Inondations, tornades, orages, soleil en berne : ce que la météo des 7 derniers jours va vraiment coûter à l'économie (et aux assureurs) | Atlantico.fr
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Le gouvernement a déclaré l’état de catastrophe naturelle pour permettre aux assureurs d’indemniser leur clients.
Le gouvernement a déclaré l’état de catastrophe naturelle pour permettre aux assureurs d’indemniser leur clients.
©Reuters

Le coût de la pluie

Inondations, tornades, orages, soleil en berne : ce que la météo des 7 derniers jours va vraiment coûter à l'économie (et aux assureurs)

Des crues importantes ont touché les Landes, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées ou encore la Haute-Garonne, et 23 départements ont été placés en vigilance orange. Agriculture, tourisme, assureurs... Quels secteurs vont être les plus affectés ?

Jean-Louis Bertrand et Claire Diaz

Jean-Louis Bertrand et Claire Diaz

Jean-Louis Bertrand est Professeur de finance à l'ESSCA EM et co-fondateur de Météoprotect, société spécialisée dans la couverture du risque météo.

Ancien trader et trésorier de grands groupes, il gère aujourd'hui l'analyse des besoins clients, la structuration de solutions, le développement des produits de couverture, et encadre les activités de recherche.


Claire Diaz est rédactrice à Protection & Rendements chez les Publication Agora. Elle est diplômée en économie internationale et géopolitique,

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Atlantico : "La France a connu cette année un printemps particulièrement agité, froid et peu ensoleillé. Il s’agit du printemps le plus froid depuis 1987 et l’un des plus pluvieux depuis 1959" selon le Bilan du printemps 2013 effectué par Météo France et publié fin mai. Des crues importantes ont touché les Landes, les Pyrénées-Atlantiques, les Hautes-Pyrénées ou encore la Haute-Garonne, et 23 départements ont été placés en vigilance orange. Qu'est-ce que ces intempéries vont vraiment coûter à l'économie ? Est-il possible de chiffrer ce coût ?

Jean-Louis Bertrand : Beaucoup d’entreprises ont des activités cycliques, ou saisonnières. Leur volume d’activité n’est pas le même au printemps, en été ou à l’automne. Quand ces saisons sont "normales", c’est-à-dire quand les températures, précipitations ou durées d’ensoleillement sont conformes à leur moyenne sur les 3 dernières années, les entreprises savent gérer.

Mais quand la météo devient anormale, leur volume d’activité n’est pas conforme à ce qu’elles anticipaient. Quand ces anomalies sont courtes, on observe des reports de ventes et des décalages de trésorerie pour les entreprises. Quand elles durent, comme c’est le cas depuis le début de l’année, il y a destruction d’activité. Songez que le niveau de précipitation est au-dessus de la normale chaque mois depuis le mois de septembre 2012 !  Les températures sont en-dessous des normales depuis le mois de janvier et l’ensoleillement est très en-dessous des normales depuis décembre 2012.

Les produits traditionnellement consommés au printemps ne le sont pas, et plus on se rapproche de l’été voire de l’automne, moins on est prêt à payer cher un produit dont on va se servir moins longtemps. C’est vrai pour les salons de jardin par exemple, c’est vrai pour le textile et c’est vrai pour une quantité de secteurs. Les nuitées qui n’ont pas été vendues par les hôtels les week-ends sont perdues. Les clients ne vont pas avoir deux fois plus de week-end s’il se met à faire beau. Et plus la situation dure, plus les clients potentiels renoncent à rester en France et envisagent des destinations qu’ils espèrent ensoleillées.

Il est possible de chiffrer le coût de l’impact d’un degré en moins ou en plus, d’un millimètre de pluie ou d’une durée d’ensoleillement secteur par secteur. Dans le secteur de la boisson, chaque degré en moins prive le producteur de 5% à 8% de chiffre d’affaires. S’il s’agit de concentré d’agrumes on passe à 12 à 15% de perte de CA par degré manquant. Regardez ce qui se passe sur le secteur de la bière. On sait faire la même chose dans le secteur textile/habillement, dans l’agriculture, dans l’énergie, etc. Il est encore un peu tôt pour faire le bilan au niveau du PIB, mais il est certain que dans la baisse de la consommation, il y a une part importante liée à la météo, ne serait-ce qu'à cause de la facture de chauffage des ménages qui a pesé lourd cette année et qui va mécaniquement faire baisser le pouvoir d’achat.

