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Le prix de vos courses intègre aussi 
un peu de dette grecque
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Inflation

Le prix de vos courses intègre aussi un peu de dette grecque

Tarifs des trains ou prix du timbre, ce 1er juillet est marqué par plusieurs augmentations. L’INSEE annonce imperturbable des prix en faible hausse à des Français qui constatent une forte inflation. Et si tout le monde avait raison ?

Daniel Tourre

Daniel Tourre

Daniel Tourre est notamment l'auteur de Pulp Libéralisme, la tradition libérale pour les débutants (Tulys, 2012) et porte-parole du "Collectif Antigone". 

 

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« Tu as vu mon caddie ? Tu sais pour combien j’en ai eu pour ça ? ». Cette phrase devenue rituelle après la balade hebdomadaire entre le rayon des produits frais et celui des paquets de chips s’accompagne parfois de sueurs froides lorsque l’on convertit le prix de cinq malheureuses tomates en francs. Ces constations ne sont pourtant pas partagées par les experts de l’INSEE qui mois après mois annoncent, imperturbables, des hausses de prix qui semblent très modérées. Avant de penser à acheter du goudron (+ 6,3 %) et des plumes (+ 2,6 %) pour rendre visite aux statisticiens, il serait juste pourtant de s’assurer que ces porteurs de (fausses ?) bonnes nouvelles sont bien les meilleurs cibles à enduire.

Un thermomètre approximatif

Si le thermomètre de l’INSEE n’indique pas la hausse de prix que vous constatez, c’est d’abord qu’il n’existe pas une seule hausse de prix, mais autant de hausses des prix qu’il y a de consommateurs. Nous avons chacun « notre » hausse des prix « rien qu’à nous » suivant nos habitudes, notre lieu de vie. Votre voisin de palier d’en face qui se nourrit de pizzas, de bières et de jeux vidéos n’a pas subi la même hausse des prix que celui de gauche qui ne mange que du bœuf carotte avec du bourgogne. Les efforts de l’INSEE pour établir différents types de paniers n’effacent pas l’immense variété des modes de consommation.

Ensuite le thermomètre oublie pudiquement un poste de dépenses très important : le logement, dont la part dans les revenus à explosé ces 20 dernières années. Ce poste de dépenses n’étant pas considéré comme une consommation - le bien reste intact à sa revente -, est sorti de l’indice des prix officiel.

Il est aussi exact que les biens de consommation qui augmentent le plus sont aussi ceux que nous achetons le plus souvent (le pain, le café, l’essence) alors que ceux qui baissent ne sont achetés qu’exceptionnellement (écran plat, machine à laver).

Enfin, notre pouvoir d’achat est aussi rogné par un grand nombre de prélèvements obligatoires (impôts locaux, charges sociales, taxes) ou automatiques (téléphonie, assurance) qui nous obligent à davantage tirer la langue pour les achats de tous les jours.

Au final, un thermomètre déjà approximatif pour un pays entier peut se retrouver être en décalage pour un individu donné déjà pressurisé par un pouvoir d’achat rogné par ailleurs. Mais la vraie raison de ce sentiment de hausse des prix importante est qu’effectivement les prix augmentent de manière importante, y compris ceux mesurés par l’INSEE.

Pour une hausse des prix finalement importante

2 % de hausse des prix n’est pas une petite augmentation. Un article qui valait 100 euro il y a 10 ans en vaut aujourd’hui 120. Si l’on augmente l’échelle de temps, la perte de valeur de notre monnaie est dramatiquement visible.

Si goudron et plumes il y a, ils ne devraient pas être réservés aux porteurs approximatifs de fausses bonnes nouvelles, mais plutôt aux responsables de cette perte de valeur de notre monnaie : le trio infernal des Etats endettés, de la banque centrale et des banques privées diluant la monnaie par des mécanismes un peu plus complexes qu’une planche à billet mais au résultat similaire.
La hausse des prix n’est ni utile pour l’économie, ni une fatalité, c’est la conséquence mécanique d’un système monétaire inflationniste permettant de capter discrètement des ressources de classes moyennes et des pauvres vers les Etats et les grandes banques.

Dans le prix de vos dernières courses, il n’y a pas que des tomates et du café. Il y a aussi de la dette de l’Etat grec, islandais ou français, un peu d’immobilier américain et une partie des profits des grandes banques du CAC 40. Pour faire baisser les prix, ce n’est pas à l’INSEE qu’il faut introduire les charmantes coutumes du Far West, mais au Conseil des ministres européens de l’économie et à la BCE.

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