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Le Vatican gagnerait-il à se dégager de l’emprise du clergé italien ?
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le jardin secret

Le Vatican gagnerait-il à se dégager de l’emprise du clergé italien ?

L'affaire Vatileaks qui résonne au Saint-Siège n'a pas fini de surprendre. Alors que le porte-parole du Vatican annonçait en début de semaine "qu'aucun cardinal n'est suspecté", la vérité serait finalement toute autre. Le cardinal proche du Pape Benoit XVI serait à l'origine du scandale.

Bernard Lecomte

Bernard Lecomte

Ancien grand reporter à La Croix et à L'Express, ancien rédacteur en chef du Figaro Magazine, Bernard Lecomte est un des meilleurs spécialistes du Vatican. Ses livres sur le sujet font autorité, notamment sa biographie de Jean-Paul II qui fut un succès mondial. Il a publié Tous les secrets du Vatican chez Perrin. 

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Atlantico : Le Pape Benoît XVI  veut croire que « la vérité sortira ». Comment expliquer les scandales qui touchent l’église ?

Bernard lecomte : Il y a deux choses, d’une part des manœuvres de couloirs à coup de révélations qui ont valu l’arrestation du majordome. On voit bien, qu’il y a une tentative de décrédibiliser le cardinal Tarcisio Bertone de la part d’un certain nombre de gens dans l’ombre qui représentent soit des réseaux, soit des groupes. Ces mouvements voudraient accélérer la chute du secrétaire d’état.

Il y a un autre point lié à ne pas confondre. C’est la tentative de remise en ordre des finances du Vatican. Benoît XVI dont la personnalité est légaliste a décidé en 2010 de se plier aux exigences modernes de tous les Etats en matière de transparence financière. Le problème s’est heurté à deux difficultés. La première repose sur les traditions et les habitudes qui se perpétuent  au Vatican comme la lourdeur, l’opacité. C’est le cas en ce qui concerne l’occultation de l’argent. On en parle ni d’argent ni de mouvements d’argent, c’est secret. Le deuxième fait est la résistance de certaines personnes face à cette transparence. Concrètement, des personnes, des groupes, des familles, des banques ou encore des entreprises profitent de l’opacité du système.

Selon le porte parole du Vatican « aucun cardinal n’est suspecté », d’après vous, les cardinaux sont-ils impliqués dans la fuite de documents confidentiels ?

Il ne faut jurer de rien, mais rien ne permet de penser que tel où tel cardinal est mêlé à l’affaire. Pour ma part, je penche vers des mouvements, des ordres, des congrégations qui ne supportent plus le cardinal Bertone. Ils en profitent pour jeter la confusion dans le climat de la succession de Benoit XVI. N’oublions pas que Benoit XVI à 85 ans et malgré sa bonne santé, c’est tout à fait normal de penser à sa succession.

Pour l’historien Alberto Melloni, le cardinal et secrétaire d’Etat Tarcisio Bertone est au cœur de cette affaire, « c’est une attaque contre le Pape de la part de ceux qui entendent lui signifier qu’il s’est trompé de secrétaire d’Etat et qu’il s’est trompé en ne changeant pas ». Peut-on assister à des modifications profondes ?

Je veux éclairer un point, ce n’est pas une attaque contre le Pape. Dans cette aventure personne attaque le Pape ou du moins pas volontairement. Le Pape est la victime de cette affaire. Les manœuvres de cette déstabilisation visent le secrétaire d’Etat, Bertone. Il faut rappeler que depuis l’époque Jean Paul II / Cazzarolli, le secrétaire d’Etat au Vatican gère plus de 80% des pouvoirs temporels, matériels, de gestion, d’administration et de finance. Voilà pourquoi je pense que c’est bien lui qui est visé par les attaques. 

Derrière cette volonté de faire tomber Benoit XVI n’y a-t-il pas des nostalgiques d’un retour de gouvernance comme ce fût le cas sous le Pape Jean Paul II ?

La réponse est non. Ce n’est pas comme cela que ça marche au Vatican. On ne veut pas faire tomber  le Pape. On ne veut pas que X ou Y soit élu à sa place. La cité du Vatican, ce n’est pas le Parti Socialiste. En revanche, il faut chercher des explications dans l’entourage, le réseau qui composent le Vatican. C’est un monde très parcellaire. Ces réseaux ont plus ou moins intérêt à avoir une gouvernance différente au Vatican. Par exemple, un certain nombre de congrégations italiennes ont évidemment intérêt à ce que le prochain Pape soit italien et non polonais ou allemand. L’église italienne universelle doit selon eux redevenir plus italienne et moins internationale.

Il faut bien situer, ces pressions, ces jeux d’influences des groupes, des entourages, des congrégations, des ordres. Ce n’est pas au niveau des papa bibli, cardinaux ou futur Pape. Encore une fois, l’Eglise Catholique ce n’est pas le Parti socialiste. Il n’y a pas de lutte pour le pouvoir. En revanche, il y a une préoccupation pour beaucoup de gens de bien se placer, d’être en lumière avoir une plus grande influence, bénéficier de plus de privilèges.

Le Pape s’est dit conscient de la situation délicate traversée par l’église et de l’image négative qu’elle génère. Selon-vous le clergé italien pollue t-il l’église ?

Non je ne crois pas. Ne faisons pas des prêtres italiens des conspirateurs et des agents secrets. Je pense que le mal qui est fait à l’église dans cette affaire touche l’image, bien sûre, d’une église qui a du mal à s’adapter au monde moderne y compris au monde de la communication moderne (e-mail, facebook). Cependant, je tiens à faire souligner que l’Etat du Vatican est pris dans une logique qui est la même pour tous les autres Etats. Il n’y a pas longtemps, l’administration américaine était confrontée au même problème avec l’affaire wikileaks.

On attend de l'Eglise Catholique des choses spirituelles, une vision pastorale, le témoignage évangélique universel plutôt que de petites histoires manipulatrices de coulisses et de couloirs. Ce Pape et cette église qui ont déjà traversé, l’affaire williamson, l’affaire de ratisbonne, l’affaire de Récif et les affaires de pédophilie ont déjà l’expérience d’affaire plus grave que maintenant.  

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