L'effet Greta : petites leçons venues des Etats-Unis sur l'impact électoral du dérèglement climatique | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Environnement
réchauffement climatique donald trump manifestation élection présidentielle américaine vote
réchauffement climatique donald trump manifestation élection présidentielle américaine vote
©JEMAL COUNTESS / GETTY IMAGES NORTH AMERICA / GETTY IMAGES VIA AFP

Y-a-t-il des électeurs climat ?

L'effet Greta : petites leçons venues des Etats-Unis sur l'impact électoral du dérèglement climatique

Lors de la présidence de Donald Trump, des manifestations pour le climat ont mobilisé de nombreux citoyens dans le sillage du combat de Greta Thunberg. Cette mobilisation a-t-elle eu des conséquences dans les urnes lors du duel entre Biden et Trump ? Joe Biden a-t-il fait semblant de s'intéresser aux questions environnementales pour attirer des électeurs ?

Renan-Abhinav Moog

Renan-Abhinav Moog

Renan-Abhinav Moog est expert États-Unis pour la Fondation Jean-Jaurès. 

Voir la bio »

Atlantico.fr : Durant les quatre années de la présidence Trump, nous avons vu un grand nombre de manifestations pour le climat dans toute l'Amérique. Ce combat s'est-il traduit en vote dans les urnes lors de cette présidentielle ?

Renan-Abhinav Moog : Ces manifestations ont vu une partie de la jeunesse urbaine se mobiliser fortement pour le climat. Or, dans les 5 Etats (Arizona, Georgie, Pennsylvanie, Michigan, Wisconsin) qui ont été décisifs dans la victoire de Biden, l’on a vu une meilleure mobilisation d’une partie des jeunes qu’il y a 4 ans.

Une partie seulement et la plus progressiste, car la jeunesse pro-Trump a l’air, si l’on en croit les chiffres, de s’être moins mobilisée cette année.

Par exemple, en Georgie, les 18-24 ans représentaient 9% des électeurs en 2016, contre 12% cette année. Si l’on élargit aux 18-29 ans, cette population représente 21% de l’électorat : un record, dans un Etat où, augmentation de la population exige, la participation brute a été la plus forte de toute son l’histoire électorale, avec près de 5 millions de votants.

En Arizona, les 18-29 ans représentaient 14% de l’électorat il y a quatre ans, contre 16% le 3 novembre.

En Pennsylvanie, les jeunes pro-Biden se sont plus mobilisés que les pro-Trump. Ainsi, en 2016, on comptait 8% de 18-24 ans dans l’électorat, qui votaient à 50% pour Clinton et 45% pour Trump. Il y avait également 8% de 25-29 ans, lesquels votaient à 53% pour Clinton contre 40% pour Trump.

Cette année, la part des 18-24 a légèrement baissé, passant à 7% de l’électorat, mais Biden récolte 58% de leurs votes contre seulement 35% à Trump. Le Président sortant obtient le même score chez les 25-29 ans (5% de l’électorat) qui lui, vote à 60% en faveur de Biden.

Le chiffre national traduit bien ce dernier phénomène : en quatre ans, la part des jeunes de 18 à 29 ans passent de 19 à 17% dans l’électorat, mais ceux qui ont voté l’ont fait nettement plus en faveur des démocrates : 55% pour Clinton, 62% pour Biden.

Quelle place a été accordée à l'écologie dans le débat entre les deux candidats ? Joe Biden a-t-il fait semblant de s'intéresser aux questions environnementales pour attirer des électeurs ?

Donald Trump a utilisé l’argument écologiste contre Biden, en mettant en avant que, s’il était élu, son opposant démocrate allait interdire le fracking, un procédé particulièrement usité dans des fiefs républicains (Virginie occidentale, Dakota du Nord) mais aussi dans un certain nombre d’Etats clés, comme l’Ohio, la Pennsylvanie, le Michigan ou le Texas.

Les deux candidats ont une vision radicalement opposée de l’écologie, du changement climatique et des actions à mener en la matière. Cette opposition est parfaitement illustrée par une des premières annonces de Biden : faire revenir les Etats-Unis dans l’accord de Paris, qu’ils ont quitté le 4 novembre dernier, lendemain du scrutin présidentiel, sur décision du Président sortant.

Mais plus encore, la question écologique a surgi lors de la primaire démocrate, en partie grâce à la mobilisation d’Alexandria Occasio-Cortez, représentante du Bronx, très engagée pour porter le Green New Deal, qu’elle a présenté au Congrès, avec le Sénateur du Massachusetts, Ed Markey.

Ce plan a su récolter le soutien à la fois de l’aile gauche (Bernie Sanders, Elizabeth Warren) mais aussi des plus centristes, tels Joe Biden, Kamala Harris, Pete Buttigieg ou Michael Bloomberg.

Par conséquent, Biden ne pouvait pas ne pas consacrer une partie importante de son programme à l’urgence climatique. Lors de son intervention de samedi dernier, la lutte contre les bouleversements climatiques a d’ailleurs fait partie des quatre priorités qu’il a évoquées.

Toutefois, tant que les démocrates ne disposeront pas d’une majorité au Sénat, Biden devra fortement négocier avec les élus républicains, dont une bonne partie sont climatosceptiques, notamment Richard Shelby, sénateur influent de l’Alabama, Dan Sullivan réélu en Alaska mardi dernier, Joni Ernst, réélue dans l’Iowa ou encore Tom Cotton, réélu dans l’Arkansas et qui représente la jeune génération d’élus républicains.
Mitch McConnell, leader des républicains au Sénat a d’ailleurs décrit la proposition de Green New Deal comme « la liste d’un Père Noël d’extrême gauche grimée en politiques sérieuses ».

Le parti vert des États-Unis représenté par Howie Hawkins a récolté moins de 1 % des votes lors de la présidentielle alors que ce sujet semble être au centre des préoccupations des électeurs. L'écologie politique a-t-elle un avenir en tant que parti ?

Les Américains sont, dans leur écrasante majorité, attachés au système bipartisan. Les seuls candidats ayant réussi à s’immiscer dans ce jeu binaire entre démocrates et républicains au cours des 40 dernières années l’ont fait comme indépendants, même si John B. Anderson, en 1980, était un ancien républicain.

Du côté des verts, le parti est souvent victime de ses succès et de leurs conséquences. En 2000, Ralph Nader a obtenu 2,7% des voix et a indirectement contribué à la défaite d’Al Gore et donc aux quatre premières années de présidence Bush.

Résultat, en 2004, le binôme vert n’a obtenu que 0,1%.

En 2016, rebelote : profitant de l’effet repoussoir d’Hillary Clinton, l’écologiste Jill Stein a attiré un nombre plus élevé que d’ordinaire d’électeurs, récoltant 1,1% des voix. Des voix qui ont cruellement fait défaut aux démocrates et donc également permis de faire élire Donald Trump.

La contre-performance de cette année, alors que les verts avaient présenté la candidature de leur cofondateur, Howie Hawkins, est sans doute une conséquence du traumatisme qu’a constitué, pour les électeurs les plus à gauche du pays, l’élection de Donald Trump.

Pour les électeurs plus modérés, le soutien apporté par le Socialist Party à Howie Hawkins a sans aucun doute joué en sa défaveur, dans un pays où le mot « socialiste » fait encore très largement fuir, plus encore qu’Hillary Clinton.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !