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L'épidémie de Covid-19 pourrait avoir un impact sur les malades de Parkinson.
©ludovic MARIN / AFP / POOL

Victimes indirectes

Journée mondiale de Parkinson : dure année pour les malades à cause de la pandémie

Le 11 avril est la Journée mondiale de la maladie de Parkinson, cette maladie neurodégénérative qui touche de plus en plus de personnes en France et dans le monde. Cette journée mondiale est cette année marquée par l'épidémie de Covid-19, qui pourrait multiplier le nombre de malades.

André Nieoullon

André Nieoullon

André Nieoullon est professeur de neurosciences à l'université d'Aix-Marseille.

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Atlantico : Le 11 avril est la Journée mondiale de la maladie de Parkinson. Il s’agit de la deuxième maladie neurodégénérative après la maladie d'Alzheimer en France. Le nombre de patients atteints aurait même doublé en 15 ans. Comment expliquer cette hausse et sommes-nous prêts à y faire face ?

André Nieoullon : La Journée Mondiale de la maladie de Parkinson du 11 avril est là pour nous rappeler chaque année l’état de souffrance de quelques 5 millions de malades à l’échelle de la planète, dont près de 200.000 dans notre pays, malades en attente d’une solution thérapeutique qui tarde à venir. A ce titre, elle met en lumière le fait que la recherche sur la maladie de Parkinson relève d’une question sociétale majeure et interpelle les tutelles pour qu’elles ne relâchent pas leurs efforts pour enfin trouver une voie qui permette d’entrevoir une vraie issue pour guérir cette maladie complexe.

La Journée mondiale 2021 intervient dans un contexte très spécial, lié à la pandémie de la COVID-19. L’année dernière, à pareille époque, la mesure n’avait pas été prise de l’exacte ampleur de la menace qui pèse sur les malades infectés par le virus. Aujourd’hui, plusieurs études mesurent le risque de voir se dérouler « à distance », c’est-à-dire après un délai de quelques mois, voire de quelques années, en quelque sorte un dramatique épisode supplémentaire de la pandémie. Cet épisode, actuellement « silencieux », pourrait se traduire selon les plus pessimistes par l’émergence d’une vague de malades atteints d’une forme ou d’une autre de maladie de Parkinson, suite aux atteintes cérébrales liées à l’infection. L’argumentation majeure de ces chercheurs est liée au souvenir des conséquences -il y a exactement un siècle- de l’épidémie de grippe espagnole de 1918, qui s’est traduite quelques années plus tard par l’émergence parmi les survivants d’un nombre anormalement élevé de malades atteints d’une forme d’encéphalite dont de nombreux signes cliniques la rapproche de la maladie de Parkinson. Ainsi les chercheurs relèvent-ils avec insistance que, parmi les hypothèses sur l’origine de la maladie de Parkinson, la relation avec les pathologies infectieuses est régulièrement avancée sans que, pour autant, rien de déterminant n’est pu être démontré.

Sur un autre plan, d’autres aspects de la pandémie actuelle mettent en exergue le fait aujourd’hui reconnu que souffrir de la maladie de Parkinson en 2021 pourrait représenter un facteur de vulnérabilité vis-à-vis de l’atteinte virale, au même titre que l’obésité, l’hypertension ou encore le diabète. De fait, là encore, plusieurs études basées sur l’analyse de dossiers de patients atteints de maladie de Parkinson et touchés par la COVID-19 concluent que ces patients présentent un risque supérieur, de l’ordre de 30%, de souffrir d’une forme très grave de la pandémie, traduit en termes de morbidité et de mortalité, par rapport aux personnes ne souffrant pas de maladie neurodégénérative. Même si ces études encore partielles se doivent d’être confortées, elles alertent les cliniciens sur la nécessité d’une prise en charge plus attentive des malades atteints de maladie de Parkinson en cas d’infection COVID-19 ; et, dans ce contexte, les patients souffrant de maladie de Parkinson devraient être considérés comme prioritaires dans le choix des populations à vacciner, y compris lorsqu’ils sont encore jeunes.

