chinoises, d’ailleurs les mécanismes sont meilleurs que par le passé. Néanmoins, il reste à l’UE de s’organiser davantage face à un régime chinois intimidant. Vilnius a fait appel à Bruxelles pour l’aider dans la mise à l’écart des circuits commerciaux par Pékin.

Ces menaces peuvent-elles être prises au sérieux ? Le pouvoir chinois serait-il prêt à réduire sa propre activité économique pour se faire respecter ? 

Oui ces menaces sont bien mises en application… La relation asymétrique entre la Lituanie et la Chine est au cœur de la décision de Pékin. Il est difficile de penser, même si le régime chinois isole la Chine, d’entrevoir de telles mesures avec les Etats-Unis. Aussi, il est vrai que ces modalités n’améliorent pas l’image de la Chine et donc son attractivité économique. C’est un des grands sujets pour la décennie et l’issue du 20e Congrès en octobre-novembre 2022. Si Pékin poursuit sur sa lancée, il est évident que l’attractivité et l’économie chinoise seront toutes deux affaiblies. Le politique (l’idéologie) semble dépasser le pragmatisme économique.

La Confédération des industriels lituaniens, qui représente des milliers d'entreprises, a confirmé que certaines multinationales qui achètent des marchandises à des fournisseurs lituaniens étaient visées par la Chine. Certains contrats signés auprès de fournisseurs lituaniens ont déjà été annulés. L’économie lituanienne risque-t-elle d’y perdre des plumes ? 

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Oui ! C’est l’objectif visé par Pékin d’une part et la motivation essentielle de Vilnius de faire appel à l’UE pour amortir des difficultés. Le climat des affaires s’étant considérablement dégradé depuis deux à trois ans, les craintes sont bien réelles. Aussi, la Lituanie a des possibilités de rééquilibrage avec l’UE, qui reste un marché solide, consolidé et prospère (sans commune mesure avec le marché chinois) et l’articulation avec les Etats-Unis, plus largement l’Amérique du nord aidera aussi. Enfin, la Lituanie est en capacité de commercer avec d’autres pays non-occidentaux, envoyant par là-même un signe fort au régime de Pékin…

La Lituanie a fait appel à la Commission Européenne pour obtenir un soutien, réclamant une pression forte de l’UE face à la Chine. Quelles ont été les réactions de l’Union Européenne ? Surtout, que pourrait-elle faire ?

La demande de Vilnius est légitime. Reste à l’UE de s’organiser. Les choses avancent malgré tout. En plus des initiatives louables et utiles, une forme de réveil est en cours à tous les niveaux qui doit être bien organisé et structuré pour définir les axes de la relation de l’UE avec la Chine pour les 15 à 20 prochaines années au regard des enseignements passés et présents.

L’UE est en capacité de répondre, sans violence, avec ce qui au fond l’essence même de l’Europe, beaucoup d’esprit pour décorréler le régime chinois de la Chine, mais aussi de monter en puissance les mécanismes d’anticipation et de protection (économique, industrielle, intellectuelle) pour se faire respecter.

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