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Mohamed Merah : best of des raccourcis, amalgames et contre-vérités des réactions à sa mort
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Confusion

Mohamed Merah : best of des raccourcis, amalgames et contre-vérités des réactions à sa mort

Les assassinats commis par Mohamed Merah déclenchent, depuis l’identification de leur auteur et son encerclement par les forces de l’ordre, des réactions qui questionnent a qualité du débat public autour de l'islam en France.

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan

Erwan Le Noan est consultant en stratégie et président d’une association qui prépare les lycéens de ZEP aux concours des grandes écoles et à l’entrée dans l’enseignement supérieur.

Avocat de formation, spécialisé en droit de la concurrence, il a été rapporteur de groupes de travail économiques et collabore à plusieurs think tanks. Il enseigne le droit et la macro-économie à Sciences Po (IEP Paris).

Il écrit sur www.toujourspluslibre.com

Twitter : @erwanlenoan

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On savait qu’une certaine droite était prompte à faire des raccourcis malvenus. L’affaire Merah montre à nouveau qu’une partie de la gauche en fait tout autant à travers ses commentaires.

Les premières réactions malvenues sont celles de la victimisation sociale. De plusieurs colonnes, de certaines voix, parviennent des explications déresponsabilisantes : si ce jeune homme (23 ans !) en est arrivé à ces extrêmes, c’est à cause de la souffrance des quartiers et au malaise social qui y règne (au passage, certains ajoutent pêle-mêle le débat sur l’identité nationale et les politiques migratoires). Cette interprétation est profondément choquante ! Les pauvres, les déshérités et les frustrés ne sont pas des terroristes en puissance ! Les jeunes des quartiers qui se heurtent à des obstacles, à des discriminations ne versent pas pour autant dans l’islam radical ni dans le terrorisme. Que l’un d’entre eux devienne un assassin en apprend plus sur sa personnalité individuelle que sur celles des 5 à 6 millions de personnes qui vivent dans les "quartiers" !

Les deuxièmes réactions sont celles, notamment sur Internet, qui accusent le débat public d’organiser un moment anti-musulman ou pro-sécuritaire. La théorie du complot se fait même à nouveau entendre. Ces réactions sont toutes aussi choquantes et absurdes. Elles s’offusquent d’entendre le président de la République et d’autres mettre en accusation l’islamisme radical, comme s’il s’agissait par essence d’une accusation concomitante de l’islam. Ceux qui portent ces propos font preuve soit d’une rare mauvaise foi, soit d’une méconnaissance des courants qui animent l’islam : il existe bien dans l’islam des mouvements radicaux (comme, d’ailleurs, dans d’autres religions). Les dénoncer n’est en rien porter atteinte à l’islam : au contraire, cela contribue à rappeler qu’il ne suffit pas de se revendiquer de cette religion pour la représenter. L’UOIF, le recteur Boubakeur ou Monsieur Moussaoui – pourtant différents, ne disent pas autre chose.

Tout amalgamer empêche de bien comprendre : le terrorisme n’est pas religieux : c’est un fanatisme assassin. Aucune religion n’est d’ailleurs assimilable aux extrêmes qui s’en revendiquent.

Ainsi, si l’angoisse sociale peut encourager le communautarisme, ce phénomène n’est pas spécifique à l’islam et se retrouve dans d’autres religions. Il n’est d’ailleurs pas propre à la religion : d’autres trouvent dans l’action politique ou dans d’autres formes d’engagement des références, une famille, un accueil de substitution.

Ensuite, le réconfort retrouvé dans un milieu religieux n’est pas systématiquement violent : certaines communautés sont relativement ouvertes, quand d’autres peuvent être très refermées, sans pour autant prôner la violence et se "contenter" d’un repli sur elles-mêmes. Savoir si la République peut s’en satisfaire ou doit s’en inquiéter est une question ; mais leur attribuer à toutes des intentions violentes en est une autre. 

Enfin, l’islamisme, comme mouvement radical qui entend organiser la société par l’islam est pluriel : il connait des mouvements qui tentent de s’inscrire dans des processus électoraux ; d’autres sont profondément anti-démocratiques ; certains sont violents et agressifs. Gilles Kepel montre, dans Quatre-vingt treize, que les "salafs" ne sont pas tous des terroristes en puissance, même s’ils expriment un rejet total (et dérangeant) de la société.

Bref, ce qui apparait, c’est que Mohammed Merah était un terroriste, un assassin. Il se revendiquait de l’islam et était venu à cette action meurtrière par la voie du salafisme, branche de l’islamisme radical qui connait des groupuscules meurtriers. Pour autant, il n’existe pas de lien d’égalité entre islam / islamisme / salafisme et terrorisme. Cela ne fait pas des salafistes des modérés. Pas plus que cela ne fait des dénonciateurs de l’islamisme des islamophobes. Il est inquiétant que dans le débat public et dans tous les "camps" ces notions se mélangent pour défendre des points de vue opposés. 

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