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La bourgeoisie française d'aujourd'hui, au scalpel
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La bourgeoisie française d'aujourd'hui, au scalpel

Fresque poignante d'une génération bourgeoise déracinée, le dernier roman de Solange Bied-Charreton, "Les visages pâles", offre un tableau social et familial d'une extrême justesse.

Nolwenn Jaumouillé pour Culture-Tops

Nolwenn Jaumouillé pour Culture-Tops

Nolwenn Jaumouillé est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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Livre

Les visages pâles

de Solange Bied-Charreton

Ed.Stock

L'auteur 

Solange Bied-Charreton est une journaliste et écrivain française née en 1982 à Paris. De culture catholique, elle se dit volontiers issue d’un milieu « privilégié » et « bourgeois ». Comme journaliste, elle a travaillé pour Le Monde ( on garde le souvenir de sa célèbre tribune, « Je veux un pape ringard »), Libération, Causeur, le Point, Panorama. Elle est depuis 2016 rédacteur en chef adjoint de Valeurs Actuelles, au service « Société ». Elle a également contribué à l’un des numéros de la revue décroissante « Limite ». Les visages pâles est son 3ème roman.

Thème

Nous sommes en 2013. Raoul Estienne, bourgeois, industriel, fort de la réussite de la « Brosserie Estienne », décède, laissant derrière lui son fils, Jean-Michel, sexagénaire séducteur. L'ex-femme de ce dernier, Chantal de Sainte-Rivière est redevenue avec l'âge l'aristocrate nostalgique de ses racines et s’est réfugiée dans la religion à la suite de son divorce.
Ensemble, ils ont eu trois enfants : Hortense a 33 ans. Sa start-up « Clean & Co », dans laquelle elle embauche des immigrés clandestins, décolle. De son union avec Hubert sont nés Jeanne et Léon. 
Sa sœur Lucile, artiste de la famille, a finalement fait une croix sur son talent pour s’enfermer comme graphiste dans une agence de communication à la Défense. Elle fait mine de s’épanouir dans cette vie qu’elle hait.
 Le dernier, Alexandre, a 23 ans. Evoluant dans un milieu catholique pratiquant et bourgeois, il s’engage avec conviction dans la Manif pour Tous.
C’est à cette période que décède leur grand-père, Raoul, décès à la suite duquel Jean-Michel Estienne décide de vendre la Banèra, maison familiale dans le Gers et dernier point de rattachement des enfants à leur histoire. Dernier point commun entre ces trois jeunes qui empruntent des itinéraires radicalement différents.
C’est aussi à cette période que Lucile rencontre Charles et se perd dans une passion sans issue, que le couple d’Hortense commence à battre de l’aile, que les engagements et les fréquentations d’Alexandre dérapent. Serait-ce l’heure du sursaut?
Par cette fresque poignante d’une génération déracinée qui hésite entre fuite en avant et nostalgie mortifère, Solange Bied-Charreton nous livre une illustration des contradictions permanentes de la bourgeoisie, inépuisable leitmotiv littéraire.

Points forts

- Les visages pâles dresse un tableau à la fois social et familial d’une extrême justesse, servi par la plume affûtée de Solange Bied-Charreton, qui manie subtilement sarcasme et sensibilité. Cette peinture acide aux accents « déclinistes » d’un monde que l’auteur juge déjà mort m'a évoqué La Curée de Zola, fantastique mise en scène de la décadence de la bourgeoisie sous Napoléon III. Tout est factice, on tente de sauver les apparences, mais tout s’effondre. 

- Pourtant, si les personnages sont appréhendés dans leur déchéance, le regard de l’auteur n’est pas dénué de bienveillance. Les liens familiaux, aussi imparfaits soient-ils, ainsi que la passion amoureuse entre Charles et Lucile, essentielle dans l’ouvrage, donnent une dimension plus humaine à la fresque.

- Plus généralement, le livre ouvre un champ immense de questions sur notre époque : la nature du travail, le sens de la vie, le désenchantement, qui valent parfois à Solène Bied-Charreton d’être associée à Finkielkraut ou Houellebecq.

Points faibles

Aucun, à partir du moment où on ne se laisse pas désespérer par le regard un poil désabusé que porte Solange Bied-Charreton. Elle ne ferme néanmoins pas la porte à toute évolution et, fait essentiel, elle tape sur tout le monde sans porter de jugement sur personne. Elle se contente de croquer ses personnages, avec brio et une pointe de compassion.

En deux mots

Une brillante satire sociale qui ne cache pas ses influences réaliste et naturaliste. 

Solène Bied-Charreton nous décrit des personnages qui, tout bourgeois qu’ils soient, sont aussi animés par des préoccupations sensiblement identiques à celles de leurs contemporains : que faire de cette vie ?

Une phrase

Ou plutôt deux extraits :

- « De Balzac jusqu'à Marcel Aymé en passant par Aragon, le constat s’avère toujours identique – il ne s’agit pas d’un trait spécifique à l’époque mais constant depuis deux siècles – la bourgeoisie a toujours été décadente. Elle dit toujours des choses qu’elle ne fait pas, elle est schizophrène. Elle va à la messe, écoute l’évangile du jeune homme riche mais se plaint parce ce qu’elle paye l’ISF. » Solange Bied-Charreton.

- « La figure de Grand-Père était, existait encore, existerait toujours. Eux avaient le sentiment de n’être qu’attachés au présent immédiat, l’impression fort honteuse de diminuer sans cesse. A Paris, ils étaient fiers, si fiers d’être ce qu’ils étaient. Ils étaient ce qu’ils faisaient. Ils n’étaient rien du tout. » (p. 18)

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