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Des panneaux affichent les valeurs boursières du CAC40.
Des panneaux affichent les valeurs boursières du CAC40.
©ERIC PIERMONT / AFP

Atlantico Business

La bourse bat tous les records mais déclenche une avalanche de haine (ou d’incompréhension)

Quand est-ce que les professionnels de la bourse se décideront à expliquer les vraies raisons de la hausse vertigineuse des cours alors que la majorité de l’opinion est convaincue que nous sommes en pleine crise ?

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Ou bien les professionnels de la bourse n‘ont rien compris à ce qu’il se passe ou alors ils se moquent complètement de la vox populi qui ne comprend pas les mécanismes boursiers. Résultat : la bourse de Paris a, cette semaine, battu tous ses records historiques, elle a effacé les deux dernières crises, celle de la bulle internet (en 2000) et celle des subprimes (en 2009).

On ne peut pas dire qu‘elle soit sortie de la crise, puisque pour la bourse, la crise n'a pas existé. Tout s’est passé comme si la crise du Covid n’avait eu aucun effet sur les cours boursiers et sur l’économie. Tout est reparti plus fort qu’avant.

Jean-Luc Mélenchon ou François Ruffin, relayés par les plus populistes des leaders d’extrême droite ou de gauche, ont beau jeu de sortir leur couplet anticapitaliste habituel. Ils expliquent que, pour une poignée de milliardaires, la crise n’a pas existé. Ils ont raison, la bourse de Paris, comme toutes les bourses du monde n‘a pas connu la crise. Les acteurs du marché ont enchainé les hausses jour après jour.

A Paris, on a touché cette semaine le niveau record absolu de 6944 points et depuis le début de la pandémie, les valeurs ont progressé en moyenne entre 30 et 60%.

Pour beaucoup, ça n’est pas une performance, c’est une provocation qui va donner aux antisystèmes tous les arguments possibles pour critiquer une situation qui donne l’impression de ne profiter qu’à quelques privilégiés.

Et face à ce déluge de critiques, les professionnels de la bourse sont incapables d’expliquer à quoi ça sert le marché financier, en répondant aux quelques questions de base que se posent les « vrais gens », ça ne serait pourtant pas compliqué.

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1) A quoi sert à la bourse ? La bourse sert à fixer chaque jour la valeur d’une entreprise en confrontant ceux qui veulent acheter et ceux qui veulent vendre. Si les acheteurs sont plus nombreux que les vendeurs, les prix montent. A l’inverse, les prix baissent.

La bourse a donc pour vocation de financer les activités économiques. L’entrepreneur vient en bourse pour trouver auprès des épargnants investisseurs les moyens de financer ses investissements. En contrepartie, l’entrepreneur délivre un dividende à ses actionnaires qui dépend évidemment de ses résultats.

2)Pourquoi la bourse monte-t-elle si fort, alors que l’on sort à peine d’une crise pandémique mondiale ? La réponse est simple : parce que la bourse, c’est à dire les boursiers n’ont jamais cru que la crise pandémique entrainerait une crise économique et sociale. Depuis l’arrivée de ce virus, les boursiers ont compris que la pandémie allait hypothéquer la confiance dans les relations interhumaines, et donc bloquer l’essentiel des activités. Mais ils ont eu la certitude très rapidement que le virus n’abimerait pas les actifs de production, les systèmes de production et mieux, obligeraient les acteurs à s’adapter. C’est exactement ce qu’il s’est passé, d’autant que les gouvernements ont dépensé ce qu’il fallait pour supporter cette lutte contre le Covid. « Le quoi qu’il en coute » a payé. Les liquidités ont afflué, injectées par les gouvernements et les banques centrales.

Les valeurs d’actifs et d’entreprises ont été protégées et dès que le virus s’est éloigné parce que la vaccination l’a repoussé, les systèmes ont rebondi. La reprise est très forte dans le monde entier ; et non seulement elle est très forte, mais la pandémie a accéléré la prise en compte des mutations digitales et environnementales. Ces mutations commandent des investissements importants mais sont créateurs d’activité, d’emplois et de richesses.

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La bourse a considéré que la crise était porteuse d’opportunités. D‘où l’explosion à la hausse de tous les marchés financiers.

3) La hausse boursière bénéficie-t-elle à tous les secteurs ? L’ensemble des valeurs ont progressé. Dans le digital, les grandes entreprises américaines n’ont jamais valu aussi cher. Elles ont toutes franchi la barre des 1000 milliards de dollars en capitalisation boursière. En France, où la part du digital est beaucoup plus faible, la hausse a été tirée par les entreprises du luxe, LVMH L’Oréal Hermès et Kering - et par les banques qui ont redoublé d’activité dans le commerce du crédit avec des conditions de garanties qui ont apportés l’assurance de ne pas craquer. Les leçons apprises pendant les subprimes en 2009 et 2010 ont servi à resserrer les cordons de sécurité et donc à rassurer les investisseurs.

Le succès des valeurs de luxe s’explique par la qualité des produits, la certitude que les gisements de marchés sont encore colossaux dans le monde. Ce qui se vérifie tous les jours.

A noter que la majorité des entreprises engrangent dans le prix de leur action, les gains liées à la productivité et à la prise en compte des investissements dans la lutte contre le réchauffement climatique.

4) A qui profitent les plus-values boursières ? Les plus-values boursières profitent d’abord aux entreprises elles-mêmes, parce qu‘elles peuvent ainsi élargir leur assise de fonds propres, ce qui facilite leurs investissements. Mais ces plus-values profitent aussi aux épargnants. Alors, si les particuliers sont assez rares à s’aventurer en bourse, en fait, ils sont très nombreux à y aller sans le savoir via des véhicules collectifs gérés par des institutions financières de placement et qui vendent des parts de fonds de placement, des parts de sicav  ou de fonds de retraites. Alors, peu de Français passent en bourse via des fonds de retraite, parce qu’en France, le régime général des retraites s’inscrit dans une logique de répartition et dans la répartition, les pensions de retraites sont payées par la cotisation de ceux qui travaillent. Donc l’argent passe directement d’un compte à l’autre.

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Dans la plupart des pays anglo-saxons, les systèmes de retraite fonctionnent selon le principe de la capitalisation. L’argent de la retraite est stocké dans un fonds qui est investi dans l’économie (la bourse) et qui sert à financer la retraite du cotisant. Les fonds de retraite sont partis les fonds d’investissent les plus actifs et le plus puissant de la planète financière.

En France, quelques fonds de retraite complémentaire fonctionnent selon les principes de capitalisation, mais ils sont rares et soumis à des conditions de fonctionnement très rigoureuses.

Paradoxalement, le fonds de retraite le plus important en France qui répond aux principes de la capitalisation est la Prefon. La cotisation n’est pas obligatoire et la cotisation est libre. C’est un fonds réservé aux fonctionnaires qui avait été organisé par les syndicats, dont la CGT, dans les années 1950 et qui a, aujourd’hui encore, beaucoup de succès.

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