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L'austérité budgétaire sous la loupe des économistes du FMI de 1978 à 2009 : un frein pour la croissance et pour l'emploi
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Bonnes feuilles

L'austérité budgétaire sous la loupe des économistes du FMI de 1978 à 2009 : un frein pour la croissance et pour l'emploi

Pour Henri Guaino, contre la politique du sacrifice qui fait des marchés, de l’Europe et de la mondialisation l’alibi de tous les renoncements et de toutes les souffrances, il y a urgence à vouloir plutôt qu’à subir, à encourager et à motiver plutôt qu’à sacrifier, à faire espérer plutôt qu’à faire expier des fautes qui sont celles des dirigeants et non celles des peuples. Extrait de "En finir avec l'économie du sacrifice", de Henri Guaino, aux éditions Odile Jacob 1/2

Henri Guaino

Henri Guaino

Henri Guaino est un haut fonctionnaire et homme politique français

Conseiller spécial de Nicolas Sarkozy, président de la République française, du 16 mai 2007 au 15 mai 2012, il est l'auteur de ses principaux discours pendant tout le quinquennat. Il devient ensuite député de la 3e circonscription des Yvelines.

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L’étude des périodes de grandes restrictions budgétaires lorsque les déficits et la dette publique suscitent l’inquiétude semble indiquer que la baisse des dépenses exerce un effet dépressif. Ainsi, une étude du FMI menée sur cent soixante-treize périodes d’austérité budgétaire dans les pays développés entre 1978 et 2009 conclut que ces périodes sont généralement caractérisées par un ralentissement de l’activité et une augmentation du chômage. En 2013, Olivier Blanchard, alors économiste en chef du FMI, et Daniel Leigh, économiste au FMI, publient une étude intitulée « Growth Forecast Errors and Fiscal Multipliers » qui défraie la chronique. Les deux auteurs y reconnaissent que le FMI sous- estime les effets multiplicateurs des politiques de restriction budgétaire : « une plus forte consolidation fiscale est allée de concert avec une croissance plus faible que prévu. Une explication naturelle est que les multiplicateurs fiscaux étaient nettement plus hauts que ce que les prévisions estimaient implicitement ». Ils estiment que ceux- ci sont, au plus fort de la crise économique, deux à trois fois plus élevés que prévu. Leur conclusion est que les multiplicateurs peuvent être plus élevés ou plus faibles selon la période et l’économie considérée. En particulier, ils peuvent être beaucoup plus élevés dans les périodes de récession et revenir progressivement à un niveau plus bas quand l’économie redémarre ou que la politique monétaire retrouve une certaine efficacité pour compenser les effets récessifs de l’assainissement financier. Cette conclusion signifie que les effets positifs des politiques de relance en temps de crise sont aussi sous- estimés et que ces effets peuvent être deux à trois fois plus importants sur l’activité dans un contexte de récession ou de stagnation que dans un contexte de croissance régulière. De nombreuses études citées par les auteurs sur les États- Unis et les autres grands pays développés concluent dans le même sens 1. Ainsi le multiplicateur des dépenses publiques pourrait osciller de 0 en période ordinaire jusqu’à 2,5 en période de récession. C’est- à- dire que 1 % de dépenses publiques en plus ou en moins en période de récession pourrait provoquer une expansion ou une contraction du revenu national de 2,5 % alors qu’en dehors d’un contexte de récession la variation de la dépense n’aurait aucun effet significatif sur l’activité.

Ces résultats suggérèrent une autre conclusion : si selon les circonstances il faut davantage soigner l’offre ou la demande, davantage privilégier la politique monétaire ou la politique budgétaire, il y a aussi des circonstances où c’est la logique microéconomique qui compte le plus et d’autres où c’est la logique macroéconomique qui l’emporte. À l’exception du paroxysme de la crise de 2008-2009 où le risque macroéconomique s’est imposé rapidement comme une évidence, l’Europe jusqu’en 2015 côtoie le gouffre en restant aveugle devant l’inexorable remontée du risque macroéconomique malgré les avertissements pressants du FMI ou du président de la Banque centrale européenne, lui- même pointant un risque de déflation qui ne sera pas éliminé par des mesures relevant de la microéconomie, même si celles- ci peuvent avoir des effets positifs sur la croissance à long terme. Malgré ce changement de cap de la BCE au printemps 2015, le problème macroéconomique demeure très important et très largement sous- estimé par les responsables économiques et politiques.

Une histoire de grenouilles

Peut- être l’essentiel du débat entre les interventionnistes et les noninterventionnistes est- il résumé par la petite histoire qui, selon Jean- Marcel Jeanneney 1, se raconte aux États- Unis durant la Grande Dépression des années 1930 ? C’est l’histoire de deux grenouilles plongées chacune dans un bocal contenant du lait. La première, très intelligente, analyse la situation, constate que la paroi trop lisse n’offre aucune prise, et que le lait l’empêche de prendre appui sur le fond du bocal pour sauter. Concluant qu’il n’y a rien à faire, elle ne fait rien et reste au fond de son bocal jusqu’à ce qu’elle y meure. La deuxième, ayant sans doute un esprit d’analyse moins développé, s’agite en tous sens. Cette agitation finit par trans former le lait en beurre. Prenant appui sur le beurre, elle saute et s’échappe du bocal !

Extrait de "En finir avec l'économie du sacrifice", de Henri Guaino, aux éditions Odile JacobPour acheter ce livre, cliquez ici

©Odile Jacob, 2016

 

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