Dans leur grande majorité, les entreprises françaises ne sont pas préparées. Elles sont préparées en ce qui concerne l’impact de la météo sur leur patrimoine. Dans le cas des hôtels à Lourdes, par exemple, les dégâts des inondations seront indemnisés. Mais le chiffre d’affaires perdu, et les emplois qui vont avec, ne sont pas en général pas assurés. Les chefs d’entreprises ignorent souvent qu’il existe aujourd’hui, en France, un courtier spécialisé dans la gestion du risque météo, Meteo Protect, qui construit des assurances précisément pour compenser les pertes d’activités liées à la météo. Et il est important que l’information circule car les pertes de chiffre d’affaires, de rendement ou l’augmentation des coûts peuvent peser très lourd sur la trésorerie de l’entreprise au point que certaines mettent la clé sous la porte. Avant d’en arriver là, il faut s’assurer de manière à pouvoir sécuriser une partie de ses profits ou a minima sécuriser le paiement de ses charges.

Claire Diaz : Les conditions météorologiques ont toujours des répercussions sur l’économie réelle. La pluie, le vent, les inondations ou les orages ont des impacts directs sur certains secteurs comme le tourisme et l’agriculture -- et des effets moins directs mais tout aussi sérieux sur le secteur de l’habillement ou des services. Plus important encore peut-être, ces conditions jouent sur le moral des consommateurs français au moment même où ils sont déjà malmenés par le contexte économique actuel.

Il est très difficile d’estimer le coût réel de ces conditions météorologiques atypiques car les répercussions sont bien trop vastes. On peut chiffrer l’impact sur le secteur agricole par exemple, mais comment évaluer le manque à gagner des enseignes de prêt-à-porter ? On peut éventuellement comparer avec les années précédentes, mais qui peut dire si la baisse de chiffre d’affaires est due aux intempéries ou plutôt à la baisse générale du pouvoir d’achat des ménages ?

Agriculture, tourisme, assureurs... Quels secteurs vont être les plus affectés par le coût des intempéries ?

Claire Diaz : L’agriculture est bien sûr le premier secteur concerné par ces conditions difficiles. Le coût des dégâts, selon le président de la FNSEA, Xavier Beulin, serait d’environ un demi-milliard d’euros -- et ce n’est qu’un chiffre provisoire. Les récoltes sont détruites et les terres ont souffert. Les prix des fruits et légumes devraient donc connaître une hausse cet été. Les consommateurs ne s’y trompent pas. Ils ont même déjà commencé à réduire leur consommation de peur de voir leur pouvoir d’achat encore un peu plus diminuer.

Dans le secteur du tourisme, les effets de cette mauvaise météo sont doubles puisqu’ils se ressentent à la fois sur l’emploi et sur le chiffre d’affaires. Didier Arino, gérant du cabinet Protourisme, explique d’ailleurs que les acteurs du secteur ont déjà perdu près de 10% de leur chiffre d’affaires. Quant à l’emploi, il estime que le mauvais temps pourrait être la cause d’une destruction de 30 000 emplois. Dans un contexte où les chiffres du chômage atteignent des records, c’est une très mauvaise nouvelle pour l’économie française.

Enfin, les assurances seront, elles aussi, mises à mal. Inondation, grêle, torrents de boue... Les sinistres se multiplient au rythme des alertes météo et la facture pour les compagnies d’assurance s'alourdit.

Jean-Louis Bertrand : Tourisme, agriculture, boissons, textile, parcs d’attractions, hôtellerie de plein air, restauration : voilà autant de secteurs qui vont connaître une première moitié d’année difficile à gérer. La crise frappe d’ailleurs les mêmes secteurs, où la croissance et création de valeur sont difficiles à générer. Les marges sont faibles, les progressions, quand elles existent, sont également très faibles. Alors quand la météo prive ces entreprises de plusieurs points de croissance et de chiffre d’affaires, la situation devient vite compliquée. Dans le tourisme on dépasse d’ors et déjà 500 millions d’euros de CA de pertes, ce qui se traduit par des dizaines de milliers d’emplois.

