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Pourquoi les hommes politiques français ont peur d'Internet
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Le grand méchant web

Pourquoi les hommes politiques français ont peur d'Internet

Les hommes politiques de gauche comme de droite multiplient les déclarations critiques vis-à-vis d'Internet, qu'ils décrivent bien souvent comme une zone de non-droits où se répandent les rumeurs. Faut-il y voir une méconnaissance de ce média ?

Erwann Gaucher

Erwann Gaucher

Erwann Gaucher est journaliste. Il tient un blog sur lequel il décrypte l'actualité des médias et des formations des journalistes.

 

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Atlantico : Vous avez publié récemment un billet dans votre blog où vous répondez aux attaques récentes de différents hommes et femmes politiques contre Internet. La classe politique serait-elle, selon vous, "Internetophobe" ?

Erwann Gaucher : Elle est surtout marquée par une totale méconnaissance d'Internet et des phénomènes qui agitent la toile tels que les réseaux sociaux. Une écrasante majorité de responsables politiques français n'ont, au mieux, qu'une vision technique du web, une conception "télécommunications" plus proche du minitel que de Twitter, apprise sur le papier des grandes écoles. Ils ne se rendent absolument pas compte que sur le web, et sur les réseaux, une vie sociale, économique, culturelle se développe. Cela les pousse à avoir une vision monolithique du web, alors qu'il est aussi ridicule d'essayer de résumer le web en quelques phrases que de résumer la variété des idées politiques en France par un lapidaire "tous pourris".

Avec l'émergence des réseaux sociaux, ce décalage devient tous les jours plus flagrant. Pour comprendre Facebook ou Twitter, on ne peut pas se contenter d'une note de synthèse de son conseilleur ou de son chargé de com. Sur le papier, la définition de Twitter n'est pas très intéressante, il faut l'expérimenter pour comprendre réellement ce que c'est.

Tout cela se développe en totale désintermédiation vis-à-vis d'eux et en pousse beaucoup à avoir un jugement péremptoire et décalé sur des phénomènes qu'ils n'appréhendent pas. Balayer d'un revers de la main un phénomène utilisé quotidiennement par plus de 20 millions de personnes me paraît intellectuellement limité de la part de ceux qui veulent présider aux destinées des Français.


Aucun homme politique ne trouve donc grâce à vos yeux ?

Si, bien sûr. Ceux qui ont l'intelligence de dire qu'ils ne connaissent pas assez pour en avoir une opinion arrêtée ou ceux qui les utilisent, comme Alain Lambert, Anne Hidalgo ou bien d'autres. Cela ne les empêche pas d'avoir une vision critique de ces phénomènes, d'en comprendre les risques ou les dérapages.

Comment expliquez-vous cette méfiance du pouvoir politique face à Internet ? Comment celle-ci se manifeste-t-elle ?

Nous sommes dans des organisations politiques, médiatiques ou d'entreprises  dans lesquelles l'information représente souvent le pouvoir. Or, le web et les réseaux changent complètement la donne en accélérant et démocratisant la diffusion de l'information.

Du coup, cette méfiance se manifeste par des déclarations qui n'ont pas de sens. Lorsque ce week-end des responsables politiques, et des journalistes, expliquent que les rumeurs naissent sur Internet, je ne peux que leur conseiller la lecture du billet de Guy Birenbaum dans lequel il montre que les dernières "rumeurs" ont toutes été diffusées dans de bons vieux médias classiques avant d'arriver sur le web.


Internet ne fait-il peur qu'aux hommes politiques ou s'agit-il d'un phénomène qui concerne d'autres groupes de la société française ?

Non, cette réaction de méfiance, de mépris voir d'hostilité en a touché bien d'autres... Comme les journalistes et les dirigeants de médias, dont beaucoup ont encore du mal à admettre ce phénomène de désintermédiation. Cela commence également le cas dans les entreprises dans lesquels les cadres ne parviennent plus à "contrôler" les canaux d'information.

La méfiance d'Internet est-elle une spécificité française ?

Si l'on regarde la difficulté de la France aider les entreprises du web à émerger au niveau européen ou mondial, on peut être sûr que nous ne sommes pas les plus ouverts.


S'agit-il d'un problème purement générationnel ?

Je n'en suis pas si sûr. Alain Lambert, que je citais, n'est pas vraiment un jeune loup trentenaire de la politique. J'étais il y a peu dans une rédaction où le journaliste le plus enthousiaste pour le projet web que nous mettons en place est celui qui a commencé à bosser à l'ORTF ! S'il est sans doute plus facile pour un jeune né dans l'ère des portables de se familiariser avec ces nouveaux phénomènes, leur simplicité d'utilisation atténue beaucoup le facteur générationnel.


Selon vous, comment les rapports entre pouvoir politique et Internet vont-ils évoluer, notamment lors de la campagne présidentielle 2012 ?

Doucement mais sûrement. Les politiques français ne pourront pas continuer à mépriser ces phénomènes. S'ils veulent s'adresser aux électeurs des cinq prochaines années, ils seront comme les médias qui veulent s'adresser aux futurs lecteurs, ils devront aller là où ils sont : sur le web, les réseaux...

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