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L’incendie qui a ravagé OVH, hébergeur de sites internet, a réduit en fumée une partie du digital français.
©PATRICK HERTZOG / AFP

Atlantico Business

L’incendie qui a ravagé OVH, hébergeur de sites internet, a réduit en fumée une partie du digital français.

Une grande partie des sites internet français, et notamment dans le E-commerce, sont partis en fumée dans l’incendie qui a ravagé les ordinateurs du site OVH, l’un des plus gros acteurs français de l’internet. Ça fait désordre, et pour les victimes c’est la catastrophe.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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OVH, société française spécialisée dans l’hébergement des sites internet, est une entreprise qui se classe dans les 10 premières mondiales de son activité. Emblème de la start’up Nation, fleuron de l’économie numérique française que le président de la République n’a jamais manqué de montrer en exemple, l’entreprise vit un épisode dramatique qui pourrait lui faire perdre une grande partie de son crédit et de ses clients. Un incendie vient de ravager ses locaux de Strasbourg, là où sont hébergés beaucoup de sites internet français et européens, et dont certains peuvent bien avoir été perdus à tout jamais. Beaucoup d’autres sont en panne depuis 48 heures, en attendant de trouver des solutions alternatives, de récupérer les données et de faire repartir les systèmes.  

Cette catastrophe arrive au plus mauvais moment car, après un an de Covid, le digital français a évité l’effondrement de l’économie, le E-commerce a élargi considérablement son emprise avec beaucoup de petits acteurs qui ont fait leur arrivée, ce qui a donné au groupe OVH une puissance incontournable. A tel point que cette licorne française avait décidé de profiter de cette euphorie pour faire son entrée en bourse. Les analystes les plus prudents évaluaient, en début de semaine, cette entreprise à plus de 12 milliards d’euros. 

Cette catastrophe est d’autant plus grave que les causes ne sont pas encore expliquées, que la direction est restée jusqu’alors très laconique et que les partenaires web master qui ont envoyé leurs clients chez OVH sont très souvent aux abonnés absents, laissant la responsabilité à l’hébergeur alors qu‘ils devraient courir auprès de leurs clients pour leur proposer des solutions d’attente. Cette affaire devrait faire prendre conscience sur la nécessité de s’interroger sur la manière et le lieu où sont sauvegardées les données; ce que font déjà la plupart des grands sites mais que les petits et nouveaux acteurs, nombreux avec cette vague de digitalisation, n’ont peut-être pas encore appréhendé.  

Avoir un site internet magnifique, avec des couleurs et des vidéos partout pour gagner en fréquentation, c’est formidablement satisfaisant, à condition que les données ne soient pas piégées dans un entrepôt qui devient subitement inutilisable. « Toutes les entreprises, quelle que soit leur taille, doivent prendre conscience que le numérique et plus précisément les datas sont physiques. » précise un avocat spécialisé en nouvelles technologies

Dans une vidéo sur Twitter, le fondateur d’OVH se confond en excuses en promettant que cela n’arriverait plus. Il lui reste un formidable travail à effectuer pour rassurer ses clients. 

Après l’incendie qui a ravagé un des sites de l’entreprise mercredi, ce sont plus de 3,6 millions de pages Web, en France et dans le monde, qui sont « tombées », c'est-à-dire qui ont été rendues inaccessibles. Beaucoup d’entreprises ont dû activer leur plan d’urgence informatique pour retrouver un accès à leurs données et à leur site internet, ce que la plupart ont réussi à faire en retrouvant des sauvegardes stockées dans d’autres lieux géographiques. La grande majorité des clients qui sont encore en panne de serveurs sont donc aujourd’hui des entreprises de plus petite taille ou des indépendants. 

Très précisément et pour comprendre l‘ampleur du drame, OVH – abréviation de On Vous Héberge - est un hébergeur de sites, fournisseur de services cloud, c’est-à-dire que toutes les données, les pages web sont enregistrées sur ses serveurs. 

Car si le « cloud » veut dire nuage en anglais, ce sont bien des machines physiques, des sortes de garde-meuble regroupées en data centers, qui conservent toutes ces données. Des data centers qui sont en général répartis dans différents endroits de l’Hexagone où d’Europe. Mais les accidents arrivent tout de même et c’est-ce qu’il vient de se passer chez OVH.

Un bloc entier de serveurs de l’emplacement d’OVH à Strasbourg a pris feu mercredi. Pour celui-ci, les données sont détruites à jamais si les propriétaires n’ont pas assuré leurs arrières en ayant une sauvegarde. Pour éviter la propagation du feu, tous les autres blocs de serveurs du site de Strasbourg ont arrêté d’être approvisionnés en électricité, ce qui a causé des bugs pour les sites et logiciels pour des milliers d’autres clients. Pour ces serveurs qui n’ont pourtant pas brûlé, la remise en service ne sera pas rapide, pas avant une dizaine de jours, prévient l’entreprise. 

Des milliers dentreprises ont été touchées par cet incident, en perdant l’accès à leurs logiciels, sites, documents et archives. 3,6 millions de pages web ont été rendues indisponibles. Des sites institutionnels comme des sites privés. Le Centre Pompidou n’a, par exemple, pas réussi à rétablir son site et s’en excuse auprès de ses visiteurs virtuels. (voir ici https://www.centrepompidou.fr 

OVH est pourtant une entreprise qui faisait toute la fierté de la French tech.  8ème mondiale sur son marché des fournisseurs de services dhébergement, elle rayonne en Europe (beaucoup de sites européens ont leurs données hébergées chez OVH). Elle compte un million de clients. Le modèle d’OVH est celui d’une infrastructure à bas coûts, pour se démarquer d’autres acteurs qui sont sur le même marché et notamment de Amazon, Google ou Microsoft. 

 Surtout, celle qui est devenue une licorne (c'est-à-dire que sa valorisation dépasserait le milliard d’euros), avait l’intention de rejoindre la cote parisienne. Cela avait été annoncé en début de semaine tout juste. La bourse lui permettrait d’accroitre son financement, et donc le potentiel de développement de l’entreprise ; en même temps que de conférer une visibilité et une crédibilité. 

Aujourd’hui, l’image d'OVH risque d’être durablement écornée. 

Les clients évaluent leur perte en attendant qu’OVH leur communique l’état exact de ce qu’il est possible de récupérer. Les communications au cas par cas sont encore très lentes.

Après cette affaire, ce sont des millions d’euros que pourrait verser OVH à ses clients en dédommagement des données perdues ou inutilisables. C’est ce qu’il s’était déjà passé en 2017, à la suite d’une panne d’électricité. L’entreprise française s’en était remise assez rapidement et avait su restaurer la confiance des clients. C’est tout le mal qu’il faut lui souhaiter cette fois-ci encore, si la French tech veut encore rayonner. 

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