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Journal de Cannes : pronostics
pour le palmarès, déceptions
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Journal de Cannes : pronostics pour le palmarès, déceptions et coups de coeur

A quelques heures de la divulgation du palmarès du Festival de Cannes, Clément Bosqué et Victoria Rivemale nous livrent leurs intuitions sur les films qui devraient être primés.

Clément  Bosqué et Victoria Rivemale

Clément Bosqué et Victoria Rivemale

Clément Bosqué réfléchit aujourd'hui sur les problématiques de l'action publique, dans le domaine des relations internationales et de la santé. Diplômé de littérature et agrégé d'anglais, il écrit sur le blog letrebuchet.c.la sur l'art, la société et l'homme.

Victoria Rivemale est diplômée en Lettres.

Voir la bio »

La fête est finie. La croisette est déjà clairsemée. Ce petit coin du monde, tout enflé de vanité comme le crapaud de la fable, va reprendre une activité normale. Dans le soleil déjà chaud du matin, on roule les grands tapis sur lesquels les stars ont cru voler. Un dernier coup d’œil à cette fameuse promenade où le personnage de Serge Karamazov établissait un record olympique de saut en hauteur dans la Cité de la Peur.

Mud, de Jeff Nichols (Take Shelter, 2011) est une plaisante ultime surprise de ce festival. Ce film soigné et équilibré raconte une belle histoire sur le « devenir homme » d’un garçon de quatorze ans à la grâce éphémère et maladroite, confronté aux adultes, qui lui mentent, se mentent entre eux et à eux-mêmes. La forêt et la rivière de l’Arkansas forment le décor de cette aventure poétique qui brille de l’éclat voilé des trésors au fond d’une eau trouble. Apaisant en cette fin de festival. Hélas, on en reste là.

Le festival : clap de fin

Finie, pour les accrédités, l’effervescence caféinée de la salle de presse et la surveillance permanente pour ne pas se faire voler son siège et le coin de table où l'on jette ses notes. Fini de tendre l’oreille devant les écrans qui retransmettent les conférences de presse pour recueillir les banalités d’usage (« c’est un rôle incroyable qu’Untel m’a donné et je ne l’en remercierai jamais assez… »).

Fini d’entendre les arpèges de piano de l’air des « poissons » du Carnaval des Animaux de Saint-Saëns illustrer le générique visuel un peu pauvret du Festival.

On s'était habitué à voir l’omniprésent délégué artistique Thierry Frémaux, toujours en pleine forme, arpenter au pas de course les corridors et les escaliers du Palais, parfois seul, souvent suivi d’un petit essaim d’assistants ; fini de le croiser partout, comme la coccinelle de Gotlib : au tournoi de pétanque organisés avec les membres du jury, sur les marches, au détour d’un couloir, aux toilettes...

Les gendarmes et policiers cannois pourront cesser de massacrer la langue de Ken Loach (« Noô, it is not possible. You gô onne ze lefte… »). Les boulangers, les commerçants, les restaurants voient s’envoler ces nuées migrantes, capricieuses, absorbées, prétentieuses, de cinéphiles et de professionnels venus du monde entier.

L’heure du bilan

  • Ceux qui n’étaient pas en compétition (et tant mieux) :

Dracula, d’Argento, qui, comme on dit, « peut mieux faire ».

Le Serment de Tobrouk, de Bernard-Henri Levy : critiquer l’homme pour sa mégalomanie, c'est tirer sur l’ambulance. Le film fait comprendre que l’intellectuel a rencontré trois libyens cravaté dans des bureaux, et a escaladé en personne une dune, ce qui l’autorise à dire qu’à l’instar de ses frères combattants il était « au front ». Admonestant les uns et suppliant les autres, BHL, à la baguette, orchestre au nom de la France la libération d’un peuple. Il faut le voir arriver sautillant dans la salle de projection pour comprendre l’esprit qui l’anime : il incarne ni plus ni moins que l’histoire en marche ; cette histoire rectiligne, où tous les chemins mènent à la démocratie et où, pour y parvenir, un pays en vaut un autre. La Libye, la Bosnie…tout ça, c’est kif-kif. Légèrement inquiétant.

> Voir la critique de Dracula

  • Ceux qui ne méritent rien :

Cosmopolis, de Cronenberg, Lawless - Des hommes sans loi, de John Hillcoat pour les raisons que nous donnons dans les articles que nous leur avons consacrés. Sur la Route, de Walter Salles est sans doute notre plus grande déception.

Holy Motors, de Leos Carax : le bruit court qu’il pourrait avoir une récompense. Mais à quel titre ? Son film recèle bien quelques bonnes idées, et scènes étranges d’une certaine beauté. Mais ce qui aurait dû former la trame astucieuse et surréaliste d’une intrigue intrigante (un homme dont on suit la journée de « travail » consistant à se déguiser pour endosser plusieurs rôles) traîne et se complait dans des longueurs indignes. Kylie Minogue ne sert à rien. Au lieu de mettre un tigre dans son Motors, Carax a mis un aï. Aïe.

The Paperboy, Lee Daniels : sous prétexte de contre-enquête journalistique sur un homme accusé peut-être à tort de meurtre (John Cusack) dans un contexte de lutte pour les droits civiques à la fin des années soixante, le film réunit en Floride un journaliste noir, son collègue blanc, le jeune frère de celui-ci et une nymphomane quarantenaire (Nicole Kidman). S’ensuivent les péripéties les plus improbables et les plus artificielles qui font résonner bien creux les personnages. Si Paperboy ne sait pas où il va, nous avons une idée : la corbeille.

Post Tenebras Lux, de Carlos Reygadas : Scènes de vie de famille dans une maison new-age isolée dans les montagnes mexicaines, le couple formé par les protagonistes bat de l’aile, et le film aussi. On dirait des rushes mis bout à bout, le réalisateur se refusant à trier, comme un père incapable de choisir entre ses enfants, persuadé à tort que chaque morceau mérite sa place. En fait de mérite, Reygadas est loin du compte, sauf pour la palme de l’ennui intergalactique. D’un tel film, on ressort en se disant que, finalement, il n’y a pas que le cinéma dans la vie.

  • Ceux qui mériteraient peut-être quelque chose (mais la compétition risque d’être trop rude) :

Mud, de Nichols, qu’on a évoqué, parce qu’il est agréable, mais qu’il ne va pas beaucoup loin.

Paradies : Amour, de Ulrich Seidl, pour les minauderies réussies de l’actrice principale et quelques effets de mise en scène.

De rouille et d'os de Jacques Audiard. Il est à craindre que les yeux de poisson de Marion Cotillard n’aient pas séduit que l'orque du film.

Vous n’avez encore rien vu, d’Alain Resnais, pour le respect dû à l’âge et à la carrière, malgré l’entre-soi qui émane de son film.

 

  • Les récompenses : notre pronostic :

-          Prix du jury : La Part des anges, de Ken Loach, parce que faire rire est un art.

-          Prix de la mise en scène : Cogan – La mort en douce (Killing them softly), de Dominik, pour le spectacle.

-      Prix d’interprétation masculine : Jean-Louis Trintignant, convaincu de revenir au cinéma par Haneke, chez qui il se montre convaincant ; ou l’acteur principal de Reality de Garrone, compatriote du Président Nanni Moretti.

-          Prix d’interprétation féminine : ex-aequo pour les deux actrices d’Au-delà des collines, du roumain Mungiu.

-          Grand prix : Mungiu encore. L’âme de la vieille Europe a quelque chose à faire valoir.

-          Palme d’or : Amour d’Haneke, parce qu’il est le plus poignant.

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