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Une vingtaine de membres de Greenpeace se sont introduits dans la centrale nucléaire de Tricastin dans la Drôme.
Une vingtaine de membres de Greenpeace se sont introduits dans la centrale nucléaire de Tricastin dans la Drôme.
©Reuters

Ecran de fumée

Greenpeace finit-il par devenir plus dangereux que les menaces qu'il croit dénoncer ?

Nouvelle action coup de poing de Greenpeace contre le nucléaire tôt ce lundi matin. Une vingtaine de militants ont pénétré dans la centrale de Tricastin (Drôme). But de la manœuvre : "Pointer du doigt toutes les failles de sécurité dans la production d'énergie nucléaire" en se rappelant au bon souvenir de François Hollande en plein débat sur la transition énergétique.

Christophe  Caupenne

Christophe Caupenne

Christophe Caupenne a été commandant de police, chef du groupe « Gestion de crise et négociation » et coordinateur National des négociateurs de la police nationale au sein de l'unité d'élite du RAID. Il a participé à de nombreuses recherches sur les questions de sécurité et de négociations. Il dirige aujourd'hui la société Caupenne Conseil. 

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Atlantico : Ce lundi matin, une vingtaine de membres de Greenpeace se sont introduits dans la centrale nucléaire de Tricastin dans la Drôme. Leur but était de "pointer du doigt toutes les failles de sécurité dans la production d'énergie nucléaire". En mettant en cause la sécurité de cette façon, l'association prend-elle le risque que d'autres groupes mal intentionnés fassent la même chose ? Montrent-ils le chemin à une vraie attaque contre une centrale ?

Christophe Caupenne : Cette dernière action de Greenpeace a été contre-productive. Tout d’abord cela ne démontre pas que les centrales nucléaires sont vulnérables à des pénétrations hostiles. Les militants ont été immédiatement détectés lors de leur arrivée dans la centrale, l’alerte a été donnée et des moyens spécialisés ont été sollicités par la direction afin d’interpeller les militants dans de bonnes conditions et sans danger pour ces personnes identifiées immédiatement comme des militants de Greenpeace.

La réponse des personnels de sécurité est bien différente lorsqu’il s’agit d’intrusion hostile, la décision de neutralisation des suspects est immédiatement prise afin d’éviter toute tentation de destruction des infrastructures. On ne résout pas une action de militants de Greenpeace comme on répond à une attaque d’un potentiel groupe terroriste.

De plus, les zones où sont allés les militants ne constituent pas des zones sensibles au sens du commissariat de l’énergie atomique ou d’EDF. Aucune intrusion dans les périmètres vulnérables n’a été réalisée. Il s’agit simplement d’une action de communication comme beaucoup d’autres menées par Greenpeace. Pour freiner un déploiement de militants et éviter les accidents il convient d’employer les moyens de récupération qui assurent la sécurité optimale de l’opération. L’installation d’une banderole n’est pas un facteur d’urgence qui nécessite que l’on fasse prendre des risques inconsidérés aux militants et encore moins aux forces de l’ordre qui vont intervenir.

Vouloir faire croire que monter dans une infrastructure équivaut à pénétrer dans un sanctuaire à haute criticité est une tromperie. Le chemin est long avant d’atteindre les zones à risques, et les réponses des forces de l’ordre sont bien différentes lorsqu’il s’agit de terrorisme.

Greenpeace sait très bien qu’aucun militant ne se fera tirer dessus pour un déploiement de banderole. Les terroristes eux savent très bien, que dès qu’ils pénètrent dans l’enceinte, les consignes sont claires, ils vont être neutralisés.

Ces actions coup de poing signées Greenpeace mais aussi Anonymous peuvent-elles être potentiellement plus dangereuses que les périls qu'elles veulent dénoncer ? En quoi ? 

Ces actions provoquent une incitation morale : en criminologie on l’appelle le phénomène de copy-cat. Les militants montrent qu’ils peuvent franchir les murs d’enceinte et, quel que soit le résultat, ils incitent certains illuminés à intellectualiser des scénarios apocalyptiques. Le terrorisme cherche à déclencher le chaos en mettant à mal les systèmes de sécurité des infrastructures notamment nucléaires mais aussi toutes les infrastructures de sécurité de l’Etat. On peut se demander pourquoi Greenpeace n’utilise pas les événements comme Fukushima pour montrer la dangerosité du nucléaire, y a-t-il vraiment besoin de donner des idées à certains idéologues ?

Comment les pouvoirs publics peuvent-ils réagir quand sont mises à jour des failles de sécurité ? Sont-elles d'ailleurs toujours avérées ou plutôt exagérées ? Peuvent-elles encourager un vent de panique chez la population ?

Ces actions ne paniquent pas les populations parce que tout le monde comprend bien qu’on n’est pas dans un critère de dangerosité. Quand Greenpeace réalise une intervention de ce type, la population locale sait très bien qu’il ne s’agit pas d’un impact sur les infrastructures, il n’y a pas de raison d’avoir peur. Les mesures de sécurité risquent d’être augmentées, mais cela ne va rien changer véritablement.

Autant les actions de Greenpeace sont tout à fait légitimes sur les domaines d’alerte qu’ils souhaitent mettre en exergues, mais là il y a véritablement une tromperie sur la démarche. On ne démontre pas la dangerosité de la centrale.

Ces actions obligent le gouvernement à faire des réponses de parade à des actions de parade. Tout le monde joue à un juste cinéma en réponse à ces actions.

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