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L’idée qui pourrait tout changer ? Une Bourse dédiée aux investisseurs de long terme pour lutter contre la course aux rendements et ressusciter la croissance
©Flickr

Eurêka !

L’idée qui pourrait tout changer ? Une Bourse dédiée aux investisseurs de long terme pour lutter contre la course aux rendements et ressusciter la croissance

Pour éviter la pression des rendements à court-terme sur les entreprises, Noah Smith, un chroniqueur de Bloomberg View, propose la création d'une bourse réservée aux investisseurs à long-terme en alternative à une solution d'une taxation des transactions financières souvent invoquée pour pallier ce problème. Une idée novatrice à approfondir.

Paul Hubert

Paul Hubert

Paul Hubert est économiste au Département des études de l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE)

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Atlantico : Pour éviter la pression des rendements à court-terme sur les entreprises, Noah Smith, un chroniqueur de Bloomberg View, propose la création d'une bourse réservée aux investisseurs à long-terme en alternative à une solution d'une taxation des transactions financières souvent invoquée pour pallier ce problème. Cette idée vous semble-t-elle efficace ? 

Paul Hubert : Sur le papier, cette idée de bourse réservée aux investisseurs à long-terme est attrayante pour éviter une détention trop courte des actifs par les investisseurs. Cependant, cela pose la question de comment déterminer la durée minimum que l’on considère pertinente pour favoriser l’investissement. Parallèlement, les investisseurs atteignant cette durée limite auront donc la possibilité de sortir de leur investissement financier et donc exerceront une pression sur les entreprises pour que celles-ci les retiennent. Le gain aura donc lieu les premières années où le système est mis en place, mais ne sera pas permanent. La vraie innovation qu’apporterait une telle bourse serait d’éviter le trading haute fréquence qui consiste à laisser des algorithmes informatiques exécuter des ordres d’achat ou de vente à la microseconde sans aucune valeur ajoutée pour l’économie réelle. Faire disparaître cet outil, et le trading de court terme en général, qui ne remplit aucune fonction pour l’économie réelle est en soi une bonne chose.

De quelle manière les marchés financiers, dans leur forme actuelle, peuvent-ils peser négativement sur l'investissement et l'innovation ? 

Les investisseurs de l’économie réelle ont besoin de visibilité et de stabilité pour lancer leurs projets. Les marchés financiers dans leur forme actuelle, en particulier sous l’emprise du trading haute fréquence qui représente aujourd’hui environ 50% des transactions sur les grandes bourses occidentales, sont bien trop volatils pour mettre en confiance un investisseur et lui offrir la visibilité dont il a besoin sur le moyen-terme. La volatilité sur les marchés financiers n’est en aucune manière représentative de la volatilité de l’économie réelle.

La mise en place d'une telle solution de bourse à long terme permettrait-elle une incitation suffisante pour accélérer l'investissement et donc relancer la croissance ?

Il est évident qu’une telle solution ne réglera pas tous les problèmes. La première des raisons vient du fait que la décision d’investissement (dans l’économie réelle) ne dépend pas uniquement des conditions de financement de cet investissement, mais des débouchés et donc retombées de cet investissement. Si la demande est là, les entreprises investiront. Cela rejoint donc un des points mentionnés par Noah Smith dans sa tribune : le poids des inégalités de revenus sur la croissance économique. Alors que le court-termisme des marchés financiers pèsent sur les conditions de financement des entreprises et leur arbitrage investissement-distribution des profits, la faible croissance, voire stagnation, des revenus (hors 10% les plus riches) au cours des 30 dernières années pèsent sur la demande adressée aux entreprises.

Quelles sont selon vous les autres possibilités envisageables pour favoriser l'investissement et l'innovation ?

Ma réponse précédente donne un premier élément : si la demande anticipée par les entreprises augmente, l’investissement augmentera mécaniquement. On peut aussi imaginer que des mécanismes fiscaux incitant à l’investissement et l’innovation (type crédit d’impôt recherche) puissent avoir un effet positif, mais si l’entreprise n’a pas de demande, elle n’aura pas plus d’incitation à investir.

 

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