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Jean-Luc Delarue et les femmes : bien loin du gendre idéal qui faisait fantasmer nos mères et nos grands-mères
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Bonnes feuilles

Jean-Luc Delarue et les femmes : bien loin du gendre idéal qui faisait fantasmer nos mères et nos grands-mères

Catherine Rambert brosse un portrait sans concession de la star de la télévision disparue Jean-Luc Delarue, qu'elle côtoya pendant 20 ans. Extrait de "Jean-Luc Delarue, fragments de vérité" (2/2).

Catherine  Rambert

Catherine Rambert

Journaliste et scénariste, Catherine Rambert est l'auteur de plusieurs livres dont Petite philosophie du soir (Éditions 1). Chez First, elle a déjà écrit Petite philosophie de l'amour (2012).

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Suis-je habilitée à évoquer les relations de Jean-Luc avec les femmes ? Qu’il ait été en couple ou pas, je l’ai toujours vu seul. Ou presque. Lorsqu’il m’est arrivé de croiser ses petites amies, elles me paraissaient n’être que des silhouettes interchangeables dans son univers tant il semblait indifférent.

Mais les apparences sont sans doute trompeuses. Jean-Luc ne m’a jamais semblé doué pour exprimer ses sentiments. Soit par pudeur, soit peut-être parce qu’il n’en éprouvait pas. Pourtant, il a eu plusieurs relations longues. Et je suppose qu’il a été sincère ou a tenté de l’être. Mais il ne m’en a jamais parlé. J’imagine que notre lien n’était pas assez étroit pour que j’entre dans cette intimité-là.

En vérité, j’ai toujours eu le sentiment que ses tourments étaient ailleurs. Je veux dire qu’il semblait trop occupé à essayer de refermer les blessures de son passé, à apaiser ses colères, à régler ses problèmes relationnels avec sa mère pour mener à bien une relation sereine et pérenne avec une femme. Encore aurait-il fallu qu’il suive sérieusement une psychothérapie et qu’il parvienne à se soustraire à ses addictions pour espérer y arriver.

Au risque de me tromper et de faire bondir ceux qui le connaissaient mieux que moi, je pense que Jean-Luc a été toute sa vie incapable d’aimer. Non qu’il ne l’ait pas voulu, mais il ne le pouvait pas. Il était infirme du point de vue des sentiments. Ses traumatismes d’enfance, le souvenir épouvantable qu’il gardait du mariage de ses parents, sa détestation de sa mère l’avaient rendu inapte à l’amour. Un jour, il m’a confié qu’il avait besoin de boire pour se désinhiber avec les femmes et parvenir à se laisser aller. Sous l’influence de l’alcool, il était capable de dire « Je t’aime ». Mais sans lui, rien ne se passait. Il jouait la comédie. Non par cynisme. Il avait sincèrement envie d’aimer. Mais il était cadenassé, bloqué. « Je n’ai pas appris à aimer », me confiera-t-il.

D’ailleurs, il a toujours agi sans les femmes. Il s’est offert des appartements sans elles. Il les a fait décorer à son goût, de façon très masculine, et pour le célibataire endurci qu’il n’a jamais cessé d’être au fond. Il a toujours refusé de s’engager. Plusieurs de ses proches me le confirment : quand il se prétendait amoureux, il était difficile de savoir s’il y croyait vraiment ou s’il voulait y croire. À chaque fois, il en faisait des tonnes. Comme s’il cherchait d’abord à se convaincre lui-même. Jusqu’à sa rencontre avec Anissa, Jean-Luc semble davantage aimer la posture de l’amour que l’amour lui-même.

Après sa rupture avec Laetitia, il rencontre Sarah, l’épouse d’un chanteur connu. Leur aventure passionnée dure plusieurs mois. Jean-Luc s’emballe, clame à tous les vents qu’il l’aime, parle de l’épouser. Comme souvent, il s’épanche auprès de son équipe, de proches.

« C’était bizarre, car on avait du mal à y croire, se souvient une collaboratrice. Il en faisait des caisses, nous disait qu’il était dingue d’elle. Mais dans le même temps, ça sonnait faux. C’était bizarre. Comme s’il jouait la comédie. Bref, il nous a saoulés. Et puis ça lui a passé… »

La jeune femme retournera avec son chanteur de mari. Et ce dernier en fera une jolie chanson.

Finalement, ce n’est que lorsqu’il est parvenu à se débarrasser de ses addictions, en 2010, et a entamé un véritable travail sur lui-même qu’il a pu faire l’apprentissage des sentiments. « Pour aimer, il faut s’aimer », affirme la sagesse populaire. Jean-Luc a eu tant de mal à s’aimer…

Pourtant, ce genre de blocage aurait pu se résoudre en analyse. Je n’ai jamais compris de quelle façon il a suivi la sienne. Un jour, il m’explique que cela ne lui a servi à rien, que c’était trop difficile et qu’il a arrêté. Une autre fois, il m’affirme qu’il l’a suivie pendant trois ans. Puis, je comprends que les séances ont été irrégulières. Parfois, il s’y rendait avec assiduité, plusieurs fois par semaine, puis il zappait. Dommage : il aurait pu comprendre grâce à une introspection régulière et soutenue par un professionnel d’où venait cette colère qui l’habitait et dans laquelle il s’abîmait.

Une chose est sûre, il avait du mal à gérer ses relations avec les femmes. Il les adorait et les détestait. Il pouvait être un parfait gentleman et le pire des goujats. Il était capable de les couvrir de cadeaux, de les emmener en voyage et de les ignorer une soirée entière. Il les sifflait ou les congédiait. Il parlait d’elles avec respect et admiration mais pouvait dans un mauvais jour se montrer horriblement discourtois. Je l’ai d’ailleurs plusieurs fois rappelé à l’ordre au cours de nos dîners quand il se laissait aller. Mon féminisme l’agaçait. Je lui répliquais que puisqu’il me voyait il fallait faire avec.

Ses petites amies ont dû toutes s’adapter à son rythme vie, à ses horaires de fou, à ses virées en boîtes de nuit, au téléphone vissé en permanence à l’oreille et aux addictions bien sûr.

À l’entendre, tout était de la faute de sa mère. Cette femme honnie qu’il rendait responsable de tous ses maux. Curieusement, ce qu’il me racontait d’elle et qu’il détestait chez elle ressemblait à ce qu’il était, lui, Jean-Luc. Je me suis bien gardée de le lui dire tant je sais qu’il est insupportable d’être assimilé de près ou de loin à ses antimodèles. Ainsi, il me précise un soir où je lui demande de ralentir son débit de paroles : « Et encore, je parle moins vite que ma mère ! » Au fil de nos discussions, je comprendrai qu’elle est sujette aux sautes d’humeur, qu’il ne l’a jamais vue autrement que speed, pressée, énervée. Une autre fois, il m’explique qu’elle avait un rapport élastique avec la vérité. Toutes ces qualités (ou défauts, selon la façon dont on voit les choses) me rappelaient curieusement… quelqu’un. La détestait-il de trop lui ressembler ?

Jean-Luc Delarue, fragments de vérité", Catherine Rambert, (First Édition), 2013, 15.00 Euros. Pour acheter ce livre,cliquez ici.

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