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Richard Sorge, en 1940.
Richard Sorge, en 1940.
©wikipédia

Le 007 des années 40

Quand un antiquaire japonais tire de l'oubli l'incroyable vie de l'espion alcoolique ayant berné les nazis et changé le cours de l'histoire

Durant la Seconde Guerre mondiale au Japon, Richard Sorge, sous couverture de journaliste, œuvrait en réalité pour l'URSS. Il a transmis des informations de la plus haute importance à Staline.

Les manuels scolaires d'histoire n'évoquent pas, ou peu, le nom de Richard Sorge. Pourtant, cet espion alcoolique et multipliant les liaisons, qui a dupé les nazis durant des années, pourrait bien avoir fait changer le cours de la Seconde Guerre mondiale. Ses informations ont notamment permis à l'Armée rouge de vaincre les Allemands à Stalingrad.

Son nom est récemment revenu à la lumière suite à la découverte par un antiquaire japonais d'une lettre du ministre des Affaires étrangères allemand Joachim von Ribbentrop lui étant adressé. Datant de 1938 et envoyée à l'occasion du 43e anniversaire de Sorge, le texte salue son "éminente contribution" à l'ambassade d'Allemagne au Japon. Il est fort peu probable que ce haut responsable allemand savait qui Sorge était. Mais selon le Washington Post, cette lettre démontre l'étendue du jeu de dupe que l'espion avait réussi à tisser autour des hauts-gradés nazis alors qu'il travaillait en réalité pour le compte des Soviétiques.

Richard Sorge est né en 1898 dans la banlieue de Bakou, dans l'actuel Azerbaïdjan, un territoire faisant alors partie de l'Union soviétique. De père allemand et de mère russe, il passe sa jeunesse dans les alentours de Berlin. Durant la Première guerre mondiale, il s'engage dans la Wehrmacht, avant d'être envoyé sur le front ouest où il sera blessé dans les tranchées. En convalescence, il s'intéresse aux thèses marxistes, puis rejoint les services secrets russes, qui lui demandent d'espionner le parti nazi. Sorge s'exécute et se rend donc à Berlin où il noue des contacts et s'inscrit au parti fasciste. Quelques mois plus tard, ses supérieurs l'envoient au Japon et lui commande d'y monter un réseau d'espionnage, sous une couverture de journaliste.

Bel homme, élégant et charmeur, Sorge devient rapidement une figure des réceptions mondaines locales tout en ayant la réputation d'être un excellent reporter, fin connaisseur de l'Asie. Sa fidélité au parti nazi n'est pas remise en cause. Mais l'homme est aussi connu pour être particulièrement porté sur la  boisson et sur les femmes, écumant les bars de Tokyo. Et durant toutes ces années, l'homme transmet au péril de sa vie des informations d'extrême importance au gouvernement soviétique. Son premier coup de maître concerne le pacte anti-Komintern et le pacte Italie-Allemagne-Japon, selon lequel, par un protocole secret, l'Allemagne et le Japon se prêtent secours (assistance militaire) si l'un des deux est attaqué par l'URSS.

En mai 1941, il découvre notamment l'existence de l'opération Barbarossa, nom de code de l'attaque allemande sur la Russie, malgré le pacte de non-agression entre les deux pays, en développant un réseau d'espions au Japon, dont faisait partie Hotsumi Ozaki ou en devenant l'amant de femmes de hauts responsables, comme celle de l'ambassadeur d'Allemagne. Il avertit les autorités russes et leur donne quasiment la date exacte de l'invasion. Malgré cela, les soviétiques refusent de le croire, essentiellement du fait de Staline qui se méfiait de cet ancien trotskyste aux mœurs ambiguës. "Richard Sorge, ce stupide espion, ne sait décidément plus quoi inventer pour susciter l’intérêt", aurait déclaré Staline.

Sorge ne se décourage pas et continue d'informer Moscou. Quelques mois plus tard, alors que l'Allemagne met ses plans à éxécution, il informe l'URSS que les Japonais sont focalisés sur leur conflit avec la Chine et n'auront pas les moyens d'attaquer l'Armée rouge sur le front oriental. Cette fois-ci, Staline prend l'information au sérieux et déplace la majeure partie de ses troupes sur le font occidental. Cette décision sera lourde de conséquences. Les nazis seront défaits à Stalingrad, une victoire symbolique pour la suite de la guerre, et ne pourront remporter la bataille de Moscou.

Ces informations, Sorge les tirait notamment de ses très bonnes relations avec le général Eugene Ott, ambassadeur allemand au Japon. Les Japonais le démasqueront finalement, lui et son réseau. L'espion sera pendu à Tokyo en 1944, après avoir passé trois ans en prison.

Ian Flemming, inventeur de James Bond a un jour déclaré : "Richard Sorge est selon moi le plus formidable espion de toute l'histoire". Bel hommage du créateur du plus célèbre des agents secrets.

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