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Pour revenir à votre question, au-delà de ces évocations préoccupantes, la question de l’augmentation au cours de ces dernières années du nombre de patients souffrant de maladie de Parkinson est vraisemblablement d’ordre conjoncturel, plutôt que traduisant une réelle augmentation du nombre de malades, en rapport par exemple avec un impact environnemental accru. Sans exclure totalement que ceci puisse intervenir, il reste que ce qui augmente objectivement est le nombre de personnes diagnostiquées et prises en charge, se traduisant par l’impression d’une augmentation de l’incidence (nombre de cas par unité de population) de la maladie. A ce stade, il n’est de fait pas possible d’affirmer que le nombre de malades augmente. Il faut rappeler ici, d’une part, que le diagnostic de maladie de Parkinson n’est pas chose aisée et qu’il relève de spécialistes particulièrement formés pour distinguer parmi des signes neurologiques souvent d’une extrême discrétion ceux qui relèvent d’une forme ou d’une autre de la maladie, tant celle-ci peut se présenter sous des aspects divers, amenant au constat accepté par tous qu’il n’existe pas « une » maladie de Parkinson mais bien de nombreuses formes diverses de cette maladie. De plus, même si les premiers signes de la maladie peuvent se manifester très tôt autour de la quarantaine, ce n’est que beaucoup plus tardivement, généralement après 65 ans, que les diagnostics sont posés. Ainsi, du fait d’une meilleure sensibilisation des populations, ce qui augmente est effectivement le nombre de personnes prises en charge. Pour compléter ma réponse, j’ajoute que les jeunes générations de neurologues sont particulièrement bien formées à ces diagnostics différentiels et qu’elles disposent d’outils d’investigation très performants, notamment en termes d’imagerie cérébrale, mais pas seulement. Et le développement de « centres experts » en région, lié à une politique active visant à une meilleure prise en charge des maladies neurodégénératives sur les territoires, permet aujourd’hui à tout un chacun une égalité de traitement et de chance face à une maladie qui reste néanmoins préoccupante.

Que sait-on de l’impact de la pandémie sur la maladie de Parkinson ? La Covid-19 peut-elle aggraver les symptômes ou même les provoquer ?

Comme je l’ai mentionné ci-dessus, la question de savoir si la pandémie impacte la survenue de la maladie de Parkinson ou contribue à aggraver les formes avérées reste pour le moment sans réponse. Des faisceaux de présomptions sont avancés ici et là pour souligner que l’infection par le virus a aussi pour cible le cerveau, bien que le caractère « neurotrope » du virus lui-même fasse encore débat. A ce stade, certaines équipes se prononcent pour un risque accru d’émergence de cas nouveaux de maladie de Parkinson liés aux conséquences de la pandémie sur les processus inflammatoires, ou encore sur celles des effets des anoxies plus ou moins importantes en rapport avec les fortes atteintes des capacités respiratoires.

Nous savons que les neurones dopaminergiques -ceux qui dégénèrent dans la maladie de Parkinson- sont particulièrement sensibles aux effets de l’anoxie. Le cerveau utilise quelque 20% de l’oxygène que nous respirons alors qu’il ne représente qu’environ 1 à 2 % du poids du corps. L’oxygène est donc particulièrement vital pour le fonctionnement cérébral et toute atteinte de ce flux vital se traduit par une altération des capacités cérébrales qui peut aller jusqu’à la destruction des neurones lorsque l’anoxie est trop importante. L’altération des fonctions respiratoires caractéristique de la COVID-19 est dès lors à même de produire une perte irréversible des neurones dopaminergiques et, par-là, se traduire par une forme de maladie de Parkinson. Cette hypothèse a été avancée dans au moins un cas d’un patient israélien qui, infecté par le coronavirus, est devenu parkinsonien. Mais il est aussi possible que ce patient ait souffert avant l’infection d’une maladie de parkinson débutante et que l’infection n’est fait qu’accentuer un processus dégénératif en cours.

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L’autre hypothèse, au-delà de l’anoxie, est celle de l’inflammation. Chacun n’ignore pas, car cela a été beaucoup médiatisé, que l’une des conséquences de l’infection est de se traduire par un processus inflammatoire majeur. D’ailleurs, l’un des moyens de lutter contre les conséquences de l’infection dans les cas les plus graves est aujourd’hui d’administrer des médicaments anti-inflammatoires. Là encore, pour des raisons que nous ignorons, les neurones dopaminergiques présentent une vulnérabilité accrue à ces processus inflammatoires, par rapport à d’autres catégories de neurones. Un processus inflammatoire durable et important aurait alors possiblement pour conséquence de détruire une partie de ces neurones, ce qui se traduirait aussi par un syndrome parkinsonien. A voir. Pour le moment, ce ne sont qu’hypothèses de travail mais le fait de mieux lutter contre les processus inflammatoires pourrait limiter ces conséquences potentiellement néfastes sur les neurones dopaminergiques. De façon indirecte, l’infection serait ainsi bien à même d’affecter le fonctionnement et l’intégrité du système dopaminergique.

Reste un point qui pose de réelles questions. Parmi les signes de l’infection, y compris dans les formes les moins graves de la maladie, la perte de l’odorat est très courante. Cette observation est alors l’objet de spéculations nombreuses, considérant que, dans la maladie de Parkinson mais aussi dans la maladie d’Alzheimer, à des stades débutants, une telle perte de sens de l’odorat est fréquemment relevée. A ce stade ce ne sont que corrélations mais certaines équipes, notamment celles qui font le rapprochement de la COVID-19 avec les conséquences de la grippe espagnole du siècle dernier, ne manquent pas d’alerter sur un lien possible entre infection, anosmie et possible développement de futures pathologies neurodégénératives. Par chance, le pire n’est jamais certain mais ces spéculations doivent néanmoins nous amener à une vigilance accrue des conséquences à moyen et long termes de la pandémie.

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