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Guerre des changes euro, yuan, dollar : l’Europe devrait-elle dévaluer sa monnaie pour se sortir 
de la crise ?
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Money contre monnaie !

Guerre des changes euro, yuan, dollar : l’Europe devrait-elle dévaluer sa monnaie pour se sortir de la crise ?

Depuis un an, l'euro est passé de plus de 1,40 dollar à un peu plus de 1,20 dollar. Face à la Chine, ou aux États-Unis qui n'hésitent pas à maintenir leurs monnaies à des niveaux plus faibles que l'euro, l'Europe doit-elle réagir ?

Andrea Tuéni

Andrea Tuéni

Diplômé du Master en Finance de marché de Sup de Co Reims, Andrea Tuéni rejoint Saxo Banque en tant que Sales Trader il y a 2 ans.

Ce spécialiste des devises et matières premières est rapidement devenu un analyste reconnu par les médias financiers de référence (BFM, Reuters, Le Figaro,…) et participe au rayonnement de l’activité du département de Sales Trading de Saxo Banque France.

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Atlantico : Depuis un an, l'euro est passé de plus de 1,40 dollar à un peu plus de 1,20 dollars. Face à la Chine, accusée de pratiquer un taux de change volontairement bas, ou même les États-Unis, qui jouissent d'un dollar plus faible que la monnaie unique, l'Europe doit-elle volontairement dévaluer sa monnaie ?

Andrea Tuéni : Depuis la nomination de Mario Draghi à la tête de la Banque centrale européenne, tout comme Jean-Claude Trichet dans un premier temps, la politique monétaire européenne est beaucoup plus accommodante que par le passé. Les taux ont d'ailleurs encore été abaissés. Cette décision reflète, qu'en dépit de l'objectif de stabilisation de l'inflation, l’institution de Francfort est prête à faire des concessions en adoptant une politique plus souple afin de soutenir l'économie européenne dans son redressement..

Mais au delà de la volonté, il n'est pas certain que certain que la BCE ait réellement les moyens d'une dévaluation volontaire. Nous avons déjà assisté à des guerres monétaires et les États-Unis étaient particulièrement forts à ce jeu au même titre que les Chinois qui ont probablement une force de frappe bien plus élevée pour contrôler leur devise.

La politique monétaire américaine a toujours été plus accommodante que la nôtre. Ils adaptent leur taux de change en fonction de ce qui facilite leur politique et leur gestion des affaires courantes. Il n'est donc pas certain qu'ils acceptent de voir le dollar se réévaluer fortement vis-à-vis de la monnaie unique.

La BCE doit-elle réviser les objectifs inscrits dans ses statuts ?

La BCE est très rigide et stricte sur son objectif de maîtrise de l'inflation. La Fed intègre elle-aussi cet objectif, mais il s'agit d'un indicateur parmi d'autres. Enfin, l'Allemagne n'est pas favorable aux politiques d'injections massives de liquidités sur les marchés. Réformer les statuts de la BCE se heurterait donc à l'histoire même de l'institution.

Lorsqu'il s'agit d'être prêteur en dernier ressort, garante de fonds ou d'intervenir sur les marchés, on ressent une très forte réticence de la BCE car cela touche à ses prérogatives. L'efficacité de son action s'en retrouve limitée.

Quels seraient les risques d'une confrontation monétaire ?

Il existe toujours des risques inhérents aux guerres monétaires. Cela se traduirait probablement par une très forte volatilité sur les marchés.

Enfin, une confrontation monétaire acterait l'injection massive de liquidités sur les marchés. Sur ce point, il y a déjà eu deux politiques de quantitative easing aux Etats-Unis. Pourtant, le marché américain reste encore fragile, le secteur de l'emploi est timide et le marché de l'immobilier peine à se relever.

En faut-il une troisième ? Il s'agit d'une question qui a tout son sens. Mais lorsque l'on voit l'état actuel des marchés, il n'est pas certain que les politiques adoptées par les gouvernements et les banques centrales aient été les bonnes... Il n'est donc pas garantit que l'injection de liquidité soit une solution.

Un affaiblissement du cours de l'euro, bien qu'il traduise en partie les inquiétudes des marchés, peut-il relancer l'économie européenne ?

L'affaiblissement de l'euro n'est pas une mauvaise nouvelle en soi, au contraire.

Plusieurs analystes avaient même estimé que 1,20 dollar constituerait un niveau correct pour l'euro, un niveau qui permettrait de respirer. Le redressement de l'Europe passera par un affaiblissement de la monnaie unique.

Aujourd'hui, il est difficile de nier que la monnaie unique ait été surévaluée lorsqu'elle était entre 1,35 et 1,45 dollar.

Propos recueillis par Olivier Harmant

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