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Les débats ont débuté à l'Assemblée nationale sur la loi sur le pouvoir d’achat.
Les débats ont débuté à l'Assemblée nationale sur la loi sur le pouvoir d’achat.
©BERTRAND GUAY / AFP

Atlantico Business

L’étrange silence des écologistes face à un gouvernement qui va tenter le grand écart entre le soutien au pouvoir d'achat et un modèle de sobriété énergétique

Le gouvernement est entré dans un débat difficile au Parlement, avec la loi sur le pouvoir d’achat, d’autant que parallèlement, il prépare pour la rentrée la mise en place d’un modèle de sobriété énergétique. Ce qui paraît contradictoire.

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre

Jean-Marc Sylvestre a été en charge de l'information économique sur TF1 et LCI jusqu'en 2010 puis sur i>TÉLÉ.

Aujourd'hui éditorialiste sur Atlantico.fr, il présente également une émission sur la chaîne BFM Business.

Il est aussi l'auteur du blog http://www.jeanmarc-sylvestre.com/.

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Les écologistes auraient pourtant leur mot à dire sur le sujet. Parce quau départ de la discussion législative, le gouvernement va se retrouve piégé :

Dun côté, il doit présenter toutes les mesures qui doivent servir à compenser les pertes de pouvoir dachat, mais de lautre, il doit aussi préparer pour la rentrée de septembre, les points clef dune société qui consommera moins dEnergie dorigine fossile en particulier, moins de Gaz et moins de pétrole.

A priori, cest Bruno Le Maire, le ministre de l’économie et des finances, qui va aller au front et qui fera le job. Il la déjà fait il y a dix jours aux journées économiques dAix en Provence et il a réussi à convaincre lensemble des participants, en replaçant les mesures de soutien au pouvoir dachat qu’il préparait dans un cadre plus global dominé par lobjectif de restaurer l’équilibre des finances publiques, sans oublier pour autant laspiration à une économie décarbonée. A Aix, il y avait une grande partie du monde des affaires européen qui lui a réservé une « standing ovation ». Ça fait longtemps quun ministre de l’économienavait pas été traité de cette façon.

Seulement voilà, il va se retrouver aux côtés de la première ministre, face à un parlement où la majorité sera difficile à construire.

Tout le monde est daccord sur le diagnostic, le même monde de la politique ne lest pas sur les moyens. Dautant que pour brouiller les pistes, les rivalités entre les chefs ne manquent pas. Sans parler des positions extrêmes de la Nudes et du RN, on sent bien que Mme Borne et Bruno Le Maire auront du mal à élargir leur majorité étroite. Déjà qu’à lintérieur de la maison, Edouard Philippe fait savoir ses réserves, ne parlons pas ce qui pourra se passer avec les amis de LR. Alors quils pourraient être des alliés naturels.

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Ce qui est curieux au départ de ce marathon estival, cest le silence (et même labsence des écologistes) parce que les amis de Sandrine Rousseau pourraient avoir des idées utiles pour sortir du piège dans lequel le gouvernement sest mis, parce quil a un président qui veut tout faire en même temps.

La situation économique et internationale oblige le gouvernement à se battre sur deux fronts et ces deux batailles sont assez contradictoires dans les objectifs, les moyens mobilisés et les objectifs à atteindre.

Premier front, lurgence des urgences est de répondre à la plainte lancinante de lopinion et des médias sur le pouvoir dachat. Le projet Le Maire va donc répondre à cette question (bouclier énergétique, blocage des prix de lEDF, augmentation du SMIC, et libération des primes dintéressement sans taxes, ni impôts.). Tout cela devrait couter près de 25 milliards dici la fin de lannée, et également 25 milliards pendant le 1er semestre, soit un total de 50 milliards qu’il va falloir emprunter parce que, sauf erreur, Bruno Le Maire ne prévoit ni augmentation dimpôts, ni privatisation des bijoux de la couronne.

Le plan du gouvernement, mais en réalité cest le plan du président, sinscrit dans du keynésianisme pur sucre. John M Keynes en 1936 ne préconisait pas autre chose. Protéger la consommation et par conséquent, la croissance et lemploi.

La seule entorse à lorthodoxie Keynésienne que les services de Bercy ont commise, cest de limiter les mesures de soutien à la durée du pic dinflation et Bruno Le Maire fait le pari que le pic sera passé à la fin de lannée.

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Le deuxième front que le gouvernement a ouvert sera de se lancer contre les menaces de restrictions sur le gaz, le pétrole et l’électricité et là, il va avoir besoin de la participation de lensemble de la population. Pari audacieux mais bénéfique parce qu’il sagit de lutter contre les effets de la guerre en Ukraine, des sanctions et des contre sanctions. Bref, rationner la consommation d’énergie. A priori, le président semble avoir oublié les mesures coercitives qui reviendraient à interdire la circulation automobile un jour sur deux par exemple. Il ny aura donc pas dinterdiction ou punition. Mais principalement des invitations, voire des injonctions sur la consommation, ou alors des incitations.

Mais qu’on le veuille ou non, ces mesures vont ouvrir des pistes pour digérer la crise et installer un modèle de consommation plus frugal. Et cest intéressant si parallèlement à cela, la pédagogie pour un autre modèle de consommation frugale sinstallait et ça nest pas impossible.

Ce modèle dune société moins gourmande est diamétralement opposé à la philosophie qui inspire le plan de soutien.

Or, cette société frugale et économe qui ferait attention à tout : moins de KLM, moins de chauffage, moins de consommation de produits qui auraient beaucoup voyager etc. etc., cette société est au cœur de la logique des écologistes. Ils pourraient donc contribuer au plan du gouvernement.

Alors Sandrine Rousseau pensera surement que le plan de frugalité nest pas assez punitif, cest probable. Trop dincitation, trop de pédagogie, pas assez social-militant, pas assez islamo-gauchiste.

Il y a pourtant beaucoup de sensibilités écologistes qui vont se sentir concernées par une campagne massive pour consommer moins. Yannick Jadot pour peut-être sortir de son silence, lui qui aurait refusé net de rentrer au gouvernent avant les législatives alors quon avait vaguement compris que si la proposition lui avait été faite après, il y aurait réfléchi. La situation assez confuse l’a convaincu de rester à labri du Brouhaha.

Cest dommage, parce que le gouvernement a besoin dun complément de majorité et un apport législatif à loccasion de cette crise de l’énergie naurait pas été inutile. Dautant quil fourmille didées.

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