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Pourquoi la crise que traverse François Hollande ne profite-t-elle pas aux centristes ?
Pourquoi la crise que traverse François Hollande ne profite-t-elle pas aux centristes ?
©Reuters

Le centre mal-aimé ?

Hollande en difficulté : pourquoi tout le monde en profite sauf le(s) centre(s)

Les études d'opinion montrent que tous les opposants du gouvernement profitent du marasme actuel de l'exécutif. Tous, sauf les centristes. Pourquoi ?

Alexandre Vatimbella

Alexandre Vatimbella

Alexandre Vatimbella est le directeur de l’agence de presse LesNouveauxMondes.org qui est spécialisée sur les questions internationales et, plus particulièrement sur la mondialisation, les pays émergents et les Etats-Unis.

Il est également le directeur du CREC (Centre de recherche et d’étude sur le Centrisme). Il est l’auteur de plusieurs ouvrages (dont Santé et économie, Le Capitalisme vert, Le dictionnaires des idées reçues en économie, Le Centrisme du Juste Equilibre, De l’Obamania à l’Obamisme).

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L’agitation politique actuelle sur fond de crise économique et de défiance du gouvernement profite en premier lieu aux extrêmes (Front national et Front de gauche) ainsi qu’à l’UMP, adversaire "naturel" du Parti socialiste.

En revanche, les personnalités et les partis centristes semblent nettement en retrait pour ce qui est des faveurs des Français même si les médias parlent beaucoup de François Bayrou tandis que Jean-Louis Borloo, lui, aimerait beaucoup que ceux-ci parlent de lui…

Cette discrétion du Centre a plusieurs raisons.

La première est qu’électoralement les partis centristes sont sortis quasi-exsangues, tout au moins en forme très précaire, des dernières consultations, notamment des législatives avec deux députés pour le Mouvement démocrate et une trentaine pour l’UDI (et encore ils sont loin d’être tous centristes dans cette formation).

Néanmoins, ceci n’explique pas tout car le nombre de députés centristes, pour réduit qu’il soit est malgré tout plus important que celui des deux fronts (national et de gauche) réunis alors que ceux-ci tirent nettement mieux leur épingle du jeu actuellement.

C’est la deuxième raison, plus génétique, qui veut que ceux qui font une critique irresponsable, à la fois, bruyante, violente, démagogique et populiste, du régime politique en place en temps de crise soient plus écoutés que ceux qui tentent de le réformer et de l’assainir de manière responsable.

On peut (et on doit) le regretter, mais c’est comme ça.

La troisième est l’évident manque de personnalités charismatiques au centre de l’échiquier politique.

François Bayrou et Jean-Louis Borloo sont connus et même appréciés par nombre de Français mais ils sont loin de s’imposer comme des personnages à la carrure politique incontournable qui pourraient endosser l’habit du sauveur miracle.

Les derniers sondages, refaisant la présidentielle de 2012, le confirment sans discussion.

Selon l’IFOP pour Europe 1 (17 avril), si Nicolas Sarkozy et Marine Le Pen gagnent de nombreux points (+4% chacun), François Bayrou demeure scotché à son niveau de 2012 (10% avec +0,2%...).

Selon CSA pour BFMTV (29 avril), le président du Mouvement démocrate est même à moins de 10% des intentions de vote alors que Nicolas Sarkozy est à 34% et Marine Le Pen à 23%.

Selon BVA pour iTélé (3 mai), Bayrou serait à 10% alors que Nicolas Sarkozy obtiendrait 29% des suffrages et Marine Le Pen, 24%.

Plus encourageantes sont les cotes d’avenir des deux leaders centristes dans le baromètre de TNS-SOFRES pour Le Figaro du mois de mai puisque François Bayrou est troisième ex-aequo avec Nicolas Sarkozy (35%) et Jean-Louis Borloo est tout juste derrière avec 34% (ce sont les deux seuls centristes testés par l’institut de sondage).

On leur donne donc un avenir politique mais pas présidentiel, peut-être de premier ministrable ou en tout cas de ministrable comme c’est le cas pour François Bayrou dans le sondage du Journal du Dimanche47% des Français sont pour le voir dans un gouvernement de François Hollande (l’institut n’a pas demandé à quel poste et une liste limitative de personnalités étaient proposées qui ne comprenait pas le nom de Jean-Louis Borloo).

C’est pour sortir de cette absence d’appétence pour leurs personnes que François Bayrou prône l’union nationale des réformistes et Jean-Louis Borloo l’union républicaine. Il leur faut apparaître comme proposant des solutions alternatives au coup de balai exigé par l’extrême-gauche et l’extrême-droite, tout en tentant de crédibiliser leurs discours politique par des propositions novatrices ou, en tout cas, un peu différentes de celles du PS et de l’UMP.

Quelle que soit la valeur de ces dernières, cela ne donne pas les résultats escomptés puisqu’ils ne parviennent pas, jusqu’à présent, à convaincre l’opinion de leurs capacités à exercer le pouvoir.

Bien sûr, l’année n’est pas électorale et l’on verra si, en 2014, aux municipales et aux européennes, ils pourront engranger sur leur positionnement actuel.

Reste que si la crise s’aggrave d’ici là, il est malheureusement possible que ce soient les extrêmes et leurs dangereuses propositions qui bénéficient d’un rejet grandissant du gouvernement Ayrault.

In fine, les partis centristes récoltent les fruits de leur incapacité à construire depuis 1998 une alternative politique crédible et de leurs petites querelles mesquines qui ont, certes, amusé les Français mais qui n’ont pas donné envie à ces derniers de leur confier le pouvoir.

C’est d’autant plus dommage que le Centrisme, de par sa vision de juste équilibre, de réformisme tempéré, de respect et de responsabilité possède les armes pour permettre à la France d’affronter les temps difficiles qu’elle est en train de traverser.

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