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Le nouveau billet de 10 euros.
Le nouveau billet de 10 euros.
©Reuters

Il était une fois (l')Europe...

Une princesse dans votre portefeuille : l'Europe choisit enfin une représentation ayant un sens historique sur le nouveau billet de 10 euros

Vous n'avez jamais rien compris aux ponts et autres arcs représentés sur nos billets d'euros ? Réjouissez-vous, l'Union européenne vous offre une jolie histoire de princesse qui fait sens sur son nouveau billet de dix euros.

Gérard Bossuat

Gérard Bossuat

Gérard Bossuat est professeur à l'Université de Cergy-Pontoise, titulaire de la chaire Jean Monnet ad personam.

Il est l'auteur de Histoire de l'Union européenne : Fondations, élargissements, avenir (Belin, 2009) et co-auteur du Dictionnaire historique de l'Europe unie (André Versaille, 2009).

 

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L’apparition d’une figure de la légende de l’antiquité grecque sur le nouveau billet de 10€, la princesse Europe, est-elle le signe d’une évolution des mentalités en Europe et au sein des dirigeants européens ?

Écartons l’idée qu’il n’y ait eu aucune intention. Dans ce domaine si important des signes monétaires, toute image retenue sur le billet prend une signification particulière parce que depuis que les billets de banque existent, leurs signes de reconnaissance extérieure sont  toujours soigneusement étudiés en vue de rendre hommage à une figure représentative de l’histoire ou de la culture du pays qui l’émet. Songeons au dollar américain et à nos anciens billets de francs. D’un autre côté, les articles très succincts concernant ce nouveau billet présente ses caractéristiques techniques, sa longévité supposée, son in-falsification espérée par la multiplication des détails supposés déjouer les faux-monnayeurs.

La figure d’Europe, personnage mythique antique, n’apparaît que dans le filigrane et l’hologramme de chaque coupure. Cette disposition a été retenue pour la nouvelle série de billets quelle que soit leur valeur faciale. Ainsi en est-il déjà des nouveaux billets de 5€.

La figure d’Europe retenue par la BCE pour figurer sur une partie très discrète du billet vient d'un vase antique en céramique du 4ème siècle avant notre ère appartenant aux collections du musée du Louvre à Paris.
Ce n’est donc pas une reproduction de bonne qualité de l’œuvre du céramiste grec.

Qui est Europe ?
Il ne faut pas confondre car il y a plusieurs Europe : d’abord une fille d’un roi d’Eubée et amante de Poséidon, mère d’un des Argonautes, ensuite une petite déesse inconnue, perdue parmi 3000 de ses sœurs, filles d’Océanie. Mais il y en a une troisième qui subjugue Zeus par sa beauté et qui semble bien être celle représentée sur le vase antique et sur nos billets. On connaît le mythe car un poète, Moschos de Syracuse, en 150 avant J.-C. l’a fixé. Elle a été reprise par Ovide dans Les Métamorphoses et popularisée au Moyen-âge. Moschos raconte qu’Europe, fille du roi de Tyr, Agénor, s’occupait des troupeaux de son père tout en batifolant sur les prairies du bord de mer avec ses compagnes, quand vint de la mer un magnifique taureau. Séduite par la douceur de l’animal, elle l’enfourcha et se vit transportée sur la mer par l’animal qui s’avéra être le roi des dieux, Zeus. Se découvrant à elle en Crète où ils étaient arrivés, Zeus honora la charmante Europe qui lui donna trois fils : Minos, associé au labyrinthe, Sarpédon, et Rhadamanthe, juges des enfers. Parti à sa recherche, un des ses frères, Cadmos, fonda la ville de Thèbes et apporta l’alphabet aux Grecs.

Je doute que les billets de 5€ et de 10€ puissent rappeler cette histoire à tous les Européens.
Pourtant, celle-ci ouvre des horizons aux Européens. Comme la fille d’Agénor, les Européens sont les enfants spirituels et culturels de l’Asie méditerranéenne qui a contribué à notre alphabétisation et à notre culture. Les Grecs dont nous sommes aussi les héritiers par la philosophie, la pensée, l’art et les techniques doivent beaucoup à cette partie de l’Asie, prolongée par Alexandrie d’Égypte. Le nom de ce continent qui fait son unité, l’Europe, vient de ce Liban qui ne nous laisse jamais indifférent.

Les Européens ont besoin de mythe pour s’unir et aimer être ensemble. La référence à la fille d’Agénor, Europe, quoiqu’un peu complexe, rappelle que nous venons d’un vieux fond de civilisation partagé par tous les Européens (et d’autres aussi). L’Europe est capable de vivre sa diversité qui est sa richesse culturelle dans le cadre d’un système communautaire moderne. Il serait sans aucun doute indispensable de mettre sur nos billets, à côté d’Europe de Phénicie, le visage d’un ou d’une grand(e) fondateur/fondatrice de l’unité européenne contemporaine.

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