A la variabilité climatique vient s’ajouter l’aspect catastrophe naturelle. Le gouvernement a déclaré l’état de catastrophe naturelle ce qui va permettre aux assureurs d’indemniser leur clients. Ces indemnisations vont permettre aux particuliers et aux entreprises traumatisés par ce qu’ils viennent de traverser de se reconstruire, de ré-entreprendre. C’est à cela que sert un assureur et c’est pour ces moments-là que les clients se sont assurés.


Il n’y a pas lieu de s’alarmer pour le secteur de l’assurance dont le métier consiste à absorber le risque à court terme de ses client en étant rentable sur le long terme. La taille de leurs bilans permets précisément d’absorber le risque que leur client, dont le bilan est considérablement plus petit, ne peut pas subir.  Là où il faut s’inquiéter c’est pour toutes les entreprises ou les particuliers qui n’ont pas nécessairement contracté d’assurance. Une assurance c’est toujours trop cher. C’est comme les alarmes. Et le constat c’est que 90% des alarmes sont installées après cambriolage. C’est pour cela qu’il faut communiquer encore et toujours. Le coût des intempéries, ce n’est pas celui qui correspond aux indemnités. Ces indemnités vont remettre sur pied l’économie. Au contraire, les pertes non-assurées vont avoir une répercussion beaucoup plus importante. Et ceux qui trinquent sont ceux qui ne se sont pas assurés, ceux qui pensaient qu’ils n’avaient pas les moyens de s’assurer alors qu’au contraire ils n’avaient pas les moyens de ne pas s’assurer. Compte tenu de l’augmentation de la variabilité climatique il est essentiel de mettre en place  une assurance météo pour couvrir sa trésorerie.

Au delà des dégâts matériels, de telles intempéries vont-elles encore davantage peser sur l'économie française - et tous ses acteurs - par la hausse du coût des assurances qui va en résulter par la suite ? Les compagnies d'assurance peuvent-elles financièrement faire face aux coûts colossaux qui résultent de tels dégâts ?

Claire Diaz : Il est certain que, déjà fragilisées par la crise qui balaie la zone euro depuis plusieurs années, certaines compagnies d’assurance pourraient avoir du mal à faire face aux nombreuses demandes d’indemnisations liées à ces conditions.

Elles pourraient donc répercuter ces indemnisations sur les cotisations annuelles de leurs assurés. Suite à la tempête Xynthia, les assureurs avaient déjà relevé le tarif de leur prime en 2012 (entre 2% et 7% selon les compagnies). Il est donc tout à fait possible que vous ayez à payer plus cher votre assurance habitation.

Outre des circonstances exceptionnelles de cet ordre, pour déterminer le montant de votre prime d’assurance multirisque habitation, les assureurs se basent sur des critères précis comme le lieu de votre logement, la valeur de ce logement, la valeur de ce qu’il contient, des dispositifs de sécurité installés, et bien sûr des franchises qu’ils appliquent.

Jean-Louis Bertrand : La prime d’assurance pour les dégâts matériels augmentera sans doute marginalement, car il faut que les assureurs puissent maintenir un niveau de primes supérieur à celui des indemnités sur la durée. Le modèle est assez simple en effet. Et oui, la prime est fixée en fonction des indemnités versées car il faut remplir à nouveau les réserves des assureurs pour qu’ils puissent faire face à des risques qui ne vont pas en diminuant, surtout en valeur. Imaginez qu’une tornade traverse une ville comme Paris : les conséquences pour les assurés seraient nécessairement plus impactantes que si les tornades traversent les campagnes.

En ce qui concerne les assurances indicielles météo qui couvrent les pertes de CA ou les augmentations de coûts de production, l’augmentation est également réelle mais le mode de calcul est différent. Pour faire simple, si vous couvrez un événement qui s’est produit 2 fois en 50 ans (exemple 20 jours de pluie en juillet en un lieu donné…), la prime correspond à quelque chose près à 4/50 c’est-à-dire 8% du montant couvert. Si cette année, nous subissons 20 jours de pluie en juillet, le calcul de la prime indiquera que l’événement s’est produit 5 fois en 50 ans et que la prime est désormais de 5/50 soit 10%.

Propos recueillis par Olivier Harmant

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