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Gregg Bywalski, directeur marketing de AB groupe
Gregg Bywalski, directeur marketing de AB groupe
©Reuters

L'interview Atlantico Business

Gregg Bywalski - AB Groupe : "Face à l'arrivée de Netflix, nous avons anticipé tous les scénarios possibles"

[REDIFFUSION] Le géant américain Netflix va bientôt poser ses valises en France avec, en prime, le soutien du gouvernement. Un débarquement qui fait trembler le paysage audiovisuel de l'Hexagone et qui déstabiliserait les parts de marché de ceux qui se partagent déjà le gâteau de la SVOD, comme Jook Vidéo du groupe AB. Pour son directeur marketing, Gregg Bywalski, le futur concurrent Netflix permettra surtout "d'évangéliser" le service auprès du grand public.

Gregg Bywalski

Gregg Bywalski

Gregg Bywalski est directeur marketing du Groupe AB. Il participe notamment  au lancement de la TNT avec TMC et NT1 et de nouvelles chaînes thématiques. Il se voit confier les activités digitales du Groupe AB et la régie publicitaire intégrée REGIS. En 2013 est lancé JOOK VIDEO plateforme de SVOD proposant plus de 10.000 programmes à la demande pour 6.99€/mois.

 

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Atlantico Business : Comparativement aux États-Unis ou à l'Angleterre, la SVOD a du mal à décoller en France. Pour quelles raisons ?

Gregg Bywalski :On analyse cela de différentes manières. Tout d'abord parce que le marché n'est pas mature dans le sens où l'on a besoin "d'évangéliser" le service. VOD, SVOD les gens ne connaissent pas la différence entre les deux. La VOD (Video On Demand), c'est de la vidéo à la demande, un paiement à l'acte. Je choisi tel film et je paie pour le regarder. La SVOD (Subscription Video On Demand), comme notre service, c'est l'accès à un catalogue contre un abonnement mensuel. D'ailleurs, si Netflix arrive en France, ce sera bénéfique puisqu'il contribuera à faire connaitre la SVOD. Ensuite, il faut bien comprendre que le marché américain ou le marché anglophone sont complètement différents, les opérateurs n'offrent pas les mêmes services. Les opérateurs du câble proposent de la télévision, les opérateurs internet, de la bande passante et les opérateurs téléphoniques seulement du téléphone. Donc un service comme Netflix prend tout son sens puisque chacun reste dans son métier. En France, nous avons des acteurs qui proposent l'ensemble des services. Orange, par exemple, propose de l'internet, de la télévision, de la VOD et du téléphone : la VOD vit donc grâce à Free, Orange, SFR... Pour que la SVOD marche aussi, il faut impérativement qu'elle soit distribuée chez les opérateurs.

 

 

 

Alors pourquoi ne pas avoir lancé un service de VOD ?

Nous avons fait le choix de ne pas nous lancer sur la VOD, c'est-à-dire dans le paiement à l'acte, mais plutôt sur des système d'abonnement mensuel que sont les services de SVOD. Nous considérions chez AB que le marché de la VOD était saturé. Les grands acteurs de la télévision comme TF1, Canal+ ont leur service, il en existe une cinquantaine au total. Nous avons préféré étudier ce qui se faisait à l'étranger et s'inspirer des modèles comme Netflix aux Etats-Unis ou Lovefilm d'Amazon en Angleterre qui rencontrent des très grand succès, on ne pouvait pas passer à côté de ce type d'offre-là. La SVOD et les volumes de contenu associés nécessitent une forme d'éditorialisation. Tout le monde peut acheter du catalogue mais, à côté de cela, il faut savoir ce que les gens ont envie de voir. C'est précisément le savoir faire d'AB et de ses 14 chaines thématiques. Nous savons ce que les gens aiment, ce qu'ils veulent voir et l'on voulait apporter cet expérience au secteur la SVOD en France.

L'arrivée de Netflix  vous inquiète-t-elle et ne risque-t-elle pas de modifier votre stratégie ?

De la modifier non car nous avons anticipé tous les scénarios possibles. Si AB avait dû avoir peur des très gros acteurs, nous n'existerions plus ! On a lancé des chaines sur le câble et le satellite face à des mastodontes comme TF1, Canal+, M6 et pourtant nous sommes aujourd'hui leader sur ce marché. Si Netflix venait vendre son service en France cela permettra, une fois encore, "d'évangéliser" le service : les gens voudront s'abonner. On ne vise pas les 70% de parts de marché, notre objectif c'est simplement d'exister et de proposer quelque chose qui soit adapté au marché français. Nous avons un vrai savoir faire et ça, c'est plus compliqué à importer. Et puis, on préfère avoir une petite part d'un très gros gâteau, qu'une grosse part d'un gâteau inexistant.

Même quand les dirigeants de Netflix sont reçus à l'Elysée et reçoivent le soutient personnel de la ministre Fleur Pellerin pour leur implantation ?

Je crois que la concurrence a besoin d'exister. Cela stimule l'innovation, l'amélioration des services, c'est ce qui nous fait vivre et travailler. Netflix fait son travail pour s'implanter en France. Cependant, il est vrai que c'est bien aussi de savoir qu'il y a des acteurs français qui existent, qui font leur travail comme Jook Vidéo, Canal Plus, FilmoTv, Video Futur... Nous sommes seulement quatre à faire de la SVOD en France. Si le gouvernement veut nous aider, il peut commencer par revoir la chronologie des médias pour nous avantager et améliorer le service existant.

Vous proposez depuis peu la fonction "hors connexion" à vos abonnés. Qu'est-ce que cela va changer dans le consommation du service ?

Pour nous, c'est une fonctionnalité supplémentaire. Le téléchargement temporaire a été popularisé par les sites de musique en ligne : chez Spotify et Deezer tout le monde connait cela. Notre volonté, c'est de surfer sur ça c'est-à-dire, utiliser une fonctionnalité technique connue des gens pour faire découvrir le service. On veut bien faire comprendre que, d'une certaine manière, nous sommes le Deezer de la vidéo. Cette mauvaise vision de la SVOD, c'est tout le problème en France. Nous avons fait quelques études, pour les gens la SVOD et VOD c'est le même chose, la différence entre les deux est quelque chose de très flou.

A l'image des Deezer et Spotify, cette nouvelle fonction est-elle un vecteur pour recruter de nouveaux clients ?

Nous considérons, en effet, que c'est un vrai moyen de recruter de nouveaux clients pour deux raisons. D'une part, c'est un élément connu des utilisateurs des sites de musique et, d'autre part, le téléchargement temporaire permet de palier aux problèmes techniques liés à la qualité de la connexion internet. Quand certains foyers ont un débit fluctuant, ils sont dépendants de leur connexion pour regarder une programme en streaming. Le fait de lancer le téléchargement avant va permettre de se rendre indépendant de la fluctuation de la bande passante. Cela permet aussi de s'organiser en avance pour partir en vacance, prendre un avion...

Quelles sont vos autres projets ?

Nous lancerons au mois de mars une version 2 de Jook et de l'ensemble des applications. Nous allons continuer à lancer le service sur différents équipements, notamment le smartphone mais aussi sur les consoles de jeu et sur les téléviseurs connectés. Enfin, l'offre complète de notre catalogue sera très bientôt disponible chez Numéricable, Orange et Free.

Propos recueillis par Julien Gagliardi

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