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Le Premier ministre séparatiste de la République populaire de Donetsk, Alexander Borodai et le chef militaire rebelle, Igor Strelkov, assistent à une conférence de presse à Donetsk, le 12 juillet 2014.
Le Premier ministre séparatiste de la République populaire de Donetsk, Alexander Borodai et le chef militaire rebelle, Igor Strelkov, assistent à une conférence de presse à Donetsk, le 12 juillet 2014.
©MAX VETROV / AFP

Perte d'influence russe ?

Guerre en Ukraine : Vladimir Poutine s’est-il aliéné les pro-Russes ukrainiens, y compris dans le Donbass ?

Igor Strelkov, acteur majeur de la guerre du Donbass en 2014, s’est confié sur les résultats de la domination russe dans la région et sur le déroulement des opérations militaires. Selon lui, le régime russe à Donetsk et Louhansk a tué tout sentiment pro-russe en Ukraine orientale au cours de ces huit dernières années.

Florent Parmentier

Florent Parmentier

Florent Parmentier est enseignant à Sciences Po et chercheur associé au Centre de géopolitique de HEC. Il a récemment publié La Moldavie à la croisée des mondes (avec Josette Durrieu) ainsi que Les chemins de l’Etat de droit, la voie étroite des pays entre Europe et Russie. Il est le créateur avec Cyrille Bret du blog Eurasia Prospective

Pour le suivre sur Twitter : @FlorentParmenti

 

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Atlantico : Igor Strelkov, qui a déclenché la guerre du Donbass en 2014, a résumé lors d'une prise de parole les résultats de la domination russe sur le Donbass et le déroulement de l'opération Z. Selon lui le régime russe à Donetsk et Louhansk a tué tout sentiment pro-russe en Ukraine orientale au cours de ces huit années. A quel point cette analyse est-elle juste ?

Florent Parmentier : Strelkov, alias Igor Guirkine, est commandant du GRU (renseignement militaire russe) dont le rôle a effectivement été important en 2014 dans la République de Donetsk. Le soulèvement de 2014 s’était inscrit dans un contexte bien particulier, et les analystes russes ont fait l’erreur de croire que ce sentiment pro-russe était durable. En réalité, on peut être russophone, de culture russe et hostile à la forme de gouvernance du Kremlin.

Ses déclarations font également penser à la position de Natalia Poklonskaïa, qui a elle aussi eu un rôle décisif lors de l’annexion de la Crimée. Procureur au service de l’Ukraine, elle avait rejoint les rangs des partisans du rattachement de la Crimée à la Russie, avant de devenir député de la Russie en 2016. Ses vues sur la guerre russe en Ukraine ont été extrêmement critiques, en qualifiant l’opération Z de tragédie et de chagrin pour la Russie et pour l’Ukraine.

Si l’on écoute les pro-russes d’Ukraine, la gestion de ces régions et le déclenchement de la guerre ne plaident pas vraiment en faveur du pouvoir russe…

Dans quelle mesure cette situation peut-elle jouer sur le conflit actuel en Ukraine, notamment dans les régions qui sont les plus favorables au Kremlin ?

Il faut analyser la situation actuelle des forces russes sous trois dimensions : le renseignement, la stratégie et la logistique. Le renseignement russe a non seulement été largement défaillant dans ce conflit, évaluant mal les rapports de force et la possibilité de compter sur des soutiens locaux. La stratégie semble également avoir été défaillante : la large attaque du 24 février n’a pas produit le choc attendu. La communication des plans russes à l’avance par la CIA montre qu’une ou plusieurs taupes sont au service des Américains. Enfin, la guerre a une dimension logistique, et c’est principalement sur cette dernière dimension que l’absence de soutien espéré des pro-russes pour Moscou finira par se faire sentir pour l’Armée russe.

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Cette absence de soutien a un impact également sur le moral des troupes, particulièrement élevé chez les Ukrainiens, faible chez les Russes.

Le sentiment pro-russe en Ukraine est-il définitivement abîmé ? La situation demeurera-t-elle ainsi tant que Vladimir Poutine sera au pouvoir ?

En politique, il faut se méfier du terme « définitif ». Mais il est certain que le sentiment pro-russe sort considérablement affaibli de cette guerre. Pour récupérer un semblant d’influence, la Russie devra démontrer que son modèle apporte davantage de bien-être, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. Cela passe aussi probablement par le départ de Vladimir Poutine, et la reconnaissance d’un certain nombre de fautes commises depuis 2014, peut-être avant.

Ce ne sera peut-être pas suffisant : la Pologne et la Russie avaient essayé, à l’occasion d’une cérémonie à Katyn en 2010, de dissiper les actes du passé. Hélas, ce processus a été entravé par l’écrasement d’un avion à Smolensk, entraînant le mort de près d’une centaine de hauts-responsables polonais, dont la disparition du Président en exercice. Depuis, les relations n’ont fait que s’empirer, n’ajoutant rien à la sécurité régionale…

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