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Tribune

Journée nationale de grève : non à la fin de vie programmée des Ehpad !

Le 15 mars prochain, se déroulera une journée nationale de grève de l’ensemble des établissements d’hébergements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des services à domicile, des hôpitaux gériatriques, des unités de soins longue durée et des maisons de retraites non médicalisées.

Corinne Imbert

Corinne Imbert

Corinne Imbert est sénatrice de Charente-Maritime, Conseillère départementale de la Charente-Maritime et Conseillère municipale de Beauvais-sur-Matha.

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L’Histoire de l’humanité est marquée par de nombreuses formes de discriminations qui ont évolué au fil des âges en fonction du contexte et des réalités sociétales. La génération d’après-guerre se caractérise par un goût immodéré pour la nouveauté, le changement, le buzz et… le neuf. Cette appétence n’est pas sans conséquences puisqu’elle conduit directement à une forme nouvelle de discrimination et de ségrégation qui porte le nom d’âgisme. Exit le respect de l’ancien et de ses sages paroles. Les générations X, Y et Z ne jurent que par le lendemain et la certitude que tout ce qui appartient au passé doit y rester. Cet état d’esprit généralisé s’illustre aujourd’hui par la manière dont on aborde la question de la fin de vie des personnes âgées.

Le 15 mars prochain, se déroulera une journée nationale de grève de l’ensemble des établissements d’hébergements pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), des services à domicile, des hôpitaux gériatriques, des unités de soins longue durée et des maisons de retraites non médicalisées. Cette pluralité des personnels en grève met en lumière le désespoir des professionnels travaillant au contact des personnes âgées. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : 0,6 agent par résident alors que les gouvernements successifs de ces 20 dernières années ont tous promis d’’arriver au ratio de 1 agent pour 1 résident, bien que cet objectif soit irréalisable. Les toilettes sont hebdomadaires mais contrairement à un abonnement à un journal, ce n’était pas prévu dans le contrat. De plus, ces tâches sont réalisées en moyenne en 10 minutes alors que 40 minutes sont nécessaires pour effectuer une prestation décente.

Les difficultés rencontrées par le personnel conduisent à un taux d’absentéisme de près de 10%. A cela, il faut ajouter que les accidents du travail sont deux fois supérieurs à la moyenne nationale, ce qui en fait le seul secteur d’activité en France où ce taux est en hausse. Les salaires ne suivent pas et le déclin des vocations n’en finit plus.

On peut bien multiplier les rapports parlementaires, les missions flash, et les auditions. Le vieillissement de la population a un prix et la gravité de la situation actuelle  réside dans le fait que l’on permet aux gens de vivre plus longtemps à défaut de vivre plus décemment.

Comme bien souvent, on s’organise au niveau local afin de trouver des alternatives. Les Ehpad ne sont pas la solution à tous nos problèmes ; il existe d’autres formes de lieux de vie pour personnes âgées. Le logement-foyer, les « petites structures » ou encore l’hébergement en famille d’accueil sont autant de possibilités, bien souvent plus humaines et pas plus onéreuses. Cependant, elles ne représentent qu’un quart des places disponibles  pour les personnes âgées. Il est nécessaire de favoriser le développement de ces fonctionnements alternatifs et novateurs. Autrefois, les anciens restaient dans la maison familiale jusqu’à la fin de leur vie. Les pratiques actuelles nous invitent à reconsidérer toute la perversité de l’individualisme qui touche nos sociétés.

L’augmentation du temps de travail doit coïncider avec de meilleures conditions de fin de vie. On ne peut pas matraquer fiscalement les retraités et leur demander de faire une croix sur un minimum de décence durant leurs dernières années.

La situation est sérieuse et pourtant, il semble que le pire soit devant nous. Le nombre de personnes âgées de plus de 85 ans va passer de 1, 5 million à 5 millions en 2050. En milieu rural, les Ehpad peinent à recruter du personnel. L’attractivité doit être le maître mot pour résoudre cette problématique : attractivité des lieux de vie pour personnes âgées, attractivité des professions de ce secteur, sans oublier l’attention que nous devons porter chaque jour à nos anciens. Au XXIème siècle, on ne parle que de renouvellement, de jeunesse, de fraîcheur. Et si on pariait aussi sur nos aînés ?

 

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