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L'engagement de N. Sarkozy pour l'Europe est ancien, il est là pour compenser le vide de toute pensée politique au niveau national.
L'engagement de N. Sarkozy pour l'Europe est ancien, il est là pour compenser le vide de toute pensée politique au niveau national.
©Reuters

Cabri, c'est fini

L'Europe était-elle la seule boussole idéologique de Nicolas Sarkozy ?

Si Nicolas Sarkozy a été élu grâce à l'authenticité de sa démarche, Vincent Coussedière explique qu'en dehors de ses stratégies personnelles pour accéder au pouvoir, il n'avait guère d'idées pour la France. Extraits de "L'éloge du populisme" (2/2).

Vincent  Coussedière

Vincent Coussedière

Vincent Coussedière est professeur agrégé de philosophie. Il enseigne actuellement au lycée de Thann, dans la région de Mulhouse.

Élu local, il rencontre aussi les questions politiques sous leur forme la plus quotidienne.

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La politique de l'authenticité

N. Sarkozy fut élu sur le thème de la rupture et du volontarisme, il fut élu sur l'authenticité que les Français accordèrent à sa démarche. Sa campagne fut un modèle de démagogie au sens classique du terme, surpassant celle de J. Chirac en 1995. Chacun reçut une flatterie de la part du candidat, flatterie qui portait effectivement sur ce que chaque groupe social avait besoin d'entendre.

Pourtant, de nombreux thèmes qu’il entonna auraient dû alerter les Français, parce qu'ils étaient parfaitement éculés. La « rupture » était une sorte de recyclage de la démagogie mitterrandienne de la « rupture avec le capitalisme ». C'était une « rupture » qui recyclait l'utopie révolutionnaire dans la multiplication des réformes. En réalité, et en dehors de sa stratégie personnelle d'accession au pouvoir, N. Sarkozy n'avait guère d'idées politiques pour la France. Il n'a aucune idée du bien commun qui soit sienne, si ce n'est de considérer celui-ci comme la simple addition d'intérêts particuliers. Chez lui, le patriotisme est devenu publicitaire, il est un gadget qu'on arbore comme on porte à la poitrine un badge contre le sida. Son patriotisme de campagne répondait aux souhaits d’une clientèle comme les autres, celle des nostalgiques de la grandeur de la France, qu'il continuera à flatter par la suite avec son débat sur l' « identité nationale ».

En réalité, la seule et unique boussole politique de N. Sarkozy est celle qui lui a été léguée par ses prédécesseurs : « l'Europe, l'Europe, l'Europe ! », dirait encore aujourd'hui de Gaulle en se moquant. L'engagement de N. Sarkozy pour l'Europe est ancien, il est là pour compenser le vide de toute pensée politique au niveau national.

Là encore, les débats sur « l'identité nationale » furent des leurres destinés à faire hurler la gauche (ce qui effectivement fonctionna) pour faire croire, en résistant à ces hurlements, qu'on avait effectivement une perspective pour le pays. Malheureusement, Nicolas Sarkozy n'en avait pas, car il était le premier président entièrement formé à l'école du gaucho européisme. Sur l'Europe comme sur le reste, il faisait enrager les socialistes, car il réalisait ce qu'eux-mêmes auraient fait revenus au pouvoir.

Ainsi, lorsque le président fit voter par le congrès la révision constitutionnelle nécessaire pour l'adoption du Traité de Lisbonne, version maquillée du Traité Constitutionnel de 2005, les socialistes firent semblant de s'opposer en s'abstenant ! Les socialistes s'étaient pourtant prononcés à 60% pour le Traité Constitutionnel, lors d'un vote interne au parti, malgré la pseudo-fronde de Laurent Fabius... Dès lors, sûrs qu'ils étaient de l’absence de risque réel de faire échec à la révision constitutionnelle, ils s'abstinrent ou votèrent contre, les belles âmes ! Avec le même courage aujourd'hui, F. Hollande, le candidat des socialistes à la présidentielle de 2012, assure qu’il est contre le Traité du Mécanisme Européen de Stabilité, et qu'il le renégociera après son élection, justement parce qu'il sait cela impossible, et dégage ainsi par avance sa responsabilité.

En interne, la politique de N. Sarkozy travailla d'un côté à éliminer tout reste de Surmoi gaulliste (réintégration de l'OTAN, révision constitutionnelle, décentralisation, etc.) ; de l'autre, elle fut l'expression de l ' « authenticité » de l'individu réagissant sur le champ et par impulsion à telle ou telle injustice. Dans le domaine de l'éducation, elle accentua la dérive individualiste et pédagogiste (accompagnement personnalisé, parcours à la carte, passerelles, etc.). Elle fit un usage inflationniste de la loi, car tout problème individuel devait trouver une solution dans l'urgence. L'Etat, investi par la logique gauchiste, devenait de plus en plus le « gestionnaire des identités », pour reprendre la formule parlante de M. Gauchet126. Mis ainsi au service des identités particulières, l'Etat cesse d'être le garant de la chose publique. La contradiction des intérêts remonte dans la structure de l'Etat, qui devient elle-même divisée, aboutissant à sa paralysie. Il faut alors court-circuiter les services et passer par le président pour obtenir un arbitrage ou une décision.

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Extrait de "Éloge du populisme", Éditions Voies nouvelles, Elya éditions (avril 2012)

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