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La maire de Paris, Anne Hidalgo.
La maire de Paris, Anne Hidalgo.
©Reuters

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Hollande - Hidalgo : une rumeur née sur les réseaux sociaux mais reprise par tous les médias… au nom du droit à l’information

De l’effarante multiplication des rumeurs touchant à la vie privée des dirigeants politiques sur les réseaux sociaux des années 2010 à la terrible affaire Alègre qui manqua de terrasser Dominique Baudis, l’auteur a enquêté sur ces tentatives de déstabilisation. Extrait de "La République des rumeurs" d'Alexandre Duyck, aux éditions Flammarion 1/2

Alexandre Duyck

Alexandre Duyck

Alexandre Duyck est journaliste et écrivain. Il a été grand reporter au Journal du Dimanche jusqu'en janvier 2015 et collabore à l'émission L'Effet Papillon sur Canal +.

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Hollande ne s’est pas méfié, s’est fait piéger et rattraper par la rumeur. S’est-il cru intouchable ? Il est vrai que lors de la campagne présidentielle, les sarkozystes n’ont pas exploité la moindre affaire ou ragot sur lui. Cécile Amar le confirme : « En 2012, ils ont forcément cherché sur Hollande, mais ils n’ont rien trouvé. S’ils n’ont rien trouvé c’est qu’il n’y avait rien. » Une appréciation que confirme la journaliste de la chaîne parlementaire Florence Muracciole, ancienne chef du service politique du JDD et qui connaît Hollande depuis des décennies : « On le sait, les deux ressorts habituels de la rumeur politique sont le sexe et l’argent. Pour François Hollande, en tout cas sur l’argent, il n’y a jamais eu le moindre bruit. Pour m’être rendue dans sa maison dans le sud de la France, à Mougins, je peux dire qu’elle est sans grand charme et limite moche. Hollande n’est pas un homme d’argent et ne l’a jamais été. »

Mais le président aurait dû se souvenir du bruit qui courut au début des années 2000 : comme pour ses prédécesseurs Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et Jacques Chirac, on a dit de lui qu’il était le père d’un enfant caché, dont la maman serait l’actuelle maire de Paris, Anne Hidalgo. Nous sommes en 2002 et il se murmure que le premier secrétaire du PS serait en réalité le père du fils d’Anne Hidalgo, alors première adjointe au maire de Paris Bertrand Delanoë. « Hidalgo-Hollande, j’en entends parler la première fois en 2000, lors de la campagne pour la mairie de Paris de Bertrand Delanoë, se souvient Bruno Jeudy, rédacteur en chef politique de Paris-Match. J’ai cru à une blague ou à une de ces saloperies qu’on entend à intervalles réguliers en période d’élections. » Hidalgo, qui déteste évoquer ce ragot, sera contrainte de le faire rapidement lorsqu’elle sera interrogée par Marc-Olivier Fogiel sur France 3 :

— Hidalgo : Ce genre de conneries, y en a un paquet sur la Toile. Je ne les commente même pas.

— Fogiel, qui insiste : Je voudrais que vous commentiez la violence de tout ça. Comment vous l’avez vécue ?

— Hidalgo : Quand dans votre vie, vous êtes un personnage public, et que des conneries sont racontées, à un moment, on apprend à se mettre à distance de ce genre de choses, j’ai une carapace. À l’inverse de votre entourage, de vos enfants, qui n’ont pas choisi un engagement public. Ça ne m’a pas entamée mais ça fait souffrir autour de vous, notamment vos enfants, ça vous atteint. Ce genre de conneries tuera la politique si ceux qui les véhiculent n’y prennent pas garde.

En 2012, Anne Hidalgo attaque Twitter. Certains utilisateurs continuent, en effet, de colporter cette légende pourtant démentie dès le début. Face aux ragots, Hidalgo choisit non pas de se taire, comme le font la plupart des personnalités politiques, mais de réagir. Le 23 juin 2012, son avocat, Me Yves Baudelot, adresse à Twitter une mise en demeure de « supprimer, sur le fondement de l’article 9 du Code civil », une série de tweets relayant une prétendue « liaison avec le président de la République française dont serait né un enfant ». Le 2 août, le service juridique du réseau social fait suivre le courrier aux utilisateurs mis en cause. Qui en parlent aussitôt sur… Twitter. Slate s’interroge alors sur la pertinence de la mise en demeure : « Alertée, la presse s’intéressa évidemment à l’histoire. Rue89 a dégainé la première le 3 août. Évoquant une Anne Hidalgo qui “n’a pas apprécié que des utilisateurs relaient une rumeur éculée”, le site informait ses lecteurs de la procédure engagée par l’élue tout en rappelant (ou dévoilant, pour tous ceux qui ne la connaissaient pas) le contenu de ladite rumeur. Dans les heures qui suivirent, Jean-Marc Morandini, Europe 1, Voici et Métro France reprirent l’info (la procédure) tout en relayant un peu plus la rumeur et son démenti (la prétendue liaison). Le tout dans la plus stricte légalité. Car s’il est interdit par la loi française de publier toute info ou rumeur relevant de la vie privée, il est possible, sous couvert du droit à l’information, d’évoquer sans gros risques juridiques une procédure visant à en interdire la diffusion. En entamant des démarches pour la suppression de tweets oubliés de tous, Anne Hidalgo a relancé la rumeur de sa liaison avec le président de la République, lui donnant au passage une audience dont elle n’avait jusqu’alors jamais bénéficié. »

Se produit alors ce que les chercheurs appellent l’effet Streisand : exposez sur la place publique un fait connu de peu et prenez le risque que tout le monde en entende parler. Pari perdu par la chanteuse et actrice Barbra Streisand qui attaqua en 2003 des photographes auteurs de prises de vue de sa sublime propriété en bord de mer en Californie. En interdisant la publication des images, la star a obtenu la diffusion de la publication de la procédure judiciaire qu’elle avait engagée… et la propagation incontrôlée des photos de sa maison. Ce que Slate repère au sujet de la rumeur Hidalgo-Hollande : en 2002, personne ou presque n’est informé du ragot ; en 2012, véhiculé notamment par des comptes de sympathisants de Nicolas Sarkozy (nous ne sommes qu’à quelques semaines de l’élection présidentielle), il va exploser, sur Twitter et encore plus sur Google, suite aux poursuites engagées par la maire de Paris. « La rumeur risque désormais d’atteindre des populations non connectées, qui n’auraient pas été touchées si l’élue socialiste avait préféré le silence. Certes, elle sera aussitôt accompagnée du démenti d’Anne Hidalgo. » Mais le site de se demander avec raison si ce démenti sera mentionné quand l’histoire du pseudo-fils illégitime du président et de la maire de Paris sera racontée par tout un chacun à la machine à café… Ou par ceux qui colporteront le ragot, comme cet élu parisien, cador de l’UMP qui assistera à la visite officielle de François Hollande, élu président de la République, à l’hôtel de ville de Paris. Un de ses anciens collaborateurs raconte : « En voyant Hollande et Hidalgo côte à côte, il a encore parlé de cette histoire mais surtout, j’ai cru qu’il allait faire un malaise ! Il répétait : “Putain ? ! C’est pas vrai ? ! Ils y sont arrivés ! Lui à l’Élysée, elle à l’Hôtel de Ville ! Putain ! Les deux cons sont au pouvoir !” »

Extrait de "La République des rumeurs" d'Alexandre Duyc, aux éditions FlammarionPour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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