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Jean-Marc Ayrault a répondu aux questions de David Pujadas, sur le plateau du JT de 20h de la chaîne France 2 lundi soir.
Jean-Marc Ayrault a répondu aux questions de David Pujadas, sur le plateau du JT de 20h de la chaîne France 2 lundi soir.
©Reuters

Oral

Jean-Marc Ayrault au 20h de France 2 : dans l’étau du calendrier et des impatiences

L'intervention de rentrée du Premier ministre au journal de France 2 lundi soir avait tout de l’exercice obligé. La récente élection et la crise nourrissent une forte impatience dans l’opinion, l'obligeant a endosser le rôle traditionnel de paratonnerre du président.

Arnaud Mercier

Arnaud Mercier

Arnaud Mercier est professeur en sciences de l'information et de la communication à l'Institut Français de Presse, à l'université Paris-Panthéon-Assas. Responsable de la Licence information communication de l'IFP et chercheur au CARISM, il est aussi président du site d'information The Conversation France.

Il est l'auteur de La communication politique (CNRS Editions, 2008) et Le journalisme(CNRS Editions, 2009), Médias et opinion publique (CNRS éditions, 2012).

Le journalisme, Arnaud Mercier

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L’intervention de rentrée du Premier ministre, au journal télévisé de France 2, hier soir, avait tout de l’exercice obligé. Pas seulement parce qu’il est de coutume de marquer la reprise du travail gouvernemental par une sortie télévisée, mais parce que le climat d’opinion le condamnait à parler. La phase actuelle est forcément une passe difficile pour l’exécutif. Comme après chaque élection présidentielle, les fortes critiques du combat pour le suffrage et les attentes citoyennes - électoralement transformées en exaspérations – nourrissent une forte impatience dans l’opinion. Impatience redoublée chez les électeurs de gauche par dix années de disette gouvernementale. Cette impatience est aussi la manifestation de légitimes angoisses face aux certitudes de la crise économique et aux incertitudes pour l’avenir.

Et cette impatience peut monter en spirale, se muer en colère (à la façon d’un Jean-Luc Mélenchon) si l’exécutif donne le sentiment de ne pas vouloir agir vite. Le temps est bien l’autre contrainte forte de ce gouvernement et du Président Hollande. Le calendrier électoral obligeait à attendre les élections législatives après la présidentielle pour pouvoir commencer à réellement agir, au-delà de quelques mesures symboliques payantes dans l’opinion (baisse du salaire du Président et des ministres notamment). La période de juillet d’un nouveau gouvernement est fatalement consacrée à préparer les projections budgétaires, alors qu’héritant du budget en cours, les marges de manœuvre sont faibles.

Le calendrier politique et économique est également contraint à moyen terme, par les engagements vis-à-vis de l’Europe, et à très court terme par les potentielles attaques des marchés financiers qu’il faut savoir éviter. Autant de contraintes qui en phase d’affaiblissement économique persistant et de contraintes budgétaires européennes, ne font que réduire comme peau de chagrin les marges de manœuvre.

Et voilà donc le couple Hollande-Ayrault confronté à un des problèmes majeurs qui minent la confiance des Français avec leurs élus, celle de la capacité politique à agir. Tous les sondages montrent depuis plus de 10 ans une forme de désamour politique des citoyens vis-à-vis de leur classe dirigeante (de droite comme de gauche), engendré notamment par un profond sentiment d’impuissance politique de ceux qui nous gouvernent. Ce fut la grande force de Nicolas Sarkozy dès lors qu’il fut ministre de l’Intérieur, puis candidat à la présidentielle, de centrer sa stratégie politique et de communication sur l’idée de résultats tangibles,visibles (la baisse des chiffres de la délinquance en fut l’archétype).

S’il a été élu c’est bien parce qu’il avait su faire croire à sa capacité à agir, qu’il avait réenchanté la fonction de gouvernement, en promettant d’agir et même d’hyperagir. Cette promesse largement non tenue (sur le pouvoir d’achat par exemple) est sans doute un des facteurs explicatifs de sa défaite, cinq ans plus tard. Mais son style politique, consistant à gouverner selon une temporalité très proche de celle qui agite les milieux politiques en période électorale, a forcément laissé des traces. Une partie des Français a sans doute pris l’habitude de juger très vite, de vouloir voir des résultats rapidement.

Le choix (fructueux) par François Hollande d’incarner un anti-Sarkozy, voulant donner du temps au temps à l’instar de son mentor, François Mitterrand, loin de toute frénésie médiatique, va désormais être soumis à la rude épreuve du pouvoir. Arrivera-t-il à imposer sa temporalité longue (l’action du gouvernement doit se juger sur la durée, sur toute la mandature, comme l’a répété J.M. Ayrault hier soir) dans un univers où la temporalité médiatique et d’Internet et le style Sarkozy ont imposé une forte réactivité, beaucoup d’immédiateté ? Entre impatiences d’hier, impuissance relative du moment et hyperréactivité devenue structurelle, l’étau se resserre sur l’exécutif. S’y ajoute enfin, le fait que l’opposition loin doit être sonnée par sa défaite, comme c’est souvent le cas après une présidentielle, fait au contraire preuve d’une exceptionnelle verve critique contre l’exécutif, car la surenchère est de mise parmi les prétendants à la reprise du leadership, après le vide laissé par la sortie (provisoire ?) de Nicolas Sarkozy du jeu politique.

Jean-Marc Ayrault est donc condamné, sans doute plus vite que ne l’aurait souhaité François Hollande, a rejouer le rôle traditionnel de fusible du Président, ou pour l’instant, on dira de paratonnerre ; se mettant plus en avant que ne le pousserait son tempérament, sans doute. Il a cependant voulu montrer hier la face d’un capitaine qui ne dévie pas de sa trajectoire, qui garde le cap et ne cède pas aux exigences du temps court. Sans doute est-ce le pari d’une rapide impopularité (les courbes sondagières se croisent déjà dangereusement pour le couple exécutif) pour une rédemption à moyen terme, grâce à l’obtention de résultats reportés à des jours meilleurs.

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