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Journée mondiale des lépreux : la maladie des extrêmes guérissable et évitable résiste encore et toujours
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Tribune

Journée mondiale des lépreux : la maladie des extrêmes guérissable et évitable résiste encore et toujours

La lèpre est une maladie infectieuse chronique, l’une des plus mal perçues par la population.

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Cette pathologie, qui suscite souvent de l'effroi, est une maladie infectieuse d'exception. Si diabolisée que les lépreux sont doublement victimes de la maladie, elle est pourtant très peu contagieuse, guérissable et évitable.

C’est la maladie des extrêmes.

Extrêmement ancienne, son origine se perd dans la nuit des temps, mais se situerait en Inde. Son agent infectieux extrêmement petit est une bactérie de quelques millièmes de millimètre. Parmi les bactéries pathogènes, c'est l'une des rares que l'on ne sache pas cultiver. Mais on sait l'inoculer à la souris et au tatou. Cette bactérie, bacille de Hansen, a une vitesse de multiplication extrêmement faible : dans un tissu vivant, elle se divise un peu plus de six fois par bimestre.

L’évolution de la maladie est extrêmement lente. En l'absence de traitement, la lèpre dure des années, mais progresse inexorablement. La durée d’incubation est extrêmement longue, de cinq ans en moyenne, ce qui est énorme. Sa contagiosité est particulièrement faible.

Lors de la forme grave, maligne ou lépromateuse, le sujet est contagieux par ses sécrétions nasales, mais cela nécessite un contact étroit, prolongé et répété. Avec les formes bénignes, tuberculoïde et indéterminée, le malade n’est pas contagieux. La lèpre maligne et bien évoluée est extrêmement visible. Elle envahit la peau, les yeux, les muqueuses respiratoires et les nerfs. Les lépreux sont estropiés, paralysés, difformes, ils sont insensibles au toucher et ont des plaies ; ils sont donc disgracieux et souffrent d’infirmités.

De ce fait, la lèpre déclenche extrêmement de répulsions, rejets et d’exclusions. Les lépreux sont maintenus à l'écart et même placés d'office dans des lieux loin des habitations, désignés par les termes de léproserie, ladrerie ou maladrerie. Ces pratiques n’ont pas de justification médicale.

La lèpre était autrefois cosmopolite, mais elle a beaucoup régressé et a aujourd'hui pratiquement disparu des pays industrialisés. Cependant, elle reste présente dans les zones tropicales de l'Afrique, de l'Amérique latine et de l'Asie, ce qui représente plus de cent pays en développement, où des centaines de milliers de malades persistent. Parmi ces pays, 17 concentrent près de 95 % des cas, en particulier l’Inde, l’Indonésie et le Brésil. On constate malheureusement que le nombre annuel de nouveaux cas de lèpre a peu varié au cours de ces dix dernières années, ce qui est affligeant. Les cas diagnostiqués en France concernent des migrants provenant des zones toujours touchées en Afrique, Asie et Amérique latine, ainsi que des citoyens français des départements et territoires d'outre-mer, particulièrement Mayotte où la maladie reste fréquente.

Le traitement de la lèpre est extrêmement peu cher ; il est même offert par l'Organisation mondiale de la santé ou OMS à tous les pays qui en ont besoin et en font la demande. Il est appelé poly chimiothérapie ou PCT, car constitué de trois produits. Il est toujours efficace quand il est bien suivi